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Plus libéral tu meurs

14 juin 2006, 00:00

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<B>Par Stéphane SAMINADEN</B>

Quand l’impossible devient possible. L’Alliance sociale dirigée par le Parti travailliste opte pour le libéralisme. Ramgoolam père doit se retourner dans sa tombe. À bas la Development Works Corporation, la garantie d’emploi à vie, synonyme de sinécure, l’aide sociale universelle indiscriminée et l’indécision. Il en était grand temps.

Le tour de force de Rama Sithanen n’est pas tant d’avoir initié de grandes réformes qui étaient de toute façon “long overdue”. Son plus grand mérite est d’avoir pu convaincre des travaillistes de les adopter et de les endosser.

On avait jugé, à tort, que Sithanen n’était destiné qu’à un rôle dans la stratégie de reconquête du pouvoir de Navin Ramgoolam : celui de caution auprès du secteur privé. Voilà que le ministre des Finances arrive dès son premier exercice budgétaire à dépasser les espoirs de l’establishment de “Corporate Mauritius”. Rama Sithanen fait du Bheenick à rebours : plus libéral que moi tu meurs. Tant pis pour ceux qui le taxent d’être un “Rogers boy”. Jusqu'à preuve du contraire, c’est bien le secteur privé qui est l’économie.

Entre le premier mandat de Navin Ramgoolam et le deuxième, le monde a changé. Drastiquement. Le Premier ministre l’a sans doute compris – la peur d’un nouvel ajustement structurel dicté par Bretton Woods aidant – et accordé un chèque en blanc à son grand argentier. Mais en politique tout est possible. Si Sithanen échoue et que son plan ne marche pas, le leader du parti travailliste serait tenté de voir en lui un bouc émissaire tout trouvé. En politique, les coups bas on connaît…

Mais peu importe. Il n’y avait pas d’autres voies possibles pour le pays. Cela fait trop longtemps qu’on a repoussé au lendemain ces réformes qui s’imposaient en s’appuyant sur des rafistolages ou des fuites en avant. L’approche keynésienne n’ayant pas marché, il fallait tenter autre chose. Paul Bérenger soutient qu’on aurait dû poursuivre sur la même voie que celle tracée par le gouvernement Mouvement socialiste mauricien-Mouvement militant mauricien (MMM). Sans lui enlever le mérite d’avoir investi dans les infrastructures, construit la cybercité et initié le concept du “seafood hub”, nous savons bien ce que cette stratégie a produit : un taux de croissance moyen de 3 % et une dette publique de Rs 120 milliards.

Le leader du MMM évoque la conjoncture internationale défavorable : l’abolition des quotas sur le textile et la crise sucrière entre autres. C’est justement à cause de l’environnement mondial changeant que Maurice aussi doit changer son fusil d’épaule. Evoquer la continuité dans un monde qui a changé est la recette la plus sûre pour la stagnation et le déclin. En économie comme en politique d’ailleurs. Les modèles du passé sont dépassés et appartiennent à l’histoire… le dada de Paul Bérenger.

Le vrai changement promis par Ramgoolam n’est pas dans les mesures cosmétiques, populaires et coûteuses auxquelles nous avons eu droit jusqu’ici. Le vrai changement est, ou plutôt sera, dans l’accélération de la mise en place des réformes annoncées et que tout le monde savait inéluctables mais qui pour diverses raisons, n’ont jamais été initiées, menées à terme ou maladroitement enclenchées. Manque de vision, peur de l’électorat et du prix politique, blocage épidermique… les prétextes ne manquent pas.

Une formule de Mahmood Cheeroo, secrétaire général de la Chambre de commerce et d’industrie, permet de mieux comprendre cette indécision qui nous a trop longtemps minés : juché sur un trapèze dont les cordes se défont, Maurice se devait de faire le saut pour accrocher un autre trapèze. Malheureusement on avait enlevé le filet de protection et sauter dans le vide a sans doute fait peur.

Mais il n’y a pas d’autres choix que de sauter et réussir ou s’écraser au sol. Reste à savoir maintenant si Sithanen et le gouvernement auront le courage d’aller jusqu’au bout et résister aux pesanteurs sociales et administratives et aux lobbies qui veulent maintenir l’ordre établi des tabous, des protections de montagne et de la corruption. Le vin est tiré, il faut le boire…

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