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Nos tripartites auraient eu au moins 30 ans
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Nos tripartites auraient eu au moins 30 ans
Pendant plus d?un quart de siècle, nos négociations tripartites ont quelque peu contribué à notre paix sociale, en sacrifiant, rituellement, année après année, à la demi-farce ubuesque de la détermination du taux de compensation salariale, pour la prochaine année financière. Elles ont eu à céder la place à un prétendu nouveau mécanisme, baptisé Pay Council, ressemblant pourtant à l?ancien comme deux gouttes d?eau, sinon que ses inconvénients résurgeant inévitablement ne peuvent plus se prévaloir des avantages procurés par l?ancien, pendant le quart de siècle écoulé, sinon davantage. Plus ça change et plus c?est pareil, sinon pire. Et tout cela parce que des apprentis sorciers sont intimement convaincus pouvoir nous faire prendre leurs vessies pour des lanternes. Fort heureusement, le commun des mortels accorde, avec son bon sens coutumier, peu d?importance à ces changements de noms insignifiants. Les ministres de tutelle peuvent changer mais les contraintes économiques, sinon le FMI, continuent de dicter le taux de notre compensation syndicale. Il suffit d?ailleurs de changer les locataires de l?Hôtel du GM pour que les braillards démagogues deviennent des ministres raisonnables car gardiens de notre survie économique et vice-versa. C?est dire le peu de cas à accorder à nos politiciens.
Avant l?ère du tripartisme, Maurice connaît, surtout pendant les années de braise (1971 et ses semblables) une instabilité sociale prononcée, provoquée en grandes parties par des négociations salariales sectorielles, encourageant la surenchère syndicaliste et parfois même démagogique et populiste. Ce scénario catastrophe prévoyait, par exemple, que si le Sucre obtenait une compensation salariale supérieure aux autres secteurs en raison, disons, d?un bonanza d?origine internationale, d?autres secteurs, disons le port ou le transport, se devaient d?exiger leur part, même d?un gâteau auquel ils n?ont pas droit. Mais que peuvent la logique et le bon sens quand un Kamarade syndicaliste, en quête de facile popularité, décide de faire bande à part, de passer pour un mari ou pour un Zorro, en exigeant que tel secteur d?activités, même présentement déficitaire, doit accorder à ses employés une augmentation salariale égale, sinon supérieure, à celle accordée par nos secteurs économiques les plus florissants. Maurice étant un pays où prévaut la liberté d?expression, rien n?empêche légalement un démagogue invétéré de réclamer, pour les employés du thé ou du textile, les pourboires, parfois princiers, que peuvent recevoir les employés de l?hôtellerie, attachés au service des suites les plus huppées ou encore un salaire supérieur aux commissions-rançons que des chauffeurs de taxi soutirent de commerçants et entrepreneurs véreux, pour leur amener, manu militari ou presque, des pigeons à plumer que nos statistiques officielles s?entêtent à nommer touristes.
Le tripartisme vient mettre un peu d?ordre dans cette boîte, non de Pandore, mais d?invitation à la surenchère démagogique. Il fait son apparition dans les années 1977 ou avant. Cela lui donne donc au moins 30 ans d?âge quand le Pay Council de 2008 se fait fort de le remplacer, en principe pour le mieux mais qui tarde à se manifester. Il y a donc, au départ, un semblant de velléité de mise en ordre mais sous le couvert d?une farce et même d?une mystification. Pour faire du tripartisme, il faut être trois. Où est alors notre troisième homme ? Le gouvernement se tient-il à équidistance du syndicalisme (anxieux d?obtenir coûte que coûte, les meilleurs avantages salariaux pour l?ensemble des employés) et d?un patronat (surtout préoccupé à ce qu?un gonflement exagéré du coût de la masse salariale ne menace pas dangereusement la compétitivité du made in Mauritius au niveau international).
Nos gouvernements successifs affichent volontiers leur attachement prétendument à la cause socialiste. Mais bien fol qui se fiera à ce pieux mensonge. Car tout gouvernement est aussi et de loin le premier employeur du pays. Et toute générosité indue de sa part devra être lourdement payée rubis sur ongle par les contribuables et les consommateurs qui sont aussi les votants, devant assurer sa réélection aux prochaines législatives. D?où les quelques centaines de roupies accordées alors que nos syndicalistes 2008 (principalement de la fonction publique) exigent une pleine compensation là-haut mille roupies.
En mai 1983, le nouveau ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, donne le feu vert aux négociations tripartites, en lançant une mise en garde qui aurait fait la joie des exportateurs de 2008 : «Toute revendication déraisonnable de compensation salariale entraînera automatiquement une dévaluation de la roupie». Voilà qui pourrait donner quelques regrets à notre patronat 2008 de n?avoir pas mieux soutenu la pleine compensation salariale de là-haut mille roupies mais à condition que s?ensuive automatiquement une nette dévaluation de notre roupie qui est déjà moins forte que ce qu?elle était avant le meeting du PTr de Vacoas, le 1er mai dernier.
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