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Mgr Margéot : le handicapé, un être humain à part entière
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Mgr Margéot : le handicapé, un être humain à part entière
A l’heure, où nos ONG, s’occupant plus particulièrement de nos handicapés, ne savent à quel saint se vouer, ignorant comment joindre les deux bouts en raison des restrictions budgétaires 2006-07 que leur impose brutalement le ministère des Finances ; à l’heure où les rejects d’un cycle primaire d’éducation, ne jurant plus que pour les A+, autrement dit les recalés illettrés du CPE, n’avaient pas, jusqu’à récemment, droit au transport gratuit (?), généreusement accordé aux fils à papa des secteurs privé et public ; à l’heure où l’APEIM doit menacer de fermer une de ses écoles pour handicapés mentaux, pour obliger l’Education à faire preuve d’intelligence et de bon sens ; il n’est pas inutile de relire une lettre pastorale de Mgr Jean Margéot, rendue publique, à la mi-septembre 1981, pour marquer l’année internationale des handicapés. Osons, même un quart de siècle après, se laisser interpeller, de nouveau, par son appel en faveur de nos frères et sœurs handicapés.
Il y a, en 1981, 400 millions de handicapés dans le monde. Ils sont les préférés de Dieu car le monde les rejette trop souvent. Ils sont 50 000 à Maurice. Ils ne sont pas pour autant les préférés du gouvernement ni de son système éducatif qui ne jurent que par l’élite et par ceux qui se débrouillent pour que leurs enfants fassent coûte que coûte partie de cette pseudo élite. Des handicapés mentaux ou physiques dans une star school, c’est politiquement incorrect.
Mgr Margéot s’insurge. La classe politique cherche à se crédibiliser, en prétendant s’apitoyer sur les 50 000 chômeurs que compte l’île Maurice de septembre 1981. Elle parle plus rarement, sinon pas du tout, de nos 50 000 handicapés parce que, électoralement parlant, cela n’aide guère à gagner davantage de voix. Tout autre aurait été la situation si une majorité d’électeurs réclament bruyamment ce que nos partis et candidats se proposent de faire concrètement en faveur de nos handicapés, de nos malades, de nos chômeurs, de nos frères et sœurs que la misère asphyxie.
Quel sort réservé à nos 50 000 handicapés de 1981 ? Crèches, hospices, foyers dépendent pour la plupart de la générosité citoyenne, du bénévolat et, dans certains cas, d’une aide parcimonieuse de l’Etat. Ils ne s’occupent que de 800 personnes dont une minorité de handicapés (moins de 20 %). Des écoles spécialisées, créées et entretenues le plus souvent par des initiatives philanthropiques privées, prennent charge d’un demi-millier de handicapés. Autrement dit, à la grande majorité de nos 50 000 handicapés, notre société leur dit brutalement : Débrouille toi par toi-même, comme tu peux, si tu le peux et tant pis pour toi si tu ne peux le faire et si ta famille ne peut t’aider.
Mgr Margéot tient ici à féliciter et à encourager ceux et celles se dévouant inlassablement au service de nos 50 000 handicapés. Il montre ainsi qu’il ne veut aucunement s’attribuer leurs mérites mais les remercier au nom de Dieu et des hommes. Cela nous change de ces ministres, fonctionnaires et autres mouches du coche, se pointant au moment des honneurs, pour accaparer, devant d’accommodantes caméras, les mérites de ceux qui ont été à la peine. Mgr Margéot rappelle surtout que nos 50 000 handicapés interpellent le gouvernement, l’Eglise, leur famille, leurs amis, mais aussi chacun de nous personnellement.
Qu’est-ce un handicapé ? Il ne faut pas les ranger dans le même panier, ni encore moins dans le même débarras. Il faut distinguer les handicapés mentaux des handicapés physiques, les handicapés moteurs de ceux sensoriels (sourds, muets, aveugles). Mais chaque handicapé souffre son calvaire personnel. Le verbe “souffrir” ne se conjugue qu’à la première personne de l’indicatif présent, enseignait jadis Malcolm de Chazal. Chaque handicapé vit différemment et personnellement sa plus grande souffrance : son exclusion de la société, sa marginalisation, son rejet, l’épouvantable obsession de se savoir le rejet d’un monde ne vivant que pour la productivité, la compétitivité maximales, l’excellence. Un handicapé, son fauteuil roulant, sa cane blanche, son oreille-stepney, son air hébété, quoi de plus politiquement incorrect, quoi de moins photogénique ou de télégénique. Ce n’est pas demain que nous aurons une Miss Handicapée ou un Most Outstanding Handicapé. Nous jetons volontiers la première pierre aux politiciens anti-handicapés. Nous oublions seulement que si nous étions une majorité à être obsédés par le mieux-être de l’île Maurice souffrante et perdurant la passion du Serviteur souffrant de Yahvé, peut-être que nos politiciens se préoccuperaient davantage de nos handicapés. Que ne feront-ils pas pour grappiller des voix à leurs adversaires ?
L’évêque de Port-Louis se permet de citer ici celui de Rome, Karol Wojtila : “La marginalisation des handicapés vient du fait que notre société met la productivité, l’efficacité, le profit, le prestige au centre de ses préoccupations. Ce qui met en marge, ce n’est pas le handicap en soi mais plutôt la conviction intérieure que la dignité de la personne est directement proportionnelle à ses possibilités productives.”
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