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Nalini Treebhoobun, orfèvre en la matière
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Nalini Treebhoobun, orfèvre en la matière
La Maison de l?Alliance française de Bell-Village accueille ces jours-ci une trentaine de toiles de Nalini Treebhoobun. Il serait plus exact de dire qu?elle leur sert d?écrin, car elles relèvent davantage de l?orfèvrerie que de la peinture. Même quand elles s?inspirent de la haute couture, ses toiles évoquent davantage les tenues d?apparat, serties de pierres précieuses de toutes couleurs et nuances qu?à des fanfreluches et autres accessoires des toilettes haut de gamme, sortie de l?imagination excessivement fertile des grands couturiers, ayant pignon sur rue à Paris, Milan, Londres et New York.
C?est dire que les cimaises de l?Alliance française prennent, ces jours-ci, allure de couronne carolingienne. Le cercle qu?elles forment, nous rappelle beaucoup, en effet, ces lourdes couronnes pré-médiévales quand l?éclat des nuances des pierres précieuses venaient égayer et alléger la pesanteur de l?or massif leur servant d?ossature.
Le contemplateur se tient donc volontiers au milieu de ce carrousel enchanteur. Il pivote sans cesse sur lui-même, à défaut de pouvoir faire tourner ce manège pictural. Lentement, il s?imprègne des idées fortes de cette nouvelle ?uvre plastique, guère encline pourtant à se laisser appréhender ni encore moins apprivoisée.
L?effet d?orfèvrerie se dégage fondamentalement des toiles de Nalini Treebhoobun. Cela tient à plusieurs facteurs. On peut citer, par exemple, le nacre de leurs teintes colorées. Cette peinture se veut à la limite métallisée. Elles s?enchâssent harmonieusement dans des formes rectangulaires ou dans des cercles. Leurs contours sont souvent doublées pour leur donner l?épaisseur voulue. Les teintes s?interpellent harmonieusement. Elles ont pour fonctions principales d?illuminer la pesanteur métallique qui les soutienne. C?est à la fois solide et lumineux, massif et rutilant. L?ensemble impose respect. Il dégage une force irrésistible mais qui cherche à s?adoucir, en laissant échapper les reflets et les illuminations requises.
Myriade de petits espaces quadrillés
Les tableaux font souvent la paire quand ils ne sont pas triptyques et même quatuor.
De petites dimensions heureusement. On frémit à l?idée que quelqu?un pourrait séparer demain ce que l?artiste unit dans une même composition, dans un même élan de c?ur.
Sous-jacent à l?effet d?orfèvrerie, il y a le quadrillage dans lequel excelle l?artiste si talentueux.
Le quadrillage est présent même quand il est? absent. Il est au départ systématique. Autant vertical qu?horizontal. Laissant une myriade de petits espaces quadrillés à remplir en fonction de l?élan fondamental du tableau.
Cela posé, l?artiste brouille les pistes pour faire de ses toiles des labyrinthes dans lesquels se perdront des contemplateurs et des admirateurs désorientés. Disparaissent certaines rangées, donnant ainsi du volume à d?autres bandes, autant horizontales que verticales. Le dessin initial ne connaît, bien sûr, aucune frontière. Il enjambe aisément les rigidités du quadrillage. Ce dernier ne saurait aliéner sa liberté. Dessin mystérieux. Ressemblant à ces rivières qui, disparaissent soudain sous terre, pour réapparaître encore plus vives plus loin.
À nous de fantasmer à loisir sur la nature de cette étrange descente aux enfers. Tout n?est pas, bien sûr, forcément quadrillé. Il s?agit, jusqu?à l?heure, d?une impression d?ensemble. Les exceptions ne sauraient s?ériger en règle générale. Vous ai-je dit que les quadrillages prennent souvent la forme et l?épaisseur d?une ficelle. La peinture dorée ou nacrée, qui les enveloppe et les colle à la toile, accentue l?effet d?orfèvrerie que relève ce contour métallisé, sans abolir l?effet couture. Du grand art, pour sûr.
De l?ensemble passons au particulier. Respectons le bon sens de l?horloger et de ses cadrans de montre. À gauche donc, dès notre entrée dans la salle-écrin.
