Publicité

Muriel Proust de la Gironière ou le virus du voyage

2 novembre 2003, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Conférencière au colloque international Baudin-Flinders : Travels, Discoveries, Encounter, organisé la semaine dernière, par l?université de Maurice et le National Celebrations Committee, pour célébrer le bicentenaire de la présence de Nicolas Baudin et de Matthew Flinders en Terres australes, Muriel Proust de la Gironière est l?auteur du livre Nicolas Baudin, Marin et explorateur, ou Le mirage de l?Australie, (19 octobre 1800-7 août 1803 ) aux éditions Gerfaut.

Les dates précisent le genre adopté par l?auteur. C?est dire qu?il s?agit là d?un livre d?Histoire et non d?un roman. Malgré la rédaction à la première personne. D?une écriture agréable et fluide, le récit aguiche le lecteur; l?entraîne au long d?une traque minutieuse où elle retrace pas à pas, le parcours de l?explorateur-aventurier. Elle dissèque sa vie en chirurgienne avertie. Une analyse chronologique donne visage à un Nicolas Baudin singulier et multiple. Et, par-delà cette réhabilitation d?un Baudin méconnu, révèle en filigrane ce qu?on pourrait nommer une intention de conquête sous-jacente d?une expédition innocente. Loin d?être botanique, comme on la nomme aujourd?hui, cette expédition ordonnée par le premier consul Bonaparte, était, selon l?auteur, une mission d?information. Comme une pose de jalons de toute terre étrangère susceptible d?étendre le territoire français.

?Une démarche caméléon?

Cette historienne, s?est donné les moyens de parvenir à ses fins. Qu?elle ignore au moment même où elle en fait l?apprentissage. Prof de lettres, elle passe aux sciences politiques et à la diplomatie. Baudin est l?aboutissement de cette somme d?études. Elle a quitté l?enseignement pour, en l?an 2000, se consacrer au journalisme et à l?édition. Mais, qui est Muriel de la Gironière ? Il y a là de la graine de romancière.

Née en Charente maritime en France, la marine fait partie de son histoire. ?Papa était marin, et beaucoup d?hommes de ma famille naviguaient aussi. Comme mon père naviguait, il n?était jamais à la maison. Mon enfance se déroulait sous le thème de l?absence. Quand papa revenait, je me demandais ce que venait faire ici cet étranger. L?image d?un marin s?imprimait au fond de moi; et non celle de mon père. C?était l?absence marquante bien plus qu?une présence réelle. Alors, je me suis mise à naviguer. A galoper derrière un vide, à fantasmer, à combler par l?imagination. Vide affectif ? Je ne sais pas, un néant. Pas de mot. Pas de forme.?

L?aurait-elle identifié à Nicolas Baudin ? ?Mon livre est un livre d?Histoire ; et non une fiction. Ils étaient, il est vrai, tous deux marins, aventuriers. Mon père est décédé brutalement, l?année même où je faisais mes recherches en Australie. Cette fois, c?est moi qui étais absente. Ce livre a été écrit à sa mémoire. Une façon de me faire pardonner, à mon tour, pour mon absence. Quand je suis rentrée pour le décès, je ne savais pas que j?allais écrire ce livre. Et je l?ai commencé le lendemain même des funérailles. Mon père m?a accompagnée tout au long de l?écriture.?

?Il ne connaissait pas beaucoup Baudin. Le sujet est neuf. Nous n?étions pas encore aux célébrations du bicentenaire. Lui, marin, était fort surpris quand je lui ai appris que je partais. Il comprenait mal qu?une fille, bien que je fusse la sienne, ait la bougeotte. Très tôt, j?ai eu le virus du voyage. Qu?il m?a transmis. Ce besoin de découvrir ce qu?on ne connaît pas. Par les sens. Par l?intellect aussi. Comprendre a posteriori son voyage. Une expérience qui se vit dans l?instant. Puis, on évolue. On emmagasine les choses ; elles se transforment, pour devenir une expérience du monde.?

