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Octave Wiehe, la figure de proued?un MSIRI déjà cinquantenaire

2 novembre 2003, 20:00

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L?Institut de recherches de l?industrie sucrière de Maurice (MSIRI) a célébré, au début d?octobre, le cinquantième anniversaire de sa création en 1953. Déjà 50 ans s?exclameront certains. Que 50 ans, penseront d?autres. La figure de proue de la fondation de cet institut, Octave Wiehe, résume bien ce double sentiment et mérite amplement le respect et l?estime dont il continue de jouir auprès de ceux chargés de poursuivre le bon travail commencé par lui. A l?occasion de ce cinquantenaire, Guy Rouillard a rendu l?hommage dû au fondateur du MSIRI et à l?éminent chercheur qu?a été de son vivant Octave Wiehe. Avec l?aide de Patrick Harel, il lui a aussi consacré une notice dans le Dictionnaire de Biographie mauricienne.

Son nom figure à juste titre, aux côtés de celui de son ami et collègue, Reginald Vaughan, sur la colonne Liénard au jardin botanique de Pamplemousses, obélisque rendant un hommage mérité aux plus valeureux et plus talentueux serviteurs de l?agriculture et de l?agronomie mauriciennes. Nous devons à Octave Wiehe la fondation et le démarrage réussi non seulement du MSIRI mais encore de l?université de Maurice et c?est de nouveau à juste titre que son nom a été donné à l?auditorium de cet organisme de plus en plus prestigieux, notamment parce que les autres vice-chanceliers ont été ses dignes successeurs. Le momentum, créé par lui tant au MSIRI qu?à l?Université, non seulement ne s?est jamais ralenti mais au contraire s?est accéléré, consolidé et diversifié.

Octave Wiehe est né le 21 octobre 1910 à Labourdonnais, un des établissements sucriers au passé le plus prestigieux, grâce aux efforts culturaux et à la persévérance de ses ancêtres. Après les études au Collège Saint-Joseph, il les poursuit, au niveau supérieur, au Collège d?Agriculture. Une bourse d?études universitaires, au Collège Imperial des Sciences et de la Technologie de Londres, récompense ses trois ans d?études au Collège d?Agriculture. A Londres, il préside déjà une Société estudiantine d?Histoire naturelle. Sa première publication paraît dans le Journal scientifique de cette université. Elle concerne l?écologie de la Salicornia, une plante des marais. Il obtiendra sa licence, sa maîtrise puis son doctorat en sciences, successivement en 1935, 1945 et 1957.

Il débute en 1936 sa carrière professorale en enseignant les matières scientifiques aux élèves du Collège Royal de Curepipe. Deux ans après, le département de l?Agriculture le récupère en tant que phytopathologiste, poste qu?il occupera de 1938 à 1948. Il doit en sus enseigner la botanique au Collège d?Agriculture et assumer la responsabilité de la publication de la Revue Agricole. Il se rend aussi à deux reprises en mission à Rodrigues en 1938 et en 1941.

Il joint ses efforts à ceux de son ancien collègue du Collège Royal de Curepipe, le Dr Reginald Vaughan, passionné autant que lui de botanique et de flore indigène. Ils forment un brillant tandem que seul la mort séparera. Tous deux, ils donnent un nouvel élan à l?étude de la flore indigène, tout en se rattachant aux éminents chercheurs qui avant eux se passionnèrent pour ces études. Ils publient les premiers résultats de leurs recherches dans le Journal of Ecology et dans les publications du Linnean Society de Londres. Il suffit de savoir qu?une étude exhaustive de la flore indigène de Maurice est encore en cours de publication pour mesurer l?ampleur de la tâche monumentale à laquelle s?attachent Wiehe et Vaughan en pleine Seconde Guerre mondiale.

Celle-ci ayant interrompu les liaisons maritimes et commerciales, la demande en bois du pays se fait plus pressante. Ils entrevoient rapidement la menace que cela représente sur les derniers vestiges des forêts et essences indigènes. Ils militent en faveur de la création de l?Ancient Monuments and National Reserves Board, mis sur pied en 1944 et obtiennent que les arbres indigènes soient protégés ainsi que l?extension des réserves dans plusieurs régions, sur les îlots autour de Maurice ainsi qu?à Rodrigues.

Il est impossible d?énumérer ici tout ce que nous devons aux efforts et à la vigilance d?Octave Wiehe et de son collègue Gabriel Orian dans le domaine des maladies des plantes. Octave Wiehe est plus particulièrement chargé d?organiser la promotion des cultures vivrières et de diversification agricole afin d?atténuer autant que possible le déficit en approvisionnement alimentaire importé, considérablement raréfié en raison de la Seconde Guerre mondiale et de ses séquelles.

Le manque d?herbicide et de fertilisants favorise alors la prolifération de l?herbe condé sur les pâturages. Octave Wiehe est envoyé à Trinidad et en Louisiane en 1945. Il étudie l?écologie de la Cordia curassavica et peut introduire, après son retour à Maurice, le 16 décembre 1945, les parasites qui permettent d?éradiquer cette peste.

