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Où en sommes-nous ?
par Steven OBEEGADOO
Afin de mesurer le chemin parcouru depuis le Forum International de Dakar en l?an 2000, L?UNESCO a réuni, à l?occasion de la Huitième rencontre de haut niveau sur l?Education Pour tous (EPT) tenue à nouveau dans la capitale sénégalaise à la fin de l?année dernière, ministres de l?éducation, agences de développement, représentants de la société civile et des pays bailleurs.
Il y a sept ans et demi, à Dakar, 164 pays s?engageaient à atteindre six objectifs clés à l?horizon 2015 :
● Développer la protection et l?éducation de la petite enfance
● Offrir à tous les enfants, un enseignement primaire gratuit et obligatoire
● Promouvoir l?apprentissage des jeunes et des adultes et leur donner les compétences nécessaires dans la vie courante
● Accroître de 50% le niveau d?alphabétisation des adultes
● Réaliser, dans l?éducation, la parité entre les sexes pour 2005 et l?égalité entre les sexes pour 2015
● Améliorer la qualité de l?éducation
Il est à souligner que le Cadre d?Action de Dakar s?accompagnait d?un engagement des bailleurs à l?effet «qu?aucun pays doté d?un plan crédible ne verra ses efforts contrariés par le manque de ressources».
Qui plus est, quelques mois plus tard, les Nations unies énonçaient les Objectifs du Millénaire qui reprenaient deux de ceux de Dakar : L?enseignement primaire universel et la parité entre les sexes.
Mais y a-t-il eu depuis un «effet Dakar», selon les mots de Koitchiro Matsura, directeur général de l?UNESCO, dans le sens d?un rassemblement et d?une mobilisation de tous en faveur de l?EPT ?
Le Rapport mondial de suivi de l?EPT 2008, lancé à l?occasion de cette rencontre, permet d?examiner les progrès accomplis vers la réalisation des six objectifs, à partir des dernières données statistiques disponibles et, en ce faisant, démontre l?ampleur des défis à relever.
1. Protection et éducation de la petite enfance (EPPE). Alors même que le taux de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans a baissé de 1995 à 2005 de 92 à 78 pour mille, 10 millions sont morts en 2005 et 1 sur 4 de ces enfants dans les pays en développement souffre de malnutrition. Ce sont les enfants pauvres et ruraux qui ont le moins accès aux programmes d?EPPE bien qu?il soit établi que c?est parmi les défavorisés que l?EPPE a l?impact le plus décisif. Seuls 53% des pays au monde ont un programme EPPE piloté par l?Etat. Le taux brut de scolarisation (TBS- Nombre d?élèves, quel que soit leur âge, exprimé en pourcentage de la population du groupe d?âge théorique correspondant à ce niveau d?enseignement) au pré primaire est passé de 33% en 1999 à 40 % en 2005 mais n?est que de 14% en Afrique subsaharienne.
2. Enseignement primaire universel (EPU). Le monde progresse rapidement vers l?EPU, le taux net de scolarisation (TNS-Nombre d?élèves du groupe d?âge correspondant théoriquement à un niveau d?enseignement donné, exprimé en pourcentage de la population totale de ce groupe d?âge) au primaire passant de 83 à 87% entre 1999 et 2005, les effectifs augmentant de 36% en Afrique subsaharienne. Depuis 2000,14 pays ont supprimé les frais d?inscription dans l?enseignement primaire, qui est désormais obligatoire dans 95% des pays du monde. Néanmoins, sur la base des tendances actuelles et face à la croissance démographique, 58 des 86 pays n?ayant pas réalisé l?EPU n?y parviendront pas d?ici 2015, en particulier en Afrique subsaharienne et dans les pays arabes mais aussi le Pakistan (TNS 68%).
3. Apprentissage des jeunes et des adultes. L?on dénombrait 72 millions d?enfants en âge de fréquenter l?école primaire non scolarisés en 2005 contre 96 millions en 1996. Beaucoup de jeunes et d?adultes défavorisés dans les pays les plus pauvres n?ont toujours pas accès à l?enseignement secondaire et supérieur formel que privilégient les Etats. Pour ceux-là, l?éducation non formelle est souvent la principale voie vers l?acquisition de connaissances et de compétences nécessaires dans la vie de tous les jours et pour l?insertion professionnelle. Du fait que les programmes d?éducation non formelle demeurent négligés dans les dépenses publiques, la réalisation de cet objectif de l?EPT demeure lointaine.