Un croissant lunaire sur lequel se balancent deux êtres humains. Un couple s?aimant éperdument dans une nuit orientale, car divinement étoilée. Plus loin, la robe. D?une princesse carolingienne. Cloîtrée dans ces châteaux forts où l?austérité est un gage de sécurité. Une tenue d?apparat. Assez lourde et prestigieuse pour imposer à des gens d?arme et autres soudards, supportant mal l?inactivité, l?alcool et les chansons de salle de gardes.
À l?autre bout de la salle, une chasuble lui sert de pendant. C?est moins princier. Mais davantage liturgique. Plus loin encore, un simple quadrillage. Servant de cage à des ailes et à des yeux de papillon. Mosaïque illustrant la liberté, se frayant un chemin à travers les barreaux. La matière du corps n?enfermera jamais l?esprit d?un homme chérissant la liberté. Autre quadrillage. Moins heureux. L?artiste recourt à un empennage partiel pour transformer des barreaux en flèches de liberté. Ils résistent lourdement.
Une beauté appelant l?espérance
Naissance d?un être humain, entrouvrant un rideau de quadrillage. À la manière des trois coups signalant le début d?une comédie humaine. Esprit es-tu là ? Le signe de la colombe cède la place à un jeu de mains pas forcément de vilains. Difficile de dire des deux mains laquelle est du Créateur et laquelle de sa créature. Les doigts s?effleurent. Passe pourtant la grâce divine. Que demander de mieux ?
L?artiste-couturière fronce son quadrillage. Les trois ombres ou silhouettes n?en deviennent pas moins mystérieuses. Qui sont-elles ? D?où viennent-elles ? Où vont-elles ? Bien malin qui le dira.
Nous parvenons à une première trouée lumineuse. D?autres lui font face, d?ailleurs. Une nuée descend de terre et rend compréhensible l?incompréhensible.
Pas facile pourtant à comprendre. C?est surtout beau. Une beauté appelant l?espérance. On pense à Chagall.
Une bande horizontale. Des silhouettes se déplacent à travers dunes entre un ciel rouge vif et des espaces sidéraux d?un blanc inquiétant. Une main ouverte se veut rassurante. Mais vouloir n?est pas pouvoir.
Le triptyque. D?un fond quadrillé émerge une route dont la largeur occupe en totalité celle de la toile. Elle se perd toutefois dans l?infini du point horizontal.
Une silhouette se détache. Parfois à peine visible. D?autres fois en contre-jour. L?éclairage est tantôt lunaire, tantôt rouge doré (à l?heure du couchant) quand il n?emprunte pas à l?aube blafarde son verdâtre décoloré. Suit le diptyque. Deux couples d?une étrange trinité (car le personnage central paraît sur les deux toiles) entrouvrent paresseusement une sorte de rideau de gaz léger. Nous ne saurons jamais si c?est pour nous voir ou pour être vus.
La toile-aquarium, fourmillant d?objets hétéroclites, n?est pas la plus réussie. La toile-tabernacle nous compense largement. Elle met en exergue le mystère de l?incarnation du divin sur la Terre des Hommes. Elle donne le relief voulu à la présence divine dans la pesanteur humaine. Au c?ur du lieu de culte, il y a le sanctuaire, il y a le sacré. Il y a surtout le c?ur de l?homme, parfois assez bon pour promener, ici et là, la parcelle de Dieu que sa bonté exemplaire peut receler.
Le moment de l?illumination
Le cercle zodiacal inspire moins. On y cherche en vain les Tables de la Loi si souvent apparentes ailleurs. Un ensemble de quatre miniatures. Dans un paysage où le relief se confond volontiers avec la voûte céleste, paraît un homme. Il transporte une valise-message. Il traverse le champ de vision et disparaît. Demeurent ses traces. Son message.
La dernière toile nous laisse le souvenir de fruits en grappes, sinon d?un velours côtelé. L?exposition de Nalini Treebhoo-bun n?est pourtant pas toujours du velours. Chaque toile exige un effort d?attention et de lecture jusqu?au moment de l?illumination. Tout alors peut devenir limpide. Et beau à voir. Et même à contempler.
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