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Questions à…
Devesh Dukhira : «Le manque d’eau a un impact direct sur la productivité de la canne»
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Devesh Dukhira : «Le manque d’eau a un impact direct sur la productivité de la canne»
Devesh Dukhira, CEO du Mauritius Sugar Syndicate.
Alors que l’industrie sucrière fait face à une baisse des rendements et à plusieurs contraintes qui pèsent sur les producteurs, de nouvelles variétés de canne sont introduites pour tenter d’améliorer la productivité. Le «Chief Executive Officer» (CEO) du Syndicat des sucres, explique les objectifs des M 66, M 67 et M 68 et évoque les principaux enjeux auxquels la filière est confrontée, de la disponibilité de l’eau à l’évolution des revenus sucriers.
■ Pourquoi introduire de nouvelles variétés de canne à sucre, notamment les M 66, M 67 et M 68 ?
Le Syndicat des sucres, qui est chargé de la commercialisation des sucres produits localement, doit veiller à ce que l’industrie sucrière améliore continuellement sa compétitivité, notamment en matière de rendement, aussi bien pour la production de sucre que pour la biomasse destinée à la production d’énergie renouvelable. Il est également nécessaire d’adapter les variétés aux nouvelles conditions agronomiques, marquées notamment par le changement climatique, l’usure des sols et l’éventuelle apparition de nouvelles maladies.
■ Ces variétés pourraientelles contribuer à améliorer les rendements et à réduire les coûts de production des planteurs ?
Ce serait effectivement l’un des principaux objectifs. En améliorant les rendements, nous pourrions produire davantage de sucre et de biomasse par hectare ; et donc augmenter les revenus des planteurs à partir des mêmes ressources. Il faut souligner que les rendements ont diminué au cours de la dernière douzaine d’années, passant de 79,8 tonnes de canne et 7,9 tonnes de sucre à l’hectare à 68,7 tonnes de canne et 6,5 tonnes de sucre à l’hectare en 2025. Cette baisse représente un manque à gagner aussi bien pour les planteurs que pour les usiniers. Il est donc urgent d’inverser cette tendance afin d’assurer la pérennité du secteur.
■ Comment se positionnent les sucres spéciaux mauriciens face à la concurrence des autres origines sur les marchés internationaux ?
Une amélioration de la productivité dans les champs, et donc de notre compétitivité, nous permettra de mieux concurrencer d’autres origines produisant des sucres similaires. Je tiens à souligner que nous faisons face à une concurrence grandissante pour nos sucres spéciaux, qui sont destinés à des marchés de niche en Europe, aux États-Unis et dans d’autres régions où le pouvoir d’achat est élevé. Nos principaux concurrents sont notamment des producteurs d’Amérique centrale et d’Afrique subsaharienne, où le rendement moyen avoisinerait 90 à 100 tonnes de canne à l’hectare.
■ La situation des réserves d’eau, qui restent à des niveaux relativement bas, pourrait-elle avoir des répercussions sur la prochaine récolte de canne à sucre ?
Le manque d’eau a un impact direct sur la productivité de la canne, comme cela a été observé lors des deux dernières récoltes. Les restrictions d’irrigation imposées dans le cadre des Dry Season Regulations de la CWA viennent accentuer cette situation. Même si la priorité accordée à l’approvisionnement en eau n’est pas remise en cause, des alternatives existent pour éviter de pénaliser la production cannière. Il serait notamment possible de capter l’eau des rivières à des fins d’irrigation, à condition qu’après le point de captage, l’eau soit acheminée directement vers la mer.
■ Quelles sont, par ailleurs, les principales difficultés auxquelles le secteur cannier est actuellement confronté ?
Le manque de main-d’œuvre demeure une autre contrainte à laquelle les producteurs sucriers sont confrontés. Les autorités ont déjà annoncé le recours à des travailleurs étrangers pour répondre à ce besoin, mais, à ce jour, le problème n’est toujours pas résolu.
Sur le plan des revenus sucriers, le marché traverse également une période difficile, avec une baisse d’au moins 30 % des cours du sucre au cours des trois dernières années. En conséquence, le prix ex-Syndicat payé aux producteurs pour leur sucre est passé de Rs 30 951 la tonne pour la récolte 2023 à Rs 24 095 pour la récolte 2025.
Bien que nous estimions qu’un nouveau déficit mondial se profile, ce qui pourrait entraîner une remontée des prix à partir de l’année prochaine, les recettes des producteurs seraient cette année inférieures à leurs coûts de production. Une exception concerne les planteurs produisant jusqu’à 60 tonnes de sucre, qui bénéficient d’un prix garanti de Rs 35 000 la tonne grâce à l’intervention du gouvernement.
Dans ce contexte, une révision à la hausse du prix de la bagasse, fixé à Rs 3,50/kWh depuis 2021, devrait également être priorisée afin de réduire les pertes des producteurs. Cette révision serait d’autant plus justifiée que le coût de l’importation de biomasse alternative serait aujourd’hui au moins deux fois plus élevé.
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