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Mighty Jah : la recette du succès

16 avril 2005, 00:00

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C?est un beau roman, c?est une belle histoire, c?est celle de trois garçons qui le temps d?une chanson : Sanz twa, est en train de réconcilier ragga, seggae et séga. Voici l?histoire de Curtis, Johnny et Wesley alias Mighty Jah. Aussi exigeants que des professionnels, ils vivent leur passion intensément.

Leur refrain pourrait être un slogan qui serait capable d?enchanter les publicitaires et faire vendre un nouveau produit de consommation : «Esayé sanz toi, là to pou tourvé, to pou pli seryé.» Tout est consommé dans un appartement de la NHDC de Baie-du-Tombeau. Trois garçons, Johnny Lagraveur, Curtis Empeigne et Wesley Cangy, ont fait de leur amitié un bel exemple de jeunesse triomphante en livrant une chanson sur mesure, adaptée à une île Maurice changeante, pétrie d?égoïsme, d?individualisme et d?indifférence.

La musique rassemble ces trois enfants de Roche-Bois émigrés à Baie-du-Tombeau, dans un modeste appartement de la NHDC. Ils se sont librement inspirés des réalités d?aujourd?hui, pour confectionner un album de huit titres, portés par ce fameux Sanz twa, titre éponyme de leur premier opus.

Les messages sont crus, acides, virulents. «Noune fatigué ki dimoune kroir ki parski nou reste dans enn cité dans Baie-du-Tombeau, nou pa capav fer enn kitchose dé bien,» explique Johnny.

De cette envie commune de sortir du ghetto, est né cet opus. Un beau succès musical, sorti des studios de Cabana Productions en décembre 2004, passé inaperçu, jusqu?à ce que les radios commencent à inonder leurs ondes de ce fameux «Esayé sanz twa.» Il ne se passe désormais pas un jour où cette chanson n?est pas au moins une fois diffusée.

Parcours parsemé de difficultés

«Nou mari fier ki noune réusi fer enn sucès. Nous pas ti attane di tou,» concède Curtis, le bidouilleur de ce tube, écrit et composé par leurs soins. C?est hélas, aussi la preuve que sans une promotion adéquate et sans une maison de productions à l?arsenal lourd, des morceaux bourrés de créativité et d?inventivité, peinent à trouver leur place.

Pourtant, ces garçons ont toujours fait de la musique par plaisir, jusqu?au jour où ils décident de «met enn seryé.» Ils commencent à y mettre plus de c?ur, quitte à déranger le voisins. «L?inspirasyon là li vine dans nou propre la vie. Sanz twa parce ki mo ti habitié dir ça enn dimoune ki pas ti lé fer aucaine zefor pou entane li pli bien avek lé zot. Enn zour mone dir li ki fer to pa esayé sanz twa,» raconte le sympathique Curtis.

Pour le plaisir, gratuitement, est né ce refrain, refrain frôlant l?excellence dans sa mise en forme, ses rimes et son timbre. Lancé sur ce but purement social, ils décident de faire appel à un producteur qui pourrait croire en eux. Michael et Guérino, de la maison de productions Cabana, deviennent quasiment leur mécène. «Li pane facile pou démarrer, mais zone fer nou confians,» précise Wesley.

Après trois mois passés en studio, à peaufiner les arrangements et les voix, Sans twa est enfin enregistré. Tous, y mettent du c?ur. Soudés par des liens d?amitiés noués à l?adolescence, ils lancent leurs refrains, scandent des messages anti-agression et vulgarise la liberté d?expression et la liberté individuelle.

A les entendre se consulter, rire et chanter, tandis que Curtis, musicien comme tous les membres de sa famille, on imagine sans difficultés les séances de répétition tard la nuit et très souvent le week-end, quand Johnny ne travaille plus le bois et que Wesley a fini son travail de vendeur au bazar central de Port-Louis.

Grâce à cet investissement total, l?on comprend mieux pourquoi leur chanson a pris d?assaut les radios du pays. La sincérité de leur démarche et les difficultés rencontrées pour faire aboutir cet album, expliquent sans doute ce plébiscite populaire. On pourrait aussi évoquer des esprits sains et ce plaisir commun de faire corps avec la musique locale.

«Kantité rémerciements ki nou pé gagné donne nou kuraz. Mais nou trouvé ki pars ki li enn prémier album, nou pas enkor éna chans capav sant dévan enn piblic. Kuma noune met tou dan la main bon dié, nou pensé ki ça pou arivé aussi,» explique le bavard Johnny.

Avec eux, la musique s?imagine une autre voie. Elle veut d?abord faire ?uvre sociale. Mighty Jah a donc un cachet personnel, un rythme bien mauricien, né d?un savant mélange de tous les styles présents chez nous. Résultat des opérations : une conclusion optimiste à cette belle histoire.

Sans le savoir, Mighty Jah livre un bel exemple de réussite et de savoir-faire. En attendant le deuxième album prévu pour décembre, essayons de changer ce qui ne tourne pas rond chez nous, avant de vouloir que la société soit meilleure.

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