Publicité
Nouveau hub de l?océan Indien
En mai prochain, le quai de déchargement des produits pétroliers à Mer-Rouge entrera en opération. D?autres projets seront initiés par la Mauritius Ports Authority (MPA) pour faire face à la croissance du trafic maritime et accroître la visibilité de Port-Louis comme hub de la région.
Entre-temps, le deuxième des deux portiques nouvellement installés sera opérationnel d?ici la fin du mois. Mais le chemin à parcourir pour s?imposer comme hub face à la compétition ne sera pas facile si les projets d?infrastructure ne se concrétisent pas.
Les travaux de construction du terminal pétrolier sont estimés à Rs 560 millions. Dorénavant tous les pétroliers, pour des raisons de sécurité, devront opérer sur ce quai doté d?équipements anti-incendies. La construction aurait dû être terminée depuis quelques mois, mais elle a été retardée par les mauvaises conditions climatiques qui ont prévalu au début de l?année 2007 avec le passage du cyclone Gamede.
La MPA attend pour mai le rapport final des consultants sur le nouveau plan directeur qui énoncera les grandes orientations du port pour les 15 à 20 prochaines années : les projets à venir et l?utilisation des terres dans le sillage des prévisions à la hausse du volume de trafic portuaire et du développement économique du pays.
Les possibilités d?expansion sur les sites actuels, notamment à Mer-Rouge, sont très limitées. Les nouveaux projets envisagés aideront Port-Louis à rester compétitif par rapport aux autres ports de la région, où de gros travaux d?infrastructure sont en cours tant à La Réunion - au niveau de terminal de conteneurs et des facilités pour accueillir des paquebots de croisières - qu?à Madagascar.
«Maurice s?est positionnée comme un hub dans cette partie de l?océan Indien. Avec la hausse du commerce mondial, surtout au niveau de la Chine et de l?Inde, il y a un manque de gros porteurs. Les grosses lignes maritimes qui desservent la région de l?océan Indien préfèrent opérer à partir de hubs, où il y a une masse critique de conteneurs afin de réduire leurs coûts d?opération», explique Shekar Suntah, directeur général de la MPA.
«Malgré la croissance considérable des activités portuaires en Afrique du Sud, Maurice a pu se tailler une place dans cette région. Il faut continuer à garder l?intérêt des grosses lignes maritimes qui desservent Port-Louis tout en augmentant sa connectivité et la fréquence des connexions avec d?autres ports car cela permet aussi de garder le taux du fret au minimum.»
Les investissements prévus vont assurer que ces grosses lignes continuent à desservir Port-Louis. Car, même s?il n?y a pas de service direct entre Maurice et l?Europe, des systèmes ont été mis en place pour que les marchandises arrivent dans les délais en Europe même si elles doivent être transbordées dans un autre port.
«Pour garder l?intérêt des armateurs, il nous faudra continuer à avoir la capacité de leur offrir les services qu?ils recherchent. En même temps des dispositions ont été prises par la CHC pour améliorer la productivité», souligne Shekar Suntah.
Devant cette situation, la MPA a déjà d?autres projets d?investissement. Tout d?abord l?extension du Mauritius Container Terminal (MCT) à Mer-Rouge pour lui permettre d?accueillir trois navires en même temps et d?augmenter sa capacité de manutention.
Les quais du Terminal II, à proximité des installations de stockage et de distribution de ciment de Lafarge (Mauritius), seront réaménagés, consolidés et agrandis pour accommoder trois à quatre portiques. Le dragage du chenal d?accès est aussi envisagé. Sans compter l?extension et le remblai du Quai 1.
Avec le développement du secteur seafood et la hausse du nombre de bateaux de pêche qui viennent approvisionner les usines de traitement de poisson et transborder leurs cargaisons destinées à d?autres ports, la construction d?un port de pêche doté de chambres froides et d?unités de traitement de poisson à Bain-des-Dames est à l?agenda de la MPA. Autre projet ambitieux de l?autorité portuaire reste le développement du Salines Waterfront Village. Les aménagements se feront par étapes, avec un terminal pour l?embarquement et le débarquement des passagers des paquebots de croisières et une marina.
Car le nombre de paquebots qui mouillent à Port-Louis a subi une hausse considérable ces trois dernières années. Sans compter que la compagnie italienne Costa Croisières a décidé depuis l?an dernier d?utiliser Port-Louis comme principal port d?opération dans cette région de l?océan Indien. Vu le succès de ses opérations, Costa Croisières veut accroître ses opérations à Port-Louis. Les appels d?offres pour la construction du terminal sont déjà lancés et elle devrait commencer dans deux mois pour se terminer au premier trimestre de 2009. Les autres composantes des Salines Waterfront Village, à long terme, seront un musée maritime, un centre de conférences, une galerie d?art, des salles d?exposition, des centres commerciaux et des complexes sportifs. Restaurants, hôtels, et appartements de luxe compléteront la palette de prestations.
La MPA caresse, à plus long terme, un projet de construction d?un brise-lames et d?un terminal de conteneurs à Fort-William. La longueur du terminal est estimée à un kilomètre et sa capacité de 1,2 m de conteneurs.