4. Alphabétisation des adultes. Le taux d?alphabétisme dans les pays en développement serait passé de 68% à 77% entre 1985/94 et 1995/2004, alors qu?au total, le monde comptait, en 2005, 774 millions d?analphabètes dont 64% de femmes ! Les pays les plus peuplés, à l?exemple de la Chine, de L?Inde, du Nigéria et du Pakistan sont les plus en retard alors que 72 pays ne devraient pas parvenir à réduire de moitié leur taux d?analphabétisme d?ici 2005, comme le voudrait le cadre de Dakar.
5. Egalité des sexes. Si les trois-quarts des pays avec des données ont réalisé la parité dans le primaire, seule la moitié peut prétendre atteindre cet objectif dans le secondaire.
Néanmoins, depuis 1999, les disparités entre les sexes se réduisent : il y a en 2005, 95 filles contre 92 en 1999 pour 100 garçons scolarisés dans le primaire. Dans le secondaire, cette tendance se confirme alors que dans l?enseignement supérieur, l?on dénombrait, au plan mondial, plus d?étudiantes que d?étudiants en 2005!L?égalité des sexes dans l?éducation requiert des environnements scolaires sûrs et favorables, plus d?enseignantes, une dynamique enseignants-élèves sans partis pris à l?encontre des filles et l?élimination des préjugés sexistes dans les matériels d?apprentissage.
6. Qualité de l?éducation. Les taux de survie en dernière année de l?enseignement primaire se sont sensiblement améliorés depuis 1999 mais les acquis d?apprentissage demeurent insuffisants dans de nombreux pays au monde. Dans les pays pauvres, les conditions d?enseignement sont souvent médiocres car caractérisées par un manque de manuels, un temps d?instruction insuffisant, des effectifs pléthoriques, des salles de classes délabrées et des enseignants non formés et trop peu nombreux . Avec le gonflement des effectifs scolaires, les rapports élèves/ enseignants ont connu, en Afrique subsaharienne comme en Asie du Sud et de l?Ouest, une augmentation et il est estimé qu?il faudrait 18 millions d?enseignants de plus au primaire afin d?atteindre, d?ici 2015, l?EPU.
Entre 1999 et 2005, les évaluations des acquis scolaires, internationales et nationales, se font plus fréquentes et confirment que (1) une corrélation positive existe entre un statut socio-économique privilégié et les acquis des élèves ;(2)le temps effectivement passé à étudier une matière a une incidence sur les performances scolaires et (3) les rapports élèves-enseignants supérieurs à 40/1 tendent à entraver l?apprentissage. Toutes les recherches continuent par ailleurs à démontrer que les compétences linguistiques et cognitives s?acquièrent plus aisément dans la langue maternelle.
Bilan mitigé donc que celui du rapport mondial de suivi, comme l?a souligné le Président Wade. Si les avancées globales continues depuis 2000 et en particulier des progrès significatifs vers la réalisation de l?EPU (objectif 2) et la parité des sexes dans l?éducation (objectif 5) sont évidents, d?autres objectifs du cadre de Dakar continuent d?être négligés.
Selon L?UNESCO, les trois questions interdépendantes et décisives pour réaliser les objectifs de Dakar à l?horizon 2015 : sont L?Equité et l?Inclusion ;la Qualité del?Education et le Financement. Convenant d?en faire, désormais, les priorités de la mobilisation politique en faveur de l?EPT, les participants à la réunion de Dakar se sont engagés à «mieux faire connaitre le rôle de l?EPT, en tant que droit de l?homme et outil fondamental de croissance économique et de réduction de pauvreté, dans le développement».Il s?agira de tout mettre en ?uvre pour donner une impulsion nouvelle à l?action internationale des gouvernements, des agences de développement, de la société civile, des organisations non gouvernementales et des médias.
L?EPT , à mi-parcours, demeure un défi formidable qui nous interpelle tous et que nous sommes, face à l?histoire et devant les hommes, dans l?obligation de relever.
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