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Maurice découvre la cardiodiabétologie

10 novembre 2007, 00:00

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«Un diabétique ne ressent pas les douleurs que provoque une angine de poitrine parce que ses nerfs sont affectés par le diabète. La douleur ne se transmet pas. Il n?a pas de symptômes de maladie cardiovasculaires. L?infarctus survient brutalement chez ces sujets, et c?est souvent la mort.» Propos du Dr Sunil Gunness, qui présidera aujourd?hui la deuxième journée de rencontres des cardiologues français, mauriciens et indiens sur le sujet diabète et maladies cardiovasculaires.

«Tout diabétique doit être aussi suivi par un cardiologue», ajoute, pour sa part, le professeur Yves El Bèze. Cela principalement dans le souci d?éviter ces infarctus qui surviennent subitement, sans s?être annoncés par des signes ou symptômes et dont l?issue est souvent fatale. (Voir interview)

Le professeur Paul Valessi, qui participe également à la conférence a fait un plaidoyer, hier, pour le dépistage des facteurs de risque cardiovasculaires chez les diabétiques. «Environ 30 % des diabétiques de France présentent des risques cardiovasculaires. Ce pourcentage doit être très élevé à Maurice en raison du fait qu?on a remarqué que les artères des Mauriciens sont, en général, petits et se détériorent très vite. Il faut que les diabétiques mauriciens se fassent dépister.»

Il n?est pas le seul à faire cette constatation. Le professeur Yves El Bèze explique que selon son expérience de Maurice, les artères d?un Mauricien de 40 ans ressemblent à celles d?un Français de 80 ans. Le risque est ainsi plus élevé pour les Mauriciens.

Un test d?effort conseille

Mais que doit-on dépister au juste chez les diabétiques ? En premier lieu, dit le professeur Valessi, on doit chercher à savoir s?il n?a pas une ischémie myocardique silencieuse. C?est-à-dire savoir si les muscles de son coeur ne sont pas affectés par le diabète sans donner de symptômes.«Un test d?effort, parmi les autres tests possibles, donnera les indications nécessaires.»

Et ce n?est pas tout. D?autres tests sont nécessaires pour évaluer les risques et commencer un traitement précoce, y compris un révascularisation du coeur pour éviter le pire, explique le professeur. Un test d?albumine est aussi nécessaire pour avoir une idée de l?état du coeur et des reins, selon ce cardio-diabétologue.

LE CONGRES DES CARDIOLOGUES DEDIE A OOMAR UTEEM

Le congrès qui réunit en ce moment des cardiologues français, mauriciens et indiens à l?hôtel Sofitel a été dédié à feu Oomar Uteem à la demande du Dr Sunil Gunness. La veuve de l?ex-cardiologue a été invitée au congrès pour assister à l?hommage qui sera rendu à ce jeune spécialiste qui a régulièrement participé aux congrès pour permettre des échanges entre la France et Maurice dans le domaine de la cardiologie et de la diabétologie. «A chaque fois qu?il trouvait quelque chose de nouveau, ou un nouveau développement dans le secteur, il en prenait connaissance et le partageait avec ses homologues mauriciens. Il a toujours été très actif», affirme le Dr Sunil Gunness.

Le cardiologue Oomar Uteem, de formation française, est en fait la cheville ouvrière de l?introduction à Maurice des équipements nécessaires pour des angiographies. Il est décédé d?un arrêt cardiaque à la suite d?un match de foot.

C?est ce matin que les nombreux cardiologues et diabétologues de France avec lesquels il a souvent travaillé lui rendront hommage. Ce congrès est l?occasion pour les cardiologues mauriciens et indiens de partager leurs expériences. «La chirurgie cardiaque que je pratique à Maurice est complètement différente de ce j?ai pratiqué en France en raison du fait que la plupart de nos cardiaques sont diabétiques et que les artères des Mauriciens, mais aussi des Indiens, sont plus petites que celles des Européens», explique le Dr Sunil Gunness. (Voir texte principal.) De fait, la rencontre des sommités de la cardiologie et de la diabétologie qui a débuté jeudi soir à l?hôtel Sofitel s?intitule «East meets West». Des Singapouriens participent également à la rencontre.

