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Petite baisse pour une grande réduction des taxes
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Petite baisse pour une grande réduction des taxes
L?espoir était grand. L?euphorie qui avait accompagné l?annonce d?importantes réductions des droits de douane sur des milliers de produits de consommation courante s?estompe au fur et à mesure que les nouveaux prix sont annoncés.
Une réduction de 100 % des droits de douane (qui représentent 40 % du coût initial) sur un produit dont le prix CIF (Coût, assurance, fret) est de Rs 100 ne donne lieu qu?à une réduction effective de 29 % sur les étagères. Les consommateurs ne comprennent plus rien, crient au vol et sollicitent les inspecteurs du ministère du Commerce. Comment une réduction de 100 % de la taxe douanière peut-elle ne donner lieu qu?à 29 % de réduction sur les étagères ? Jean-Michel Rouillard, manager du Consumer departement chez IBL nous a aidés à mieux comprendre le mécanisme des prix. La petite réduction paraît alors normale.
Pour comprendre la petite réduction qui a résulté de la granderéduction des taxes douanières, il faut qu?une chose soit claire : les prix de vente au détail ne comprennent pas seulement la taxe douanière, mais aussi la TVA et la marge de profit de l?importateur et des détaillants. Prenons un produit, X, qui coûte Rs 100 à son arrivée à Port-Louis, assurance et fret compris. Frappé d?une taxe douanière de 40 %, il coûte alors Rs 140. Sur ce prix, la douane ajoute une TVA à 15 % (soit Rs 21). Le produit coûte donc Rs 161 à sa sortie de la douane.
Et là encore, il ne s?agit pas du prix de vente au détaillant. ?Ajoutez à ce prix une marge de profit de 15 % (soit Rs 24,15) de l?importateur, et vous arrivez à Rs 185,15, le prix de vente au détaillant?, souligne Jean-Michel Rouillard.
Or, si vous réduisez la taxe douanière de 100 %, c?est-à-dire de 40 % à 0 %, le produit coûtera Rs 115 en sortant de la douane, car il sera toujours frappé de 15 % de TVA. Avec les 15 % de profit de l?importateur (soit Rs 17,25), le prix de vente au détaillant sera de Rs 132,25 au lieu de Rs 185,15. Ce qui représente une réduction de 29 %.
<B>?Commerçants trop gourmands?
Mais la marge de profit de 15 % de l?importateur n?est donnée qu?à titre d?exemple. Car cette marge varie de produit à produit. Et dans cet exemple, il n?y a que le profit de l?importateur, auquel il faut ajouter celui du détaillant. Or, plus la marge de profit de l?importateur et du détaillant est élevée, plus la baisse de prix après réduction ou abolition de taxes douanières est faible.
Et pour Siddick Rostom, dans l?import-export de produits alimentaires et non alimentaires depuis 25 ans, cette marge de profit est effectivement trop élevée chez nombre de commerçants. ?La baisse décevante est due au fait que les commerçants mauriciens, principalement les hypermarchés, sont trop gourmands et réalisent des profits variant entre 25 à 30 % sur tous les produits. Je suis importateur depuis 25 ans et je sais de quoi je parle. Je demande au gouvernement de jeter un coup d??il sur les marges de ces commerçants et de leur imposer un plafond en ce qui concerne les profits sur les produits de consommation courante et les produits électroniques.?
Le cas échéant, affirme Siddick Rostom, Maurice ne deviendra jamais une ?Duty free island?. Il fait ressortir que des pays de l?Asie ont obtenu leur réputation de pays hors taxes en vendant, par exemple, des appareils vidéo avec seulement $ 1 de profit. ?Avec ce budget, le gouvernement a vu loin et nous avons lapossibilité de devancer l?Afrique du Sud et Dar es-Salaam en tant quepays hors taxes. Les commerçants doivent accepter le manque à gagner et réduire leur prix. Ils reculeront pour mieux sauter.?
Déjà, avant la réduction des droits de douane, les profits des commerçants étaient importants. Ainsi, lorsqu?il y avait encore 15 % de taxe douanière sur les portables, le dernier modèle se vendait à Rs 17 000 à Maurice, alors qu?il coûtait Rs 7 000 à Dubayy.
<B>?Il faut une amende?</B>
S?appuyant sur le prix de la margarine produite localement (Rs 38 par paquet de 500 grammes), Siddick Rostom fait ressortir qu?il est possible, malgré la taxe douanière, que celle importée se vende moins cher. ?J?importe et vendrai bientôt une margarine de la Hollande à Rs 27 les 500 grammes malgré une taxe douanière de 15 %, le fret et le coût de production plus élevés en Hollande.? De plus, dit-il, la savonnette importée d?Asie coûte Rs 4 arrivée à Maurice et se vend à Rs 12. ?Non, ce n?est pas possible. On écorche le consommateur.?
