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Navin Ramgoolam, l?homme aux paradoxes

14 juillet 2007, 00:00

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«Je ne fête jamais mon anniversaire.» C?est la réponse que donne invariablement Navin Ramgoolam, Premier ministre, lorsqu?on lui demande ce qu?il va faire pour marquer ses 60 ans ? c?est l?âge qu?il a aujourd?hui. Il n?en dira pas plus. C?est le paradoxe de cet homme qui tient entre ses mains la destinée du pays depuis deux ans. Lui qui ne se fait pas prier pour parler de lui, pour poser pour les photographes, pour raconter des anecdotes sur sa famille, devient presque pudique quand il s?agit de dévoiler sa vie privée.

C?est probablement une des raisons pour laquelle depuis son entrée en politique en 1990, des rumeurs et des spéculations ont couru à son sujet. Il n?a jamais démenti aucunes d?elles. Ce qui ne veut pas dire qu?il y est insensible. Mais petit à petit, ces racontars, Navin Ramgoolam est parvenu à les faire oublier ou presque. Les seuls signes qu?il n?a pas oubliés sont les fréquentes sorties qu?il fait contre la presse et ceux «ki pa kontan mwa». Car il a une profonde aversion pour ce qu?il appelle les «fausses propagandes» et s?insurge souvent contre les rumeurs qu?il considère fausses.

A 60 ans ? et malgré tous les obstacles qui ont parsemé sa route, Navin Ramgoolam est parvenu à se forger une réputation de bête politique. Ses rencontres en tête-à-tête avec ses adversaires, ses amis de même que ses ennemis se déroulent, dit-on, de la même manière. La personne qu?ils ont en face d?eux, disent-ils, n?est pas celle qu?ils ont vue en public, qu?ils voient à la télé ou dans les journaux. L?homme qui les reçoit est attentif, presque effacé, affable et poli. Un homme qui, tout Premier ministre ou leader de l?opposition qu?il soit, sollicite toujours l?opinion de son interlocuteur. Une attitude qui lui vaut d?être gratifié de charmant. Il semble bien que la tactique porte ses fruits.

Ramgoolam en public est cependant une tout autre personne. Tour à tour arrogant, énervé, drôle et sympathique? On ne sait jamais quel visage l?homme projettera. Mais il n?y a rien qui le rende plus heureux que lorsque les gens l?approchent pour exprimer leur affection. Par contre, son visage se crispe quand d?autres viennent pour lui demander des faveurs?

Avec ses mandants, il n?hésite pas à prendre le ton de la plaisanterie. «To kouma dir Bina Rai avek to linett soley», lance-t-il à une de ses mandantes prise de court. Ramgoolam s?éloigne. D?une pierre deux coups : il a fait un compliment mais a réussi à échapper à une liste de doléances. C?est un peu ainsi qu?il gère les affaires du pays, qu?il traite avec ses collaborateurs et adversaires, qu?il donne l?impression d?avoir pris une décision alors qu?il est en fait toujours en train de réfléchir. Certains appellent cela de la procrastination. Lui, dit préférer avoir toutes les données avant de prendre une décision.

Mais sous son air sûr de lui, Navin Ramgoolam serait aussi un homme souvent tourmenté par sa conscience et capable de douter de lui-même. On dit que sa force viendrait de son épouse ? une relation qui fascine parce que le public n?en sait pas grand-chose dans la mesure où le couple a vécu en Angleterre pendant de nombreuses années. Une des rares fois où Navin Ramgoolam parle de sa femme, il dit se sentir seul au sommet, «mais heureusement qu?il y a ma femme.» Autant de raisons qui pourraient expliquer qu?il souffle le chaud et le froid régulièrement.

Si ses accès de colère en public semblent calculés, sa bonne humeur n?est cependant jamais feinte. L?affection qu?il porte à certains de ses proches semble sincère. Son hostilité est rarement visible.

Elu en tête de liste à chaque élection ? même quand son parti perd les élections ? Ramgoolam est membre de l?Assemblée nationale depuis 1991. Il cumulait à cette époque sa fonction de leader de l?opposition avec celle d?étudiant en droit. Toutefois, ses absences répétées au Parlement avaient failli lui coûter son siège.

Il devient Premier ministre pour la première fois en décembre 1995 avec l?aide de Paul Bérenger mais révoquera le leader du MMM quelques années après.

Navin Ramgoolam perd les élections de 2000 mais s?étoffera durant sa traversée du désert de cinq ans. Il remporte les élections de 2005 contre toute attente. Deux ans après sa prise de pouvoir, le 3e et 6e Premier ministre reste toujours très populaire, déjouant toujours les manigances de ses adversaires.

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