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Drogue

La NADC affirme ne pas pouvoir mener seule ce combat

26 août 2026, 10:00

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La NADC affirme ne pas pouvoir mener seule ce combat

■ La NADC a lancé en avril son plan directeur national de lutte contre la drogue 2026-2030, misant sur prévention, traitement, réinsertion et coopération.

La NADC l’a redit sans détour dans son communiqué publié hier, après la mort du petit Adriano à Roche-Bois : aucune institution ne peut, seule, gagner la lutte contre la drogue à Maurice.

L’agence commence par exprimer sa «profonde tristesse» et adresse ses condoléances à la famille du bébé de sept mois, poignardé par son père, sur fond de consommation de drogue présumée. Elle prend toutefois le soin de préciser que les circonstances exactes du drame doivent encore être établies et refuse de présenter la drogue comme l’explication unique de cette tragédie. «La problématique de la drogue ne peut être considérée isolément», souligne-t-elle, évoquant aussi les difficultés familiales et sociales, les problèmes de santé mentale, la violence et la précarité – aucun de ces facteurs, pris séparément, ne pouvant à lui seul expliquer un tel drame. Cette prudence n’est pas anodine : elle traduit la volonté d’éviter tout raccourci entre un fait divers tragique et une explication univoque.

C’est sur ce constat que la NADC construit le cœur de son message : institutions publiques, services de santé, forces de l’ordre, travailleurs sociaux, établissements éducatifs, organisations non gouvernementales, familles et communautés doivent, selon elle, agir ensemble. «Le drame de Roche-Bois doit nous interpeller collectivement», fait valoir l’agence, qui appelle ses partenaires à renforcer leur collaboration et à inscrire leurs actions dans une approche coordonnée, adaptée aux réalités du terrain. Ce cadrage s’accompagne d’annonces concrètes destinées à traduire cet appel en actions mesurables dans les semaines à venir.

La NADC replace cette responsabilité partagée dans le cadre de la NADC Act, qui lui confie la coordination de la réponse nationale au problème de la drogue ; et du National Drug Control Masterplan 2026–2030, structuré autour de la prévention, la réduction de l’offre et de la demande, le traitement, la réhabilitation et la réinsertion. Elle cite notamment le Community Prevention Programme comme exemple d’une volonté de passer d’actions ponctuelles à une prévention plus structurée, fondée sur les données plutôt que sur des interventions isolées au gré de l’actualité.

Dans la même logique, la NADC annonce qu’une campagne nationale dédiée à la lutte contre les drogues synthétiques sera lancée dans trois semaines. Cette initiative s’inscrit dans la continuité du dispositif de détection déjà annoncé, l’Early Warning System, censé relier hôpitaux, laboratoires et services répressifs afin de repérer plus rapidement l’apparition de nouvelles substances sur le marché. En couplant cet outil de détection à une campagne de sensibilisation ciblée, l’agence entend s’attaquer à un phénomène jugé particulièrement préoccupant : la diversification rapide de l’offre de drogues synthétiques, plus difficile à anticiper que celle des substances plus anciennes et mieux connues des services de santé.

Cet appel à la collaboration intervient alors que la NADC doit elle-même livrer, d’ici la fin de cette semaine, son rapport sur la politique concernant le cannabis – un document commandé par le gouvernement, initialement annoncé pour fin juillet, puis reporté après une demande de délai supplémentaire de deux semaines. Le rapport est complété à 98 % et doit être transmis au State Law Office pour un examen juridique avant que le gouvernement ne détermine la marche à suivre.

Le retard serait lié à un consultant ayant induit en erreur le comité technique sur un chapitre, ce qui aurait bousculé le calendrier initial. Faisant suite à une consultation publique de 21 jours lancée début juin, le rapport porte sur quatre axes : le cadre légal, l’usage médical du cannabis, les perspectives économiques liées au chanvre industriel ainsi que les enjeux sociaux liés à la consommation et la régulation. Le volet juridique reste le plus sensible, les recommandations devant rester compatibles avec les engagements internationaux de Maurice, dont la Convention unique des Nations unies sur les stupéfiants de 1961.

Le message intervient donc dans un contexte où l’organisme lui-même reste sous tension, entre annonces à venir et contraintes persistantes. Selon des sources au sein de l’institution, des contraintes administratives et un manque de ressources compliquent le travail quotidien de la NADC, alors même que ses responsabilités augmentent : le Budget 2026-2027 prévoyant Rs 80 millions supplémentaires, campagne nationale de sensibilisation aux dangers de la consommation et du trafic de stupéfiants, campagne dédiée aux drogues synthétiques annoncée pour bientôt, Early Warning System à mettre en place, hotline nationale accessible 24/7, programme national de prise en charge à piloter avec le ministère de la Santé. Autant de chantiers qui dessinent une feuille de route dense pour une agence qui, selon ses propres équipes, avance déjà «tant bien que mal».

À l’intérieur de l’agence, on assure que le combat continue malgré les difficultés. Mais cette détermination, aussi réelle soit-elle, ne constitue pas à elle seule une politique publique durable. Le paradoxe est là : d’un côté, une institution appelée à en faire toujours plus – nouvelle campagne, nouveau système d’alerte, nouveau rapport sur le cannabis attendu comme un premier indicateur de la direction prise par le gouvernement ; de l’autre, des moyens humains, techniques et financiers dont l’adéquation avec ces ambitions reste à démontrer. Le calendrier serré des annonces – un rapport soumis d’ici la fin de la semaine, une campagne annoncée pour bientôt – donnera l’occasion de vérifier si l’agence dispose effectivement de la capacité opérationnelle nécessaire pour tenir ces échéances.

En insistant sur le fait qu’elle ne peut agir seule, la NADC déplace ainsi le débat au-delà du seul cas de Roche-Bois. La question n’est plus seulement de savoir combien de campagnes seront lancées ou combien de saisies seront réalisées, mais si l’ensemble des acteurs concernés – l’État en premier lieu – sont prêts à traduire cet appel en moyens concrets, sur la durée. La campagne contre les drogues synthétiques, promise pour bientôt, sera, à cet égard, un premier test grandeur réelle : celui de la capacité de la NADC à transformer une annonce en action visible sur le terrain, dans les délais qu’elle s’est elle-même fixés.

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