Un partenaire stratégique en 2010</B>
Avec tous les projets portuaires en vue, le gouvernement examine la possibilité de doter la CHC d?un partenaire stratégique. La collaboration de la Banque mondiale (BM) est recherchée à ce sujet. Il est fort possible que le partenaire stratégique soit en place dans deux ans, soit en 2010. L?objectif étant d?amener le partenaire stratégique à être partie prenante dans les investissements pour les nouvelles infrastructures du port. L?importance d?un partenaire stratégique est soulignée dans «MCB Focus», sorti il y a une semaine. Dans ce document, les économistes de la «Mauritius Commercial Bank» (MCB) analysent les infrastructures du pays et leurs lacunes au niveau du port, de l?eau, des routes, de l?aéroport et de l?électricité. Le «MCB Focus» estime qu?un partenaire stratégique améliorerait la compétitivité de Port- Louis et obtiendrait des investissements pour les projets envisagés. Car des craintes sont exprimées au sujet des opérations de grosses lignes maritimes à Port Louis. Selon les économistes de la MCB, le port a connu une croissance remarquable en activités ces dernières années. Mais l?absence de capacité des infrastructures pour répondre de façon efficace aux exigences du trafic de conteneurs en période de pointe a eu un impact négatif sur la productivité à bord des navires. Ces insuffisances ont aussi augmenté les jours d?attente et les coûts d?opération des navires. Les auteurs du «MCB Focus» craignent qu?une telle situation n?amène des lignes maritimes internationales à préférer d?autres ports de la région pour leurs activités de transbordement afin de réduire leurs coûts d?opération et rendre plus rapide la livraison des marchandises.
D?ailleurs, pour la BM, il est essentiel d?améliorer le plus rapidement possible les infrastructures du port avec les projets envisagés dont l?investissement dépasserait Rs 5 milliards. S?il est rassurant de voir que les projets sont là, le principal défi sera leur réalisation à temps et de façon cohérente. D?autant que, selon la BM, Port Louis a du retard à rattraper par rapport à d?autres ports de la région au niveau de la performance. Un récent rapport de la BM classe le port de Port-Louis en 132e position sur 150 pays des plus compétitifs. Une indication, selon George Chung, nouveau président de la «Mauritius Export Association», de l?ampleur du travail à abattre pour placer le port de Port-Louis sur la carte des pays les plus compétitifs au niveau des infrastructures portuaires.
D?où, dit-il, le besoin d?investissements massifs dans le port, comme à l?aéroport. Port-Louis est largement devancé par l?Afrique du Sud (24e), le Kenya (76e), le Mozambique (110e) et Madagascar (120e). Singapour est en première position.
<B>Croissance remarquable du trafic maritime </B>
■ Le trafic de conteneurs dans le port a augmenté de façon substantielle depuis le début de 2008. Le nombre total de conteneurs qui ont été déchargés ou transbordés en février dernier est de 21 855. En février 2007, il n?y en avait eu que 14 700. La hausse est donc de 48,66 %. 6 015 conteneurs ont été transbordés en février dernier comparé à 4 488 en février de l?année dernière, soit une hausse de 34 %. Le trafic de marchandises indique une nette hausse en 2007, comparé à 2006, presque à tous les niveaux. Il est passé de 4,8 millions de tonnes en 2006 à 6, 2 millions en 2007, comme l?indique le tableau qui suit :
Trafic global : 6,2 m tonnes (+9 %)
Vrac solide : 2 m tonnes (+5 %)
Vrac liquide : 1,2 m tonnes (+ 0,1 %)
Trafic conteneurs : 413 828 (+ 15 %)
Trafic captif : 193 338 (+15 %)
(importé pour Maurice et exportations de produits mauriciens)
Transbordement : 220 490 (+18 %)
Trafic de poissons : 116 986 (-10 %)
<B> «Il faut que Port-Louis reste compétitif»</B>
■ «L?arrivée des portiques est un plus pour Port-Louis, mais elle ne va pas résoudre tous les problèmes de manutention de marchandises», estime Robert Hungley. Transitaire depuis 30 ans et ex- président de l?Association professionnelle des transitaires, il a suivi l?évolution portuaire depuis l?époque où les navires amarrés à des bouées en rade déchargeaient leurs marchandises transportées à terre à bord de chalands. «Ce système représentait de gros inconvénients. C?est vrai qu?il y a eu de gros investissements en termes de quais et portiques pour faciliter la conteneurisation et le transbordement des marchandises pour le développement du pays et du port franc.» Mais Robert Hungley trouve que ce n?est pas suffisant. «L?entrée en opération des deux nouveaux portiques - un est déjà opérationnel - sera un plus pour le port et les clients. Mais ce sont des équipements à terre qui font toujours défaut. Cela a un effet sur les livraisons à des clients locaux ou sur l?embarquement.» A son avis, la hausse récente des tarifs de transbordement de conteneurs aidera la MPA et la «Cargo Handling Corporation» (CHC) à récupérer les gros investissements portuaires. Mais il faudra s?assurer que Port-Louis reste compétitif pour s?assurer que ces lignes continuent à le desservir. Selon lui, un des problèmes majeurs des transitaires est le fret. Il estime que ce serait intéressant s?ils pouvaient regrouper les marchandises exportées. «Nous gagnerons au niveau du fret et de l?économie d?échelle avec l?optimisation des espaces dans les conteneurs. Il faudrait que d?autres compagnies soient en meilleure compétition avec Maersk et Mediterranean Shipping Co. Ltd, qui contrôlent environ 74 % du trafic maritime», souligne Robert Hungley.
Publicité
Publicité
Les plus récents