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Plaine-Sophie, où l?eau brûle les vies
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Plaine-Sophie, où l?eau brûle les vies
Au bout du fil, la voix est cassée. « Mone perdi 90 % bane légumes. » Sur place, ballottés dans la 4x4 grenat de Tunraz Rampall, le long d?un sentier boueux dont on ne voit pas le bout, nous sentons monter le vertige qui tenaille celui qui a tout perdu. Sa main se crispe sur le volant. Son ton est faussement enjoué. « Pâtissons à la nage», ricane-t-il en jetant un regard vide à la parcelle de terre où une soupe basaltique a pris la place de plusieurs mois de labeur.
A Plaine-Sophie, étendue de 67 arpents donnant le dos à Mare-aux-Vacoas, les jardins sont couleur vert mal de mer. Malgré nos pas prudents, nous tanguons sur la terre molle. Les avaries sont majeures. C?est le règne de la moisissure. Elle est dans l?air, lourd d?avoir été brassé par le trop plein de pluie. Elle est au c?ur de la plante : carotte, giraumon, chou, betterave, oignon? Elle est dans le feuillage austère des brise-vent. Notre guide, qui détient un BSc in Botany de l?université du Pendjab, peut disserter des heures sur le « black rot, wilting, early or late blight. »
Mais quand il se tait, ses gestes sont plus éloquents que ses mots. Comme une mère relève la tête d?un enfant souffrant de fièvre, il retourne un giraumon dont les rondeurs ont été rendues floues par la pluie. Avec précision, son index s?enfonce dans la chair flasque. Dérangé dans le processus de décomposition, le giraumon suinte généreusement sur les doigts de Tunraz. Il ne le remarque pas. Quand on dépend autant du temps, il faut s?en accommoder.
Si les tourterelles et les cardinaux gazouillent, annonçant le retour des jours heureux, les yeux globuleux de Tunraz Rampall contiennent mal sa douleur. Qu?il dorme ou qu?il veille, une série de chiffres le poursuit, inlassablement. « Mone prend loan avec la Banque de développement (DBM). »
Faites le compte. En 2001, le petit planteur s?engage une première fois à hauteur de Rs 230 000. C?était sans compter avec les averses abondantes du cyclone Dina. Les fonds de tiroir s?assèchent au fur et à mesure que pleure le ciel. Bousculé par les échéances, Tunraz Rampall demande et obtient le ré-échelonnement de son prêt.
Pris dans l?engrenage des additions, le petit planteur de Plaine-Sophie a les nerfs à cran. Désormais, il doit rembourser Rs 8 000 par mois. Le sort s?acharne. Les intérêts passent de 3 à 10%. Ne lui reste plus que la bonne vieille persévérance. Et cette inépuisable volonté de toujours recommencer.
Les yeux légèrement rougis
« Quand létémps pa bon, bann zimaz fini formé dans mo lespri. Mone fini conditionne moi par rapport à bann dégâts. » On a beau vouloir rester zen, n?empêche que de temps en temps, les histoires de camarades planteurs qui meurent un peu trop soudainement, cela vous sape le moral. Surtout que les mauvaises langues en profitent pour aller bon train.
Entre les réunions des coopératives dont il assure le secrétariat ? Sept Cascades Agricultural Marketing Cooperative Society (AMCS) et Midlands AMCS ? Tunraz Rampall s?efforce de ne pas écouter les ragots sur les « suicides maquillés » de ses collègues, partis trop tôt pour échapper aux dettes.
Il est déjà tellement préoccupé par les siennes. Ses yeux légèrement rougis sont le reflet des signaux d?alarme qui clignotent avec persistance dans sa tête. L?année dernière, il a sollicité la DBM de nouveau. En sus des Rs 8 000 qu?il doit payer par mois, le petit planteur s?est engagé pour une autre tranche de Rs 150 000. « Là pour bisin dimane reschedule loan-là. » D?un geste rageur, il change de vitesse. «Dans deux semaines, quand prix légume pou augmenté tou dimoun pou plaigné. Pou dire nou pé tir la vie. Mais ki sane la pense nous la vie ?»
Record de pluie depuis six ans
Un record de pluviométrie a été enregistré pour la première quinzaine de janvier. Durant cette période, l?île a reçu une moyenne de 294 mm de pluie soit 113 % de la moyenne notée habituellement en janvier. «C?est un record par rapport aux chiffres de ces six dernières années», affirme Sok Appadu, directeur général de la station météorologique de Vacoas.
Il a précisé que c?est sur le Plateau central, à Vacoas plus précisément, que le plus fort taux de pluviométrie (soit 499 mm) a été enregistré durant cette quinzaine. L?Ouest, considérée comme la région la plus sèche de l?île, se place en deuxième position avec 494 mm de pluie notés à Pierrefonds. Dans l?Est, c?est Sans-Souci qui a été la plus arrosée (414 mm de pluie), dans le Sud, c?est Bois-Chéri (428mm) alors que la région nord a reçu moins de précipitations. Néanmoins, Mon-Loisir a enregistré 272 mm de pluie sur la période.
Selon Sok Appadu, si le temps reste en partie ensoleillé aujourd?hui, des averses sont prévues dimanche après-midi dans le Sud, l?Ouest et sur le Plateau central. La pluie pourra être accompagnée d?orages.
La météo annonce encore des averses, la semaine prochaine, mais cette fois sur l?ensemble de l?île. Cette forte pluviométrie fait le bonheur des réservoirs et des nappes phréatiques.
La Central Water Authority annonçait hier après-midi que ceux-ci sont remplis à un niveau acceptable : Mare-aux-Vacoas à 76 %, Piton-du-Milieu et La Nicolière à 81 %, le barrage de Midlands à 80 %, la Ferme à 62 % et Mare-Longue à 28 %. Le niveau des nappes souterraines, qui assurent 55 % de la fourniture en eau est en forte hausse ces derniers 15 jours.
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