QUESTION AU PROFESSEUR YVES EL BEZE

«Le diabétique doit se faire suivre par son cardiologue»

Si on suit votre argumentation, tout diabétique doit se faire régulièrement suivre par un cardiologue. Pourquoi ?

Vous savez, les relations entre les maladies cardiovasculaires et le diabète se sont précisées ces derniers temps. Plus de 40 % des cardiaques sont diabétiques en France et à Maurice ce chiffre doit être plus élevé. Très souvent, le diabète, les problèmes cardiovasculaires du diabétique sont silencieux et se révèlent très brutalement, et sont souvent mortels. Du moment que vous vous apprenez que vous êtes diabétique, allez voir un cardiologue. Si vous êtes diabétique depuis longtemps et que vous n?avez pas encore été vu par un cardiologue, il faut le faire tout de suite.

Il a été question ce matin (NdlR, hier) lors de la conférence de la nécessité de dépister l?ischémie myocardique silencieuse chez les diabétiques. Pouvez-vous nous expliquer ce que cela veut dire ?

L?ischémie myocardique silencieuse est une maladie du muscle cardiaque qui ne donne aucun symptôme. Le diabétique a cette maladie, mais ne le sait pas. Il n?a pas de douleurs, du moins pas jusqu?à ce que cette ischémie myocardique donne lieu subitement et brutalement à un infarctus, souvent mortel. Donc le diabétique doit non seulement se faire suivre par son cardiologue, mais aussi demander à ce que des tests de dépistage soient effectués. Le cardiologue se chargera aussi de voir si le diabétique n?a pas d?autres facteurs de risque et agira en conséquence.

Quels sont les autres facteurs de risque ?

Le tabac, le cholestérol; la sédentarité, l?obésité, l?hypertension, la durée d?évolution du diabète, de l?albumine dans l?urine entre autres.

Qu?est-ce que l?albumine décelée dans le sang peut indiquer ?

C?est un signe précoce qui indique que le coeur et le rein ont été affectés par le diabète. C?est un signe de mauvaise santé chez le diabétique. Il faut alors bien traiter le diabète pour empêcher que ces deux organes ne soient touchés davantage. Le contrôle de ce diabète ? et la prévention des maladies cardio-vasculaires, cérébrovasculaires, mais aussi d?autres problèmes que provoque le diabète aux yeux et aux reins, aux nerfs, au cerveau ? implique une autre culture de vie, un changement de mode de vie qui est en fait partie intégrante du traitement.

Quel type de mode de vie ?

Le taux de diabète et de maladies cardiovasculaires est très élevé au sein de la population mauricienne. A force de venir à Maurice, je me suis attaché à votre pays et au peuple mauricien, au sourire de la population et je me suis mis au service de votre pays. Je dirai aux Mauriciens, à ceux déjà atteints, à ceux qui n?ont pas la maladie, qu?ils soient jeunes ou vieux de changer de mode de vie. Il faut revoir votre régime alimentaire, perdre du poids si vous avez une surcharge pondérale, éviter la cigarette, faire des exercices au moins trois fois par semaine, de la marche rapide pendant 40 minutes. Ne vous dites pas que vous travaillez beaucoup ou que vous vous fatiguez beaucoup et que cela peut remplacer les exercices. Non, par exercice je veux dire que vous devez pendant ces activités, atteindre des pouls de 125 à 145 pulsations par minute si vous avez plus de 50 ans. Les parents doivent s?y mettre et encourager les enfants à adopter une nouvelle culture faite d?exercice et d?alimentation saine qui évite le cholestérol et les mauvaises graisses.

Seule cette nouvelle culture vous garantira une très bonne qualité de vie pour profiter de votre pays paradisiaque.

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