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MUFIDAH PEEROO : Professionnaliser la pose du «mehendi»

23 juin 2006, 20:00

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par Marie-Annick SAVRIPÈNE

La réputation de Mufidah Peeroo a dépassé le simple cadre de son institut ouvert il y a deux ans et de sa clientèle habituée à ce genre de prestations, à savoir les futures mariées asiatiques qui ont coutume de se parer les bras, les mains et les pieds de henné en vue de la grande cérémonie qui les attend.

Aujourd?hui, la clientèle de Mufidah est surtout composée de notables du pays, de leurs amis et connaissances. Et pourtant, cette marque de reconnaissance n?a en rien altéré le comportement de cette jeune femme de 26 ans qui est d?une spontanéité rafraîchissante et d?une simplicité étonnante.

Bien avant d?opter pour l?art comme matière d?études à l?école des Muslim Girls, la jeune Mufidah, née Tarsoo, passe des heures à gribouiller et à dessiner. Elle a aussi l?habitude de poser le mehendi sur les mains et les pieds de ses parentes et connaissances. «Savoir poser le henné est un don artistique venant de Dieu. Des designs me passaient par la tête et je les exécutais comme ils me venaient», explique-t-elle.

Elle aurait complété sa scolarité au delà de la Form IV s?il n?y avait eu l?intrusion dans sa vie de son futur mari, Riad Peeroo, fabriquant de henné en pâte en cornets et dont le commerce en produits naturels se trouve à la rue Magon, Port-Louis. Candidement, Mufidah raconte que lorsque Riad Peeroo, de huit ans son aîné, demande sa main, son père est appréhensif. «Ler linn pran ranseignman, linn truve enn bon fami sa. Mo pa finn sagrin kit lekol avan ler parski monn vinn dan mo bien.» Elle se fiance et en l?espace d?un an, elle est mariée. Le jeune couple Peeroo s?installe à Vallée Pitot.

Mufidah qui a développé une dextérité sans pareille dans la pose du mehendi, se met à donner des leçons particulières en la matière à domicile. Jusqu?à ce qu?elle soit dénoncée aux autorités qui lui expliquent qu?elle n?a pas le droit d?enseigner sans être diplômée. On lui suggère d?ouvrir un centre de formation.

Idée qui ne tombe pas dans l?oreille d?une sourde puisque Mufidah décide d?aller étudier la pose du mehendi au Tanvi Institute de Bombay en Inde.

Sa maîtrise de la pose du mehendi est si grande qu?Asha Savla, la directrice du Tanvi Institute, considérée comme une référence en la matière en Inde, l?exempte des deux ans de cours habituellement au programme d?études.

Vu son niveau, Mufidah complète ce programme en?deux mois. «Mais c?était deux mois avec des cours intensifs cinq jours sur sept, commençant à 9 heures et se terminant à 17 heures. Comme Asha Savla ne parle que le bhojpuri ancien, j?ai dû recourir à une interprète pour tout comprendre.» En suivant ce cours, Mufidah réalise qu?elle privilégiait jusque-là le style indien.

Ce style se définit par des arabesques sur toute la surface de la main. Les tracés de henné doivent être tous de la même épaisseur.

Elle découvre d?autres styles, notamment arabes, soit des motifs qu?elle emplit de dessins identiques au style indien ou encore des dessins à rebords épais et aux traits minces à l?intérieur. Le style moghlai est un mélange des styles indien et arabe. Le henné est aussi utilisé pour réaliser des tatouages temporaires.

Le style khalijee qui était très populaire l?an dernier, consiste en des dessins abstraits, réalisés sur le dessus de la main ou de l?avant-bras et sur lesquels on colle des pierres multicolores et des brillants.

Classée parmi les meilleurs élèves

L?examen final que prend Mufidah est difficile dans la mesure que Asha Savla pose d?abord du mehendi sur les mains et les pieds d?un modèle. Une fois qu?elle a terminé, le mannequin s?en va pour de bon. Dans l?intervalle, les élèves qui ont dû être très attentifs aux designs réalisés par leur professeur, doivent alors les reproduire sur d?autres modèles. Mufidah qui a une bonne mémoire, n?est pas peu fière d?avoir pu décrocher son diplôme en se classant parmi les meilleurs élèves du cours.