Siddick Rostom signale, en outre, que le prix du whisky produit localement a été tout de suite majoré après la hausse des tarifs douaniers alors que les prix des produits sur lesquels cette taxe a été réduite restent inchangés. ?Il faut que le gouvernement impose une amende de quelques millions à ces commerçants véreux et tout rentrera très vite dans l?ordre.?
Les répercussions de la baisse des droits de douane ne seront véritablement ressenties que dans un mois environ, estiment les inspecteurs de la Consumers Protection Unit (CPU). Car, expliquent-ils, les fournisseurs s?activent en ce moment à retravailler leurs chiffres. De plus, ajoutent-ils, des supermarchés refusent, pour l?instant, d?acheter des produits de certains fournisseurs, les estimant encore trop chers.
N?étant qu?une vingtaine pour toute l?île, ces inspecteurs ont fort à faire. Ils arpentent supermarchés et hypermarchés, où la majorité des Mauriciens font leurs achats. Ils s?attellent, pour l?heure, aux produits alimentaires, en attendant d?avoir du renfort. En effet, avec d?éventuels amendements au Fair Trading Act, ces inspecteurs seraient à même de sanctionner des produits autres que ceux destinés à la consommation. Produits non alimentaires et produits pharmaceutiques seraient alors concernés. Mais ils risquent d?attendre indéfiniment.
RÉACTIONS POST-BUDGÉTAIRES
<B>Entre satisfaction, sarcasme et sautes d?humeur</B>
Les uns parlent de vrai succès, les autres ironisent : ?Vote now, pay later?. Les débats budgétaires ont de nouveau été mouvementés. Certains sont même partis prématurément.
● <B> Steven Obeegadoo : ?La démocratisation de l?accès à l?éducation est une réussite?</B>
Le ministre de l?Education, Steven Obeegadoo, fait de ?la démocratisation de l?accès à l?éducation? une des mesures phares du bilan de ce gouvernement. Pour étayer son argument, il rappelle que 16 500 enfants étaient admis, en l?an 2000, en première année du cycle secondaire. Cette année, 20 500 peuvent être admis. Il souligne que le discours du budget maintient la même philosophie. Le ministre insiste : ?C?est le vaste programme de construction des écoles qui a permis une telle réalisation.? Ce programme se poursuit, avec plusieurs projets en cours.
Le taux d?inscription des enfants de 12 à 15 ans était de 80 % en l?an 2000. Il est aujourd?hui de 90 %. L?abolition du ranking, la régionalisation, l?inclusion des langues orientales dans les résultats de fin d?études primaires et la création de la Zone d?éducation prioritaire font également partie de ce ?bilan éloquent?, soutient le ministre Obeegadoo.
Ce dernier s?est longuement appesanti sur les mesures prioritaires énoncées par Pravind Jugnauth : la dotation en faveur d?élèves aux besoins éducatifs spéciaux et le plan de soutien (support scheme) pour les études supérieures. Il estime que les mesures prises en faveur des enfants sus-mentionnés sont remarquables : ?Nous avons fait l?histoire en rétablissant la parité.? L?enveloppe pour cette catégorie d?élèves passe de Rs 4 millions à 17 millions.
Selon le ministre, le gouvernement ?termine en beauté la première phase d?une grande réforme.? Les dispositions prises, dans le budget, pour le secteur éducatif le prouvent. Ce secteur reste un des plus importants, avec une enveloppe de Rs 6,9 milliards.
● <B> Sangeet Fowdur : ?L?opposition panique?</B>
Comme les autres membres de la majorité, Sangeet Fowdur n?a pas manqué de critiquer avec virulence l?attitude de l?opposition. Les mesures budgétaires annoncées par Pravind Jugnauth ont créé ?la panique dans le camp de l?opposition. Elle montre maintenant des signes de nervosité et de désespoir.?
Le ministre de la Formation répond aux critiques de l?opposition pour laquelle rien n?a été fait pour la formation depuis ces quatre dernières années. Il démontre, chiffres à l?appui, que plusieurs jeunes ont eu l?occasion de bénéficier des cours sous des programmes initiés par le gouvernement. ?La bonne foi de Navin Ramgoolam a certainement dû être trompée?, soutient Sangeet Fowdur.
