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Pacte social minimal
Dans toute période de mutation, la lisibilité du monde s?estompe. S?installe à la place un vague sentiment de confusion. C?est dans ces temps qu?il importe de faire preuve de plus de clairvoyance. C?est une phase transformationnelle dont il faut bien maîtriser les contours pour ne pas commettre d?erreur. La meilleure façon d?atteindre cet objectif, c?est d??uvrer vers un pacte social minimal.
A Maurice, depuis plus de cinq ans, nous sommes engagés dans un processus de réformes où les citoyens ont été amenés à participer à une dynamique dont ils n?ont pas toujours mesuré les implications. Par contre, ils en ont bien senti les effets avec une érosion de leur pouvoir d?achat et une paupérisation graduelle des classes moyennes inférieures et de la classe ouvrière. Dans un tel contexte, les mesures d?accompagnement apparaissent, au mieux, comme une simple panacée et, au pire, comme l?expression d?une volonté misérabiliste.
Durant toutes ces années, les dirigeants ont bien compris que, sans un consensus général, le processus de réforme pouvait s?enrayer. D?où une insistance pour un changement d?état d?esprit et une acceptation du principe de la rigueur et du sacrifice. Les Mauriciens ont joué le jeu. Et ils continuent à le faire au point que cela suscite des étonnements chez des étrangers qui nous trouvent en fin de compte bien passifs tant la démocratie de la rue peut inverser chez eux des décisions des élites politiques. Mais nous sommes à Maurice et les choses se passent autrement. Quoique?
En effet, il y a toujours un risque. Les citoyens ont tendance à développer deux acceptions du concept de la réforme. La première tend, entre autres, à l?assimiler à une politique socioéconomique qui favorise l?Etat providence et le pouvoir d?achat avec un approfondissement du régime politique. La deuxième s?apparente à une série d?initiatives qui visent d?abord à conforter la libéralisation économique avant de mettre en place une politique sociale. Depuis plus de cinq ans, nos dirigeants politiques, malgré une alternance, ont essayé de jouer sur ces deux tableaux à la fois. Aujourd?hui toutefois, la nécessité d?aller vite, très vite même, contraint les dirigeants à avoir recours à la chirurgie là où ils avaient l?habitude d?opérer à coup de doses homéopathiques. Il y a une certaine brutalité dans ce mode de procéder. Ce qui explique les appels de pied du Premier ministre pour que l?opinion témoigne de la patience. Or l?échéance des sacrifices étant fixée à deux ans, il faudra s?attendre à moins de passivité, voire de la soumission de la rue.
Avec les années 90, l?île Maurice a vécu le passage du tiers-mondisme à un Etat en croissance avec un accent particulier sur le développement industriel. La transformation a été rapide et le niveau de vie devait s?améliorer. On s?était adapté. Cependant, on n?a pas su devancer les événements. Les années 2000 vont ainsi être celles du réveil. Brutal sinon cauchemardesque.
La nouvelle réalité a commandé une nouvelle approche fondée prioritairement sur la rigueur couplée à une vision plus technicienne de l?économie. Depuis, l?île Maurice ne cesse de passer des cours de rattrapage. Entre-temps, ce sont les groupes sociaux les plus vulnérables qui paient le prix le plus cher.
Aussi candide que cela puisse paraître, la réforme, dans un tel contexte, n?aboutira pas si on ne fait pas preuve d?un grand sens de solidarité. C?est en cela qu?il faut impérativement dégager un nouveau pacte social. Toutefois chez nos dirigeants politiques, il y a une sorte de condescendance intellectuelle à l?égard de certains «stakeholders». Du mépris pour les syndicalistes même s?il est vrai que le radicalisme de certains ne fait pas avancer leur cause. Un antagonisme affiché à l?égard de la presse écrite indépendante tant celle-ci met en exergue les insuffisances et les incohérences d?un pouvoir qui n?est capable de rationalité que sur le seul dossier économique. Les ONG également souffrent d?une mise à l?écart.
Pourtant dans deux ans, l?île Maurice ne deviendra pas un pays parfait où il n?existe pas de misère. La vérité, il faudra la soutenir au-delà de cette promesse?
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