1947 marque un tournant important dans sa carrière. La commission Gorvin est nommée pour procéder à une étude complète de l?industrie sucrière. Octave Wiehe en est le secrétaire. Son assiduité et son efficacité démontrent que ses talents d?organisateur et de gestionnaire n?ont rien à envier à son savoir scientifique.

Le plus bel avenir s?ouvre alors devant lui mais qu?il hypothèque quelque peu en acceptant un poste de phytopathologiste au Nyassaland. Il veut élargir ses horizons scientifiques. Il a notamment l?occasion d?étudier les maladies de l?aleurite, une plante de grande importance économique pour ce pays et qui lui fournit l?occasion de cinq nouvelles publications scientifiques.

En 1951, c?est au tour de la Guyane britannique de bénéficier de ses éminents services. Il étudie une maladie qui frappe alors la canne à sucre. Il l?identifie comme étant l?échaudure de la feuille (leaf scald). Des postes alléchants à l?étranger lui sont alors proposés mais il choisit de rentrer au pays natal et de se remettre à son service.

A la suite des recommandations de la Commission Gorvin, le gouvernement décide de remplacer la squelettique station de recherches de la canne à sucre de son département agricole pour créer le MSIRI et le confier à la gestion plus efficace du secteur privé. Octave Wiehe est choisi pour en être le premier directeur. En quelques années, l?Institut acquiert une renommée telle que, dès 1962, un Congrès international de technologie sucrière peut s?y tenir sous sa présidence. Il dirige le MSIRI pendant 25 ans au cours desquels il accomplit de nombreuses missions aux quatre coins du globe et auxquelles s?ajoutent de nombreuses responsabilités tant locales que régionales.

L?heure de la retraite approche mais sa prestigieuse carrière professionnelle va de nouveau rebondir pour le propulser sur des sommets encore plus élevés et les plus inattendus. Il est alors question de créer une université à Maurice. Les premiers efforts ne sont guère convaincants. Lord Morris of Grasmere, ancien vice-Chancelier de l?université de Leeds, recommande alors de confier son démarrage et son bon fonctionnement à Octave Wiehe. Il relève ce défi et réussit en quelques années à transformer en succès incontesté ce qui apparaissait à beaucoup comme un projet utopique. Lord Morris se félicite en ces termes, en 1973, de son choix : ?Octave Wiehe has done a wonderful work at the University of Reduit, turning what was almost a lost hope into a really well founded institution? In some way, the University shows more impressive promise than any other of the new universities overseas?. En 1972, il a l?honneur de recevoir, au Réduit, la reine Elizabeth II. Celle-ci l?avait élevé en 1958 au rang de Commandant de l?Empire britannique (CBE).

Il ne renouvelle pas son contrat en 1974 mais ne peut guère jouir d?une retraite pourtant bien méritée car il s?éteint, 18 mois plus tard, le 28 août 1975.

Il laisse derrière lui de magnifiques collections de livres sur l?histoire et l?agriculture de Maurice, d?orchidées et de plantes décoratives.

Un de ses fils, Alain, meurt prématurément alors qu?il venait d?être nommé administrateur de la propriété sucrière de Britannia. Un autre, Denis, est présentement l?évêque catholique de Victoria aux Seychelles. Il fut choisi pour présider une courte prière inter-religieuse lors de la célébration du 50e anniversaire du MSIRI et prononça alors la prière suivante de sa composition et qui marqua profondément les personnalités agricoles, scientifiques et économiques présents :

Blessed are you, Lord God of all creation. Blessed are you for the beauty of nature and the infinite variety of your creation.

We thank you for the boundless space of the universe, for the sea, the sun and the vast expanses of sugar cane fields around us.

We thank you for the power and energy of the atom and for the delicate growth of the new bud.

We thank you for the human person : in your likeness and in your image you have created us, with intelligence and sensitivity, so that we might unravel the great and profound mysteries of the universe and learn to live in harmony with each other in society.

We rejoice on this occasion of the Golden Jubilee of the Mauritius Sugar Industry Research Institute for the commitment and formidable work of several generations of scientists and scientific personnel who have worked on these premises.

Their research and findings have improved our knowledge and especially the production of sugar and other crops here in Mauritius and also in many other countries around the world.

We belong to many faiths and adhere to several religions, but we pray in unison, each one according to his or her own belief, we pray for the continuation of the work of this Institute whose reputation has reached even the most remote parts of the world where sugar is grown.

We pray to you the Almighty that you may enlighten and strengthen us in the noble task of research for the betterment of our society and of our country.

AMEN.


?Octave Wiehe est choisi pour être le premier directeur du MSIRI. En quelques années, l?Institut acquiert une renommée telle que, dès 1962, un Congrès international de technologie sucrière peut s?y tenir sous sa présidence. 25 ans durant il accomplit de nombreuses missions aux quatre coins du globe, auxquelles s?ajoutent de nombreuses responsabilités tant locales que régionales.?

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