Il concède néanmoins qu?il y a toujours un mismatch entre le nombre de personnes qualifiées et les postes vacants dans des secteurs du marché. Mais, rassure le ministre, un plan directeur est en préparation, sous la direction du Human Resource Development Council. Cette instance a aussi la responsabilité, depuis 2004, de gérer le National Training Fund. La reconversion des licenciés du secteur textile est aussi un des points forts du programme de formation initié par le gouvernement, rappelle le ministre Fowdur.
Rappelant qu?il vient lui-même d?une famille très modeste, il s?est dit ?très touché? par les mesures prises pour le financement des études supérieures de ceux qui ne disposent pas de moyens financiers adéquats.
Sangeet Fowdur, qui est également ministre des Communications extérieures, a annoncé la création d?une Air Access Policy Unit, qui bénéficiera de l?expertise étrangère.
● <B> Pradeep Jeeha : ?Ramgoolam avait qualifié la cybertour d?éléphant blanc?</B>
Le ministre des Télécommunications, Pradeep Jeeha, a remis les points sur les ?i?. Notamment sur le fait que la cycbercité est un projet du Parti travailliste (PTr). Et il a rappelé que le memorandum of understanding signé par le PTr lorsqu?il était au pouvoir pour promouvoir l?informatique après sa visite en Inde est resté au tiroir pendant quatre ans et demi. ?Et il a le culot de venir dire maintenant qu?il va changer la vie des gens en cent jours. Quelle ironie?, a commenté Pradeep Jeeha en se référant à Navin Ramgoolam. Le ministre Jeeha a aussi ajouté que ?c?est le gouvernement actuel qui a déclenché le processus de libéralisation des télécommunications?. Il a conclu qu?aujourd?hui ?le téléphone portable ou l?ordinateur est accessible à tout le monde?.
● <B> ?Walk out? de Sylvio Michel et de Jean-Claude Armance</B>
Les députés Sylvio Michel et Jean-Claude Armance ont effectué un walk out hier soir à l?Assemblée nationale. Le leader des Verts-Fraternels, Sylvio Michel, a préféré se retirer du Parlement à la suite d?un accrochage verbal avec le Premier ministre, Paul Bérenger.
Ce dernier aurait insinué que l?ex-ministre de la Pêche n?aurait ?rien fait? durant son mandat. N?ayant pu digérer le commentaire, Sylvio Michel a préféré quitter l?hémicyle. Le walk out du député a aussitôt été suivi de celui de Jean-Claude Armance qui avait qualifié le budget de ?bribe électoral?.
Les commentaires du député Armance ont soulevé des critiques acerbes du banc de la majorité. Dans son intervention, le député a déclaré que cela équivaut tout simplement au sigle : ?Vote now pay later?. La vérité, selon lui, est que les gens de la rue ?ont le sentiment de n?avoir rien eu?. Car le budget, dit-il aurait dû baisser le prix du lait, la barre de fer et autres produits de consommation courante.
Jean-Claude Armance a ajouté que les prochaines ?élections générales sont truquées d?avance?. Et il a invité la commission électorale et les pays de la SADC à surveiller la situation de près.
● <B> Ivan Collendavelloo : ?L?absence du PTr, une insulte à la Constitution?</B>
Le député Ivan Collendavelloo a qualifié d?insulte à la Constitution l?absence du leader de l?opposition, Navin Ramgoolam, lors de la présentation du budget. Le député estime qu?il doit démissionner de son poste constitutionnel.
Evoquant l?exercice du budget en général, il affirme que le budget 2005-2006 n?est pas un ?exercice comptable? comme l?affirme certains membres de l?opposition. Il s?agit de l??uvre d?un ministre des Finances qui vise à faire le pays accéder à un nouveau pallier économique avec le concept de duty-free island. Pour Ivan Collendavelloo, il n?y a pas de doute, ?Pravind Jugnauth sera le prochain Premier ministre du pays?. Il ajoute que l?opposition est à ?court d?arguments? avec ce budget.
● <B> Balkissoon Hookoom : ?Le gouvernement vend du rêve?</B>
Tel est le terme utilisé par le député de l?opposition pour qualifier le budget 2005-2006. Selon lui, ce budget, à part d?administrer du ?chloroforme à travers la détaxe des produits électroménagers?, ne résout pas les problèmes les plus urgents du pays. Il cite en exemple la ?dégradation? de la loi ou encore la perte d?emploi. Il a déclaré que ce budget ?n?a rien fait pour les laissés-pour-compte?. Car ?ce n?est pas en construisant des bâtiments qu?on apaisera la faim de la population?, commente le député de Piton-Rivière-du-Rempart. ?La population sait que le présent budget est un manifeste électoral déguisé. Mais la place du gouvernement sera de nouveau dans karo cane?.
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