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Objectif : réhabilitation de 2 000 toxicomanes d?ici 2009
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Objectif : réhabilitation de 2 000 toxicomanes d?ici 2009
La méthadone, drogue synthétique de la famille des opiacés, est utilisée depuis novembre 2006 pour traiter les toxicomanes. Ainsi sevrés, 95 % des 900 patients concernés ne font pas de rechute. Les autorités projettent maintenant d?en toucher 1 200 d?ici la fin de l?année, pour atteindre en 2009. Le Dr Fayzal Sulliman, responsable du National Methadone Substitution Therapy Centre, fait la lumière sur le fonctionnement et les objectifs du programme méthadone qui coûte environ Rs 6 millions annuellement à l?Etat.
Cette drogue fabriquée en laboratoire est de la même famille que l?héroïne. Mais sa composition chimique empêche l?état de dépendance. C?est le produit de substitution par excellence.
Le programme méthadone propose un substitut aux dépendants à l?héroïne. Mais il ne suffit pas d?en prescrire une dose. La consommation de la méthadone est soumise à une réglementation stricte. «Ce traitement a été un échec en Grande-Bretagne car les toxicomanes emportaient la méthadone chez eux. Il n?y avait pas de suivi», explique le Dr Sulliman.
Maurice s?est inspiré du modèle espagnol. Le toxicomane subit une préparation psychologique de trois à quatre mois dans un des trois centres de désintoxication : Idrice Goomany à Port-Louis, Help Day Care à Cassis et Sangam Arya Sabha Sewa Sadun à Saint-Paul. Un centre pour femmes existe depuis mars à l?hôpital Brown Séquard.
Après la préparation, le malade est admis au National Detox Centre à Beau-Bassin pour deux semaines. A sa sortie, il retourne à l?un des trois centres où il est encadré par des travailleurs sociaux. Ce n?est qu?après tout ce cheminement que le toxicomane reçoit une dose quotidienne de méthadone, par voie orale, à l?un des sept points de distribution (dispensers) du pays. La teneur du produit dans la dose est connue du seul personnel hospitalier.
La méthadone est mélangée à du jus d?orange. D?abord, sous cette forme, elle n?a plus de valeur marchande et ne peut être commercialisée s?il est volé. Puis, en intraveineuse, les risques sont si grands que l?on y songe à deux fois avant d?en prendre. «Il y a eu des cas, en Grande-Bretagne, de patients morts d?overdose, s?étant injectés le produit», dit le docteur. Dans ce traitement, la dose de méthadone est graduellement diminuée jusqu?à l?élimination du besoin.
Pour participer au programme, l?on doit signer un contrat avec un Detox Centre. Il ne faut plus prendre d?autre drogue, ni consommer de l?alcool. Des tests d?urine sont effectués au hasard pour s?assurer du respect des engagements pris. Certains critères doivent être réunis pour être admis au programme : la dépendance doit être à un opiacé, telle l?héroïne, pris par voie intraveineuse depuis au moins dix ans. Mais le plus important reste la volonté de se désintoxiquer.
Le programme méthadone comprend aussi deux objectifs majeurs que sont d?empêcher la prolifération du VIH Sida chez les toxicomanes et leur réhabilitation. «La méthadone n?est pas injectée avec une seringue. Donc, le risque de contamination au sida par voie intraveineuse est éliminé», explique le Dr Fayzal Sulliman.
<B>Nilen KATTANY</B>
<B>Histoire d?une réussite</B>
■ «J?ai essayé le traitement méthadone par amour pour ma femme.» Amanullah Goolamun (photo), 42 ans et habitant Plaisance, mène aujourd?hui une vie normale. Cet ex-toxicomane a essayé toutes les drogues et tous les remèdes, mais en vain. Jusqu?à ce qu?il s?inscrive pour un traitement à la méthadone, il y a neuf mois. «J?ai repris goût à la vie. Je ne suis plus dépendant ni de l?héroïne ni d?aucune autre drogue. Je me suis même mis à mon propre compte», témoigne Amanullah.
DISTRIBUTION INTERROMPUE
<B>La méthadone n?est plus administrée à Candos</B>
■ La distribution de la méthadone n?est plus assurée à l?hôpital Victoria. Ce service a été décentralisé vers d?autres régions des Plaines-Wilhems depuis l?intervention de la «Voice of Hindu» (VoH) jeudi. Cette organisation prétend que des toxicomanes bénéficiant du traitement méthadone seraient impliqués dans de nombreux délits commis dans les quartiers avoisinants. Raison évoquée par les membres de la VoH protester énergiquement contre la distribution de ce médicament à l?hôpital. Ils allèguent même qu?un des patients aurait tenté de violer une femme. Pourtant, aucune plainte n?a été portée à la police. «Il n?y a pas eu de déposition contre les patients», précise-t-on.
<B>«Loi plus sévère contre les usagers de drogue»</B>
La plupart des crimes sont liés à la consommation de drogues. Le Premier ministre l?a reconnu lors de son discours sur le budget au parlement, la semaine dernière. Pour contrer ce problème, la solution semble toute trouvée : la répression, si l?on se fie à la déclaration de Navin Ramgoolam. Une position qui tranche singulièrement avec la décision du gouvernement de mettre la méthadone à la disposition des consommateurs de drogue, pour les aider à se sevrer.
Pourtant, le Premier ministre, bien qu?il ait reconnu le bon travail de l?Anti Drug and Smuggling Unit (notamment avec ses deux récentes saisies totalisant 60 kilos d?héroïne valant Rs 60 millions) affirme qu?il est temps de «revoir notre législation. Jusqu?ici, nous nous sommes concentrés sur les trafiquants de drogue et moins sur les consommateurs, avec pour résultat que les consommateurs écopaient d?une sentence moindre. Nous allons devoir revoir cette politique. Après tout, ce sont eux qui commettent des crimes (NdlR : pour pouvoir se procurer de la drogue).»
<B>Réintroduire la peine de mort ? </B>
S?agit-il d?une coïncidence ? Toujours est-il que le député travailliste Suren Dayal revient sur la question au parlement demain. Il demande au Premier ministre si? le gouvernement va «considérer la réintroduction de la peine de mort dans des cas de trafic de drogue.» Interrogé sur les raisons de cette question, le député affirme : «Ce n?est pas possible que des gens qui font autant de tort puissent s?en sortir.» Mais la peine de mort ? Le député répond : «Je crois que si les gens pensent que les peines sont lourdes, ils réfléchiront à deux fois.»
Dans un document préparé par quelques détenus et intitulé «Injustice nstitutionalized», ils expliquent, en illustrant leurs propos de cas concrets, à quel point une condamnation pénale ne fait qu?aggraver le problème de l?usager de drogues. Ce dernier, considéré comme malade, a davantage besoin de se droguer pour affronter les conditions de l?emprisonnement.
Le centre de réhabilitation Lotus, qui était actif à la prison centrale, n?est plus en opération. Désormais, les toxicomanes ne sont plus «soignés», mais ils sont bel et bien punis.
Et il semble qu?ils le seront davantage dans les mois à venir.
<B>Deepa BHOOKHUN</B>
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