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Mendiants pour leur santé

18 novembre 2005, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Terrible et révoltante, cette inégalité des Mauriciens devant l?accès aux soins médicaux. Plus de 200 Mauriciens sont gagnés petit à petit par la cécité chaque année. Ces aveugles potentiels ne savent pas qu?ils ont la possibilité de retrouver la vue grâce à une intervention chirurgicale à l?étranger aux frais du gouvernement.

200 Mauriciens deviennent quasiment aveugles chaque année en raison de la néo-vascularisation diabétique. Environ 400 patients partent pour la Grande péninsule pour se soigner. Pour un tiers d?entre eux, il est déjà trop tard, un autre tiers de ce nombre va subir un traitement au laser uniquement et n?échappera pas à la cécité. Ils ne sont qu?un peu plus d?une centaine à recouvrer la vue parmi ceux qui partent se soigner à l?étranger.

Il est très souvent trop tard parce que l?envoi à l?étranger des personnes qui ne peuvent être traitées à Maurice n?est pas automatique.

Les autorités mauriciennes ne feront rien pour encourager ou faciliter le départ de ces malades. C?est le malade ou ses parents qui doivent déterminer si la guérison peut être obtenue par une intervention à l?étranger et si le patient peut bénéficier d?une aide de l?état. Tout est alors une question de contact, de réseau d?amis, de copinage avec le monde politique.

Seuls les patients au courant de l?existence de telles facilités et qui ont des appuis pour obtenir à temps les Rs 200 000 (somme maximale) qu?offre le ministère de la Santé pour des traitements à l?étranger arrivent à partir.

Et l?affaire se complique quand les Rs 200 000 ne suffisent pas pour le traitement.

Il faut alors tendre la main. Mendier après avoir obtenu la permission du commissaire de police pour une quête publique. Et souvent, quand la somme nécessaire est réunie, il est alors déjà trop tard.

<B>«Immobilisé avec des douleurs insoutenables»

C?est le calvaire que des centaines de personnes vivent en ce moment dansl?espoir d?échapper à la paralysie, à la cécité, à la mort.

Moolsunkar Daby en sait quelque chose. Il est passé par là.«à 38 ans, j?étais plein de vie. Je parcourais le pays dans mon véhicule pour placer des marchandises. Puis, subitement, une nuit, je me réveille avec une douleur à la nuque. Une douleur qui me fait hurler. Puis, je me retrouve paralysé, immobilisé sur mon lit avec des douleurs insoutenables.»

À Maurice, son cas est considéré comme désespéré. Moolsunkar Daby n?est pas bien informé sur son problème neurologique. Il fait une demande pour se faire soigner à l?étranger. Il demande et obtient de l?argent de l?état, et se rend à la Réunion, puis en Inde. Tout l?argent mis à sa disposition par l?état est dépensé en traitements et malgré cela Moolsunkar Daby n?arrive pas à trouver sa guérison.

C?est à ce moment qu?un parent lui parle de l?hôpital Apollo d?Ahmedabad où son fils a d?ailleurs été soigné.

Moolsunkar Daby obtient une garantie auprès de cet établissement que sa paralysie peut être vaincue par une intervention neurologique.

Mais le prix réclamé est nettement supérieur aux Rs 200 000 qu?offre l?état. Par ailleurs, Moolsunkar Daby apprend qu?il n?est plus éligible pour cette aide car elle n?est accordée que chaque deux ans pour des cas extrêmement graves.

C?est par le biais d?une quête publique qu?il réunira la somme nécessaire. Il s?est fait opérer cette année et en est retourné guéri. Il agit aujourd?hui comme un facilitateur et aide, de sa maison de Plaine-Magnien, ceux qui ne peuvent être traités à Maurice.

<B>Vivre les pires souffrances</B>

Bon nombre de ceux qui partent pour l?étranger y vont pour une greffe de la moelle épinière pour guérir de la leucémie.

«Une telle greffe coûte Rs 500 000 en Inde et Rs 2 millions en Europe alors qu?on aurait pu le faire à Maurice depuis bien longtemps», affirme le Dr Hassen Mustun, ex-cancérologue du secteur gouvernemental, qui exerce aujourd?hui dans le privé.

