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Parler
Il y aurait un fait évident que les mots permettent de parler de la réalité. Lorsque je dis « table », c?est bien d?une table qu?il s?agit, non d?une chaise. Mais qu?y a-t-il dans un mot pour que le prononcer me fasse tourner immédiatement vers la chose réelle ? Qu?y a-t-il donc dans le langage qui fasse que lorsque j?entends quelqu?un, je pense à quelqu?un dans la réalité ? Quelle est cette évidence que les mots renvoient aux choses ? Le mot « table » n?a rien à voir avec un morceau de bois.
Le problème ne se situe pas seulement à l?égard du pouvoir qu?a le mot de renvoyer à la réalité : le langage, la façon de parler ne sont-ils pas plus profondément une falsification de la réalité ?
À travers une façon de parler, on ne retrouve plus la réalité dont on parle. Le langage pourrait n?être peut-être qu?une interprétation de la réalité comme l?est la littérature par exemple, au point où cette réalité deviendrait plus réelle que l?autre.
Le mot concernerait la réalité. Le langage semble d?autant plus clair qu?on le rapporte à la réalité dont on parle : si l?on comprend les mots que je prononce, c?est parce que je peux me référer à la maison, à la table. La preuve en est que si on ne me comprend pas, je peux dire c?est ceci ou cela, montrer du doigt la chose par exemple.
Il semble bien que cela soit comme cela que l?on apprend une langue : le langage est possible de ce que l?accord avec le monde est premier, originel. Cela signifie que c?est donc la réalité qui détermine le langage : le mot n?est donc possible que parce qu?il s?accorde ainsi avec la réalité. L?accord avec la réalité est originel et constitutif du langage. Cet accord ne semble pas poser de problème puisque c?est lui qui constitue le langage. À une chose on donne un nom : tous les discours abstraits peuvent se ramener à ce langage ? objet ou le mot se trouve être apporté à la chose.
Le mot n?est pas la chose dont il parle : le mot est une chose, une réalité sensible, audible, quelque chose qui est perçue par l?ouïe et qui est différente de la chose dont on parle qui, elle, est une réalité sensible, visible. Les corps visibles sont différents des paroles. Un objet visible est autre chose qu?un objet audible.
La parole offre autre chose que ce qu?offre la vue. On ne peut pas faire voir quelque chose dans la parole puisque la parole ne peut être que du son. D?où cette remarque de Gorgias : « Il est impossible, du fait qu?il est une chose et qu?il est, que le discours nous révèle la chose sur laquelle il porte et qui est. » Autrement dit, ce point de vue implique une impossibilité : serait-il impossible que le discours révèle la chose sur laquelle il porte ?
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