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Ounou, la terreur des ourites
LA casquette vissée sur la tête, Jocelyn Ounou, vient de quitter sa pirogue. Les vêtements complètement trempés, il traîne derrière lui un seau rempli d?ourites. Il est parti très tôt ce jour-là, comme chaque matin, pour les débusquer de leurs caches de corail.
?Couma ourite trouve li, zotte alle cachiète?. C?est ainsi que Laurence, le banian, décrit Jocelyn, qui pendant plus de vingt ans, pratique ce métier.
Adolescent, Jocelyn a une peur bleue à chaque fois qu?il se rend en classe pour écouter les explications du professeur. Et comme il aime vivre libre comme l?air, Jocelyn défie l?autorité de ses parents : il ne va pas à l?école. Il se promène sur la plage pour épier les gestes des aînés qui retirent les ourites tapies dans les creux du corail. Un beau matin, il enfile son short, une vieille chemise et prend une fouine d?environ deux mètres.
Jocelyn passe une demi-journée dans l?eau et retourne avec de belles prises. Et comme l?appétit vient en mangeant, Jocelyn y retourne le lendemain. La belle aventure commence : il décide d?en faire son métier. Car pêcher les ourites peut être une source de revenus.
?Sa l?époque-là, ti éna beaucoup lacaze ourites. Mo ti pé la pêche plus qui vingt-cinq ourites par jour. Astère ou capave gagne cinq ou six seulement?, explique le pêcheur.
Avec un lagon surexploité en raison des nombreux chômeurs qui trouvent dans ce métier un moyen de subsistance, Jocelyn constate que les ourites, les poissons et surtout les mulets, qui vivent en-dessous de la barrière de corail, commencent à diminuer de façon dramatique. ?C?est ène des facteurs qui pé fini nou ban ressources?, dit le piqueur d?ourites.
Malgré cela, Jocelyn ne compte pas ranger de sitôt sa pirogue, qu?il a achetée à crédit. ?Mo pou la pêche tant qui mo éna courage, c?est mo passion?, déclare-t-il.
Pour cet habitant de Pointe-de-La Gueule, la mer n?est pas que calme et beauté, il faut se méfier des courants qui furent tout le temps la hantise des marins-pêcheurs qui aiment s?aventurer en haute mer.
Il évoque ce jour où il a dû secourir un pêcheur qui se trouvait en difficulté dans sa barque. ?Qui ou lors la terre ou soit lors la mer, nou bisin solidaire pou nou capave survivre?, dit-il avec philosophie avant de reprendre sa barque sa barque et se frayer un passage dans une dentelle d?écume qui zigzague sous sa rame.
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