À son retour au pays, elle doit encore suivre une formation de quatre jours, destinée aux futurs formateurs, auprès de l?Industrial and Vocational Training Board et ce, pour être à même de pouvoir enseigner son art et être enregistrée auprès de la Mauritius Qualifications Authority. Ce n?est qu?au bout de huit mois qu?elle reçoit son certificat de formateur et elle peut alors commencer à donner des cours de pose de mehendi dans son salon à Vallée Pitot.

Dès l?ouverture de son institut, Mufidah est assaillie de demandes d?enregistrement pour ses cours. Son premier groupe d?élèves comprend 70 femmes qu?elle répartit en groupes de 20. Le cours est hebdomadaire et d?une durée de trois heures.

Etalé sur trois mois, il coûte Rs 3 000. Ce prix inclut les fiches techniques et le henné pour les travaux pratiques.

Les trois quarts de ses élèves sont des esthéticiennes à leur compte ou travaillant dans des établissements hôteliers. Le reste, ce sont des femmes au foyer qui veulent apprendre à poser le henné par plaisir. «Ler zot komense, zot fer li par plaisir me enn foi ki zot finn appran bann teknik, zot pense fer li pou gaign zot lavi.»

Cela ne la gêne aucunement car Mufidah considère que chacun doit pouvoir se faire sa place au soleil. Et puis, son but ultime est de transmettre ses connaissances de façon à diminuer sa charge de travail. Mais c?est l?inverse qui se produit. «J?aime partager mes techniques et je ne conserve aucun secret. Le plus étonnant est qu?au lieu de diminuer ma charge de travail, celle-ci augmente de jour en jour.»

Malgré le fait qu?elle enseigne, les futures mariées continuent à la réclamer pour la pose de mehendi. De ce fait, elle se déplace régulièrement aux quatre coins de l?île pour parer les mains et les pieds de celles-ci. Elle leur facture Rs 2 000 pour la totalité des prestations qui durent bien deux heures.

Depuis neuf mois, elle et son mari ont décidé de séparer leurs activités professionnelles de leur vie intime et ont alors emménagé dans une autre demeure à Ste-Croix, transformant la maison de Vallée Pitot en institut digne de ce nom.

Tout comme Mufidah a décidé de ralentir la cadence et de ne donner des cours que quatre fois la semaine. «J?adore enseigner, de même que poser le henné sur des clientes. Mais je dois avouer qu?à la longue, cela peut être fatigant dans la mesure où je me concentre sur ce que je fais. Et puis, quand je commence un dessin, je m?arrête rarement. À force d?être pliée en deux sur les mains et les pieds, on finit par développer des douleurs au dos et aux reins.»

Pour rester très au fait des nouvelles techniques, Mufidah a gardé contact avec le Tanvi Institute qui lui expédie des livres et des fiches à propos des nouveaux styles de pose de mehendi. Des nouveautés qu?elle s?empresse aussitôt d?enseigner à ses élèves. Sur 300 élèves qui ont suivi son cours de pose de henné, une centaine seulement a réussi l?examen final qu?elle leur a fait passer. Mais pour ceux qui ont echoué, rien n?est perdu car ils peuvent se représenter à l?examen à deux autres reprises.

Mufidah a récemment remis des certificats à ses élèves les plus méritants. Ce qui lui a valu de se retrouver sous les feux des projecteurs. Mais la jeune femme ne recherche pas la gloire. Elle veut simplement vulgariser son art. D?ailleurs, elle entend bientôt organiser un concours de pose de mehendi pour valoriser cette tradition qui a été assimilée par d?autres cultures.

Pour la petite histoire, il faut savoir qu?à force de manipuler la pâte de henné, Mufidah ne peut plus s?en mettre. «Je n?en mets plus sur moi car étant dedans tous les jours, presque sept jours sur sept, son parfum âcre me fatigue.» Celle qui ne s?en prive pas, c?est Umayrah, sa fille de cinq ans. Cette dernière s?empare déjà des cornets de pâte de henné et s?en enduit les mains et les pieds. Une vocation est peut-être en train de naître?

Le Peeroo Institute of Mehendi est situé au 68 C, rue Mamelon Vert, Port-Louis. Tel : 242 9547 ou 217 1826

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