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Moyens modestes mais abondance d’imagination
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Moyens modestes mais abondance d’imagination
Un jour peut-être, un /e journaliste avec un peu d’initiative, pourra s’intéresser à ce qui a été réalisé dans le domaine de l’audiovisuel à Maurice avec des moyens rudimentaires, à l’époque où le cinéma d’amateur était peu répandu, où encore à l’époque où la MBC ne disposait que de deux caméras en studio sans aucune possibilité de faire du direct ou d’enregistrer des émissions. Peut-être aussi, qu’avec une connaissance un peu plus approfondie de la technique, ce / cette journaliste pourra-t-il / elle mesurer la dose d’efforts et d’imagination dont ces pionniers ont fait preuve à l’époque.
Si je me suis mis à rêver du temps jadis, c’est parce que le film de Chris Kentis, Open Water, m’a paru intéressant pour deux raisons. D’une part, à cause des divergences de vues sur ses qualités cinématographiques; certains critiques américains, contrairement aux critiques français cités, ont été très sévères à son égard. D’autre part, selon AlloCiné, “Pour son deuxième film, Chris Kentis a occupé les postes de scénariste, réalisateur, directeur de la photographie et de monteur. Sa femme Laura Lau est productrice, codirectrice de la photographie sur Open Water.”
Je trouve plutôt sympathique qu’un petit film de couple ait trouvé sa place dans le circuit hollywoodien. Cela évoque d’autres productions à petit budget auxquelles je veux rendre ici un bref hommage, en espérant que les cinéphiles ne m’en voudront pas de ne pas citer leurs films préférés. Ces films ont misé davantage sur un bon scénario et de bons acteurs, en contraste avec les gros moyens des “majors” hollywoodiens, avec leur abondance de cascades et d’effets spéciaux. Pourtant c’est avec un film américain réalisé en 1971 par un certain Spielberg que je veux commencer.
Duel était, à l’origine, destiné à la télévision. Tourné en seize jours, il démontre selon un critique, la “grande et efficace maîtrise technique de son auteur (…) avec un sens du rythme et de l’espace sans pareil.” On est loin de Blair Witch Project, que je considère beaucoup plus qu’un phénomène qui doit sa réussite à l’Internet et à un bon marketing, mais qui a néanmoins été réalisé pour une poignée de dollars. Je pense aussi à Salaam Bombay (1988) de Mira Nair, tourné en 16 mm, qui lança la carrière internationale de la réalisatrice. Des acteurs recrutés pour la plupart dans les rues et un regard lucide et sans compromissions sur la vie des prostituées de Calcutta donnèrent au film un ton qui n’est pas sans rappeler les grands moments du néo-réalisme italien.
En Angleterre, (j’admets avoir une grande admiration pour le cinéma britannique), la télévision, en particulier la BBC et Channel Four, en encourageant le tournage en16 mm, a donné de petits chefs-d’œuvre comme My Beautiful Launderette, réalisé en1985, par Stephen Frears pour la télévision, sur un scénario d’Hanif Kureishi avec qui il allait collaborer deux ans plus tard pour Sammy and Rosie get laid. C’est, si je ne me trompe, le début des films qui allaient marquer la présence dans le cinéma britannique, des Asiatiques de la nouvelle génération, avec des films qui se montraient très critiques à l’égard de la société contemporaine. De plus, l’humour très British allait devenir très pimenté, les Anglais découvrant, en même temps que le curry, une autre saveur à leurs comédies. On peut citer aussi My Son the Fanatic (1997) de Udayan Prasad, toujours inspiré de l’œuvre de Hanif Kureishi, dans lequel, à l’inverse de ce qui se produit dans ce petit bijou, East is East (en français, Fish and Chips), c’est le fils d’un pakistanais établi en Angleterre qui se montre plus attaché à la culture et aux traditions ancestrales.
Il est donc intéressant de noter le soutien apporté au cinéma par la télévision britannique (là-bas ils ne gaspillent pas leur argent à payer un personnel inutile). Gurinder Chada y a fait ses débuts avec I’m British But... (1990), un montage d’interviews, rythmé par une musique indienne, qui montre une nouvelle culture, à la fois britannique et asiatique. C’était un hommage à la diversité culturelle et au métissage, alors même que l’on assistait au déclin d’un certain nationalisme. Bhaji on the Beach (1993) annonçait déjà le succès de Bend It Like Beckham et de Bride & Prejudice. Gurinder Chada a trois projets de long métrages annoncés pour 2006 : The Closet , My Sassy Girl, I Dream of Jeannie.
Moralité : si l’on veut encourager le cinéma mauricien, il y a des leçons à tirer de ce qui s’est passé chez nous et ailleurs, mais aussi des structures à mettre en place qui semblent prendre un certain temps à venir.
<B>Kenneth Noyau</B>
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