Encore étudiante, à 20 ans, Muriel Proust de la Gironière découvre Haïti. Un pays difficile, avec sa misère, sa différence sur tous les plans. Ce fut pour elle une dangereuse perte de repères, une situation de déséquilibre. ?Je suis rentrée meurtrie. Mais ce fut salutaire. A 20 ans on passe à côté de bien des choses. Je le vivrais autrement aujourd?hui.? Puis, elle va ailleurs, vers l?Est, vers l?Ouest, en Afrique, au Cameroun, plusieurs fois en Turquie. Cette envie de partir, elle ne sait d?où elle vient : une image à la télé, une conversation entre amis. Un besoin d?aller vérifier. Sans préparation. Laissant venir les gens et les choses. Sur place, c?est la grande surprise. ?C?est vraiment une démarche caméléon, pour mieux observer. Je ne suis pas la touriste des cinq-étoiles et des plages. Les gens me parlent facilement. Comment refuser ce que la vie offre ? La substance du monde. L?art des voyages évolue au fur et à mesure des pérégrinations.?

Voyager, c?est aussi le partage au retour de sa vision du monde, dit-elle. Certains pays ne permettent pas la spontanéité. ?L?essentiel alors est de respecter les coutumes. Ne pas violer l?autre par une curiosité malsaine. Je vois dans mes premiers voyages une certaine maladresse d?adolescente. Un jeune animal fou qui s?ébroue. Aujourd?hui moins. Mon attention aux choses s?est aiguisée. C?est la quête spirituelle.?

?Voyager en chambre, à travers l?introspection, moi, ce n?est pas ça?, avoue-t-elle encore. Ayant lu le journal de bord de Baudin, elle s?investit dans ce voyage. Elle est alors Baudin, ayant comme lui le besoin de ce flot d?écriture journalière. ?Ça a duré une année. Mais, à Perth, sur la côte occidentale d?Australie, ce n?était pas un voyage totalement sédentaire. Je longeais la Baie du géographe, cette côte sauvage demeurée identique. Je croyais voir les barques au large de l?océan Indien.?

Pour ce voyage, elle dit avoir rejeté le style universitaire. Mais le vocabulaire est contemporain de Baudin. ?J?ai beaucoup voyagé durant mon doctorat de littérature comparée. Les auteurs allemands m?ont plu. Hermann Hesse, prof de philo. Et bien d?autres. Mais aucun d?entre eux n?était navigateur. J?ai retrouvé un thème commun à la majorité des romans, ces voyages initiatiques, la thématique de Sidharta. Mais la quête du voyage m?habitait déjà.?

La première publication, en 2001, de Muriel Proust de la Gironière, La France en Nouvelle Zélande 1840-1846, relate une expédition en Nouvelle Zélande. Le but même de Bonaparte y était de partir en reconnaissance pour fonder une exploitation coloniale, élargir les territoires d?outremer, reconquérir les terres perdues.

Embûches climatiques

Deux navires transportaient des colons charentais. ?Je voyageais dans de vieilles lettres de ministres, d?hommes d?affaires, raconte Muriel Proust. Le but me semblait flou. Je rassemblais des lettres, les triais, les classais? C?est un vaudeville colonial, une expédition fantaisiste, faite de paysans analphabètes. Auxquels on avait fait miroiter un éden austral. La France était en déclin économique.? Ces paysans furent abandonnés là-bas. Ils y découvrirent, alors qu?ils n?y étaient pas préparés, le froid, la neige et d?autres embûches climatiques. ?L?on se demande comment la monarchie de juillet a pu commander une telle expédition. Ces hommes de 30-40 ans ont fait souche. Par méfiance, ils sont d?abord restés entre eux. Mais, il y a eu très peu de mariages franco-anglais. J?ai retracé des lettres de leurs descendants. Malgré les difficultés de la langue anglaise. L?anglais cerne aujourd?hui l?îlot français. Au long de la rue des Français, on croise, à l?autre bout du monde, des tombes et des noms français. quelque part l?implantation a été réussie.?

Son récent voyage d?écriture en voie de parution, est un détour par l?Afrique de l?Ouest. Elle y aborde les problèmes contemporains par le biais du carnet de bord et de l?humour. ?C?est un conte des temps modernes, dans une continuité d?écriture. J?aimerais écrire l?histoire maritime et coloniale de la France. Un thème historique de la même région que Nicolas Baudin, né à l?île de Ré. Ce n?est jamais innocent de naître sur une île. Et puis après, pourquoi pas, l?île Maurice historique ? Révéler aux Français cette île pour eux minimaliste, île de soleil, de plage, et de mariage !?

Publicité