Il rappelle le dernier cas en date, celui d?un jeune de Mahébourg qu?une radio privée a aidé dans sa quête pour recueillir la somme nécessaire pour se faire greffer à l?étranger.

«En 1974, quand je suis arrivé à Maurice, l?unité de cancérologie avait 45 lits. Aujourd?hui, il en a 45, le même nombre qu?il y avait à son inauguration en 1969.»

Le Dr Mustun ne mâche pas ses mots face à la situation que vivent certains Mauriciens pour retrouver la santé. Ils doivent mendier, et vivent les pires souffrances physiques et psychologiques.

<B>Neurochirurgie : Une honte nationale</B>

Voilà plus de 15 ans que le gouvernement a recruté un, puis un deuxième «expert» indien pour aider à mettre en place une unité de neurochirurgie à Maurice.

Les Indiens ont surtout joué le rôle d?intermédiaire en envoyant dans des hôpitaux de la Grande péninsule les Mauriciens nécessitant une intervention neurochirurgicale.

L?ex-ministre de la Santé, Ashook Jugnauth devait dénoncer, dans deux différents journaux en mars 2001,ce que ces interventions neurochirurgicales coûtaient au gouvernement. Entre Rs 900 000 à Rs 1,6 million par intervention.

Pire, l?un des «experts» indiens en neurochirurgie, Shanmuganathan Ponraj, a été sévèrement condamné par le Medical Council pour «gross medical negligence» selon le Dr Ramesh Modun, neurochirurgien qui a démissionné du secteur gouvernemental par dépit.

Une certaine Kaudeer avait été victime d?un aneuvrisme et l?«expert» Ponraj avait renvoyé la patiente à un pyschiatre. Elle devait mourir et ses parents avaient référé l?affaire au Medical Council et au Medical Tribunal.Ponraj est toujours employé par le gouvernement.

Le ministère a réservé tout un étage dans le nouveau bâtiment de l?hôpital Candos à la neurochirurgie.

Or, pour pouvoir opérer une telle unité, il faut non seulement des neurochirurgiens, mais aussi des neuroradiologues (qui peuvent utiliser les équipements d?angiographie du centre de chirurgie cardiaque de Pamplemousses et de celui de l?hôpital Candos), des neurologues, des neuroanesthésistes et des infirmiers qualifiés en soins neurologiques.

«Le ministère ne dispose même pas d?un neurologue. Le seul en la matière au pays , le Dr Fazul Jauferally, a déjà quitté le service gouvernemental et travaille aujourd?hui à Singapour.

Pendant les 15 ans que les «experts» indiens tentaient en vain de mettre en place une unité de neurochirurgie à Maurice, le pays a pu développer, sans aide d?experts étrangers, une unité de chirurgie cardiaque. Le centre de chirurgie de Pamplemousses devient de plus en plus une référence en la matière dans la région.

Le Dr Ramesh Modun s?interroge sur les raisons pour lesquelles les différents gouvernements n?ont jamais voulu changer la donne en ce qui

s?agit de ces experts indiens en neurologie. Il se demande aussi pour encore combien de temps la neurologie et la neurochirurgie constitueront une honte nationale avec des patients mourant d?un simple aneuvrisme.

<B>Rs 44 millions pour des opérations à l?étranger</B>

■ Pour l?année financière 2004-2005, l?état a déboursé Rs 44 millions pour financer des interventions chirurgicales sur 519 Mauriciens à l?étranger. De ces 519 patients, 400 sont partis pour des opérations aux yeux,

notamment des vitrectomies en raison des complications diabétiques.L?hôpital de Moka a été doté d?appareils pour ces types d?opérations.

Le Dr Bassoodeo Beehuspottea a utilisé ces équipements pendant ces six derniers mois. Cependant, il a démissionné du service gouvernemental et ne fera plus partie du personnel de l?hôpital l?année prochaine.

Ses collègues affirment qu?il est dégoûté de l?attitude du gouvernement et il exercera dans le privé.

L?avenir de la vitrectomie à Maurice reste sombre car les grandes priorités et développements dans ce secteur restent toujours à définir.

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