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Navin au-delà de Ramgoolam
A en croire nos dirigeants politiques, la cause principale de nos malheurs est un contexte mondial précaire. Ce discours n?a pas changé depuis 2000. Le Premier ministre y a de nouveau fait référence, lors du discours de fin d?année, pour expliquer que nos malheurs ne relèvent pas de notre ressort. Il n?a pas entièrement tort. Les prix de l?or noir et des produits alimentaires ont pris l?ascenseur. Mais tout remettre sur ces paramètres que nous ne contrôlons pas, c?est faire preuve d?impuissance. Navin Ramgoolam le sait et il a accordé une attention particulière à cette question de hausses des prix. Face à une situation internationale difficile, il est important de se poser certaines questions et de mesurer la capacité des Etats à se prendre en charge. Pour cela, il faut trouver des réponses.
Nous devons les esquisser nous-mêmes en tant que nation. On ne peut grand-chose face à la hausse des prix. Mais nous pouvons agir à d?autres niveaux. C?est ce qui s?appelle un pays engagé dans le réformisme. L?orientation de la réforme mauricienne emprunte aux canons de l?économie de marché. Même s?il est aussi vrai que certaines tentations de contrôle des prix nous rappellent que l?électoralisme veille.
De telles postures peuvent compromettre la dynamique de la réforme. Cette année, il s?agira d?en finir avec les signaux contradictoires. Si le gouvernement veut être crédible, il lui faudra se signaler par un fort sens de l?éthique. Il ne peut exiger sacrifice en se montrant lui-même dépensier voire laxiste vis-à-vis de ceux qui, dans ses rangs, décrédibilisent son action, par cupidité ou populisme.
Ce qu?a dit le Premier ministre n?a rien de neuf. Des gens prennent des décisions et à la population d?agir pour qu?elles aboutissent. Encore faut-il que le courage politique soit à la hauteur des ambitions et des paroles énoncées. A ce niveau, le gouvernement souffle le froid et le chaud. Sur certains dossiers, il aurait pu avancer plus vite. Sa gestion des affaires de l?Etat flaire toujours le conservatisme protectionniste. A ce grumeau-là s?ajoute une peur de bousculer les mentalités qui constituent la bourgeoisie d?Etat. En un mot, la critique du pouvoir économique détenu par le privé est trop facile. Car ce pouvoir procède d?un troc. Un troc à partir duquel le pouvoir politique travailliste, pour ne pas dire ramgoolamiste, a fondé ses assises.
Un exercice de rationalisation est en cours. Initié par Rama Sithanen et ses lieutenants, il tend à ramener la croissance. Celle-ci atteint un niveau satisfaisant. Tout en remplissant ses fonctions régaliennes, l?Etat crée les conditions pour que le marché fonctionne normalement. Toutefois, à ce jeu-là, le marché sera présenté comme le bouc-émissaire désigné si les résultats escomptés ne sont pas obtenus. Et ce que le Premier ministre n?a pas dit, c?est que la politique politicaille risque de tout compromettre vers la fin de l?année. Son défi, après son échec de l?an 2000, est de pouvoir revenir au pouvoir. Un deuxième mandat est le gage qu?il a réussi son passage. Il risque de ne faire aucun compromis à ce chapitre au point d?hypothéquer le plan des réformes.
Ces réformes sont, à ce stade, le propre des Etats qui refusent le statu quo. Nous devons aujourd?hui aller jusqu?au bout d?une logique avant d?expérimenter autre chose. Le ciblage, le dégraissage ou le non-remplacement de ceux qui partent à la retraite dans la fonction publique, la normalisation des affaires de l?Etat, la rationalisation du rapport Etat-privé... sont autant de conditions à remplir avant de penser à d?autres formules de développement. Ceux dont le regard ne balisent qu?à l?horizon 2010 sont ceux qui vont faire échouer le pays.
«Et seki nou bizin fer, se seki nou pe fer.» L?affirmation du Premier ministre est forte. Prendre le risque d?un tel discours, c?est faire preuve de sa conviction. Mais on attend toujours de Navin Ramgoolam qu?il nous dise comment il compte s?y prendre pour ralentir la paupérisation de la fonction publique. Comment il va se transcender pour ne pas être seulement un chef de parti et enfin devenir un chef d?Etat ? Chef de gouvernement, il l?est. S?il veut entrer dans l?Histoire, il faudra qu?il ?uvre pour que la destinée d?un pays coincïde avec la sienne. Pour l?instant, il n?est en phase qu?avec des suiveurs...
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