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Nirveda Alleck, notre prodige

18 avril 2004, 20:00

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ELLE explore les moindres atomes du jour et de la nuit. Et ne saurait vivre autrement, Nirveda, la démesure. Alleck, pour l?Etat civil. Cela pourrait surprendre de l?entendre dire, à 27 ans, ?Quand j?étais jeune? ? Mais elle aura connu, semble-t-il, durant ses longues années d?étude des Arts plastiques à l?étranger, tout - au sens le plus large du terme - ce que la vie avait à lui offrir. Sans crainte aucune d?une quelconque panne de pile. ?Là où il se passait quelque chose, on y était?, partage-t-elle dans un grand rire. Sans doute faut-il le dire, si la vie lui prodigue ses dons, elle ne sera pas toujours tendre à son égard. Nirveda perdra son père au lendemain de son premier vernissage mauricien. Et aussi un de ses frères, peu après. Son ?boy friend ?, à son tour, trouvera la mort dans un accident de montagne.

Née à New-Grove, près de Rose-Belle, dans le Sud-Est de l?île, son lieu de naissance, qu?elle habite toujours, ne la marque pas, à son dire. Curieusement. Ni ne la fait rêver l?aéroport de Plaisance, à quelques kilomètres de là. Les glyphes qui inciseront, très tôt, son tissu intérieur, sont celles des membres d?une famille nombreuse dont elle est la huitième. Ses frères et s?urs sont pour elle des ?role models?. ?Ma s?ur m?a appris à peindre. Mon père est bijoutier. A dix ans, je regardais mon frère dessiner des bijoux en or et en argent.? La voilà inoculée du virus de la création. ?J?ai compris que je pouvais employer mes mains pour créer quelque chose.?

A l?école, Nirveda est une élève studieuse. Ses parents souhaitent qu?elle concrétise leur rêve. ?Ils voulaient que je réalise ce qu?ils n?ont pas eu. J?excellais en art et en science.? Au point de plus savoir vers quoi s?orienter vraiment. Le choix final se portera sur l?art. Celle qui n?aura pas été touchée par la proximité de l?aéroport, se découvre un besoin d?explorer le monde. Et elle-même, préoccupée par le Qui suis-je ? Elle s?assigne des petits ?goals?. ?J?étais toujours très têtue. Je voulais trouver mon but dans la vie.?

Tentée par une amie qui étudie en Afrique du Sud, et assurée du soutien financier de son père, la jeune fille, sortie 6e aux examens de la HSC, s?envole vers l?université de Cape Town. L?appétit de la vie qui la caractérise lui fournit d?autres avenues où s?exercer. Souvent dangereusement. ?Tout ce qu?il ne faut pas faire, on a fait.? En 4e année d?études, elle quitte le campus et se stabilise à la ville. A la Michaelis School of Fine Art de Cape Town, elle s?adonne à ses fameux Reconstruction Series, qui seront achetées par le prestigieux groupe Getty. Nirveda Alleck a déjà un nom sur le marché de l?art.

De retour au pays natal en 1998, elle se fait remarquer par son premier solo mauricien, ?Zilch & All (Tout et rien)?. Pour la première fois dans les annales de l?art à l?île Maurice, les hautes cimaises de la galerie Max-Boullé sont habillées d??uvres conceptuelles monumentales. Série qui sera, elle aussi, achetée par Getty. Elle lui vaudra de représenter l?Afrique du Sud et de figurer parmi les plus primés du catalogue, nommément, Beezy Bailey, Sue Williamson...

Sélectionnée pour la 6e Biennale des Seychelles 1998, Nirveda Alleck sera proclamée ?The most promising young artist?. Toutefois, la joie de s?y rendre pour la réception de son prix lui sera refusée. Toutes les portes susceptibles de financer son voyage resteront fermées. Comme à notre appel, L?Ile Assassine. ( L?express du 21.9.98), quand elle sera choisie par l?université de Glasgow, en Ecosse, pour y poursuivre des études, en vue d?un Master of Fine Art.(MFA). N?entre pas qui veut à Glasgow. On y retrouve, comme à CALARTS de Los Angeles, les meilleurs éléments mondiaux. Dégoûtée, elle ne veut plus entendre parler de l?île. Mais son frère la soutiendra.

A l?université, elle est heureuse d?évoluer dans un milieu cosmopolite. ?L?Ecosse m?a éblouie. C?est l?art partout. On est exposé à tout. C?est très différent de l?Afrique du Sud. Il y avait des étudiants du Canada, d?Israël, de l?Irak, de Copenhague, d?Irlande?Le Centre of Contemporary Art prend sous ses ailes les étudiants du MFA. Ce diplôme demande deux ans d?études, contrairement à la maîtrise, ou Post Graduate Degree qui n?en demande qu?une.?

Sans compter les nombreux petits boulots sur place, que connaissent bien des étudiants pour financer leurs études, Nirveda bénéficiera aussi de ?commissions?. J?étais recommandée par l?école. J?ai travaillé comme Public Relations art officer chez Warner Brothers et aussi pour la BBC, en collaboration avec les graphistes qui inventent des jeux vendus à travers la télé??

Après plusieurs résidences et des expositions à Glasgow, 2001 s?avère fabuleux. Notre compatriote est des 20 sélectionnés par le British Council pour représenter la Grande Bretagne à l?exposition UK in NY. Au centre des Arts, Tramway, elle exposera une ?uvre conceptuelle monumentale, That should keep me safe, réalisée sur place. Une vidéo et des photographies complètent l?exposition. Auparavant, deux semaines après les attentats du 11 septembre, et « en plein foot mouth disease », elle aura eu la douleur de voir son travail, venu de Glasgow, à la poubelle. Il contenait des graines de Dandelion, celles-là mêmes que Larousse sème à tout vent.

Nirveda Alleck est de retour dans l?île. Mais, elle s?est découverte une prédisposition à l?écriture. ?Ce qui m?a aidée pour le concours de la MFDC, ?De l?Ecriture au film ?Mon scénario,? ?Ravinal Man?, est parmi les sélectionnés.? C?est dire si l?on attend avec impatience la prochaine exposition de notre prodige. Elle se tiendra du 21 au 29 mai 2004, à la galerie Max-Boullé.

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