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Manchester, ça sent le roussi
S?il doit en rester un, ce sera peut-être Manchester United. Des grands clubs engagés sur le front européen, l?illustre représentant de l?Angleterre pourrait, en effet, être le seul à ne pas se frayer un passage jusqu?en huitièmes de finale. La preuve, une de plus, qu?Old Trafford vit sans doute la fin d?une belle époque.
Mardi, devant leurs supporters, face une équipe de Villareal accrocheuse, intelligemment organisée en défense, mais prenable, les protégés de sir Alex Ferguson ont, une nouvelle fois, cafouillé leur football pour se contenter, à l?arrivée, d?un pâle et frustrant 0-0 qui, non seulement ne fait pas son affaire mais rend le groupe D totalement indécis. Cela d?autant plus que Lille et le Benfica Lisbonne, qui s?affrontaient au Stade de France, n?ont également pu se départager, 0-0.
Après cinq journées, la situation ne s?est toujours pas décantée. Villareal mène la chasse (7 pts) et précède Lille (6 pts), Manchester (6 pts) et Benfica (4 pts). Les quatre équipes peuvent encore se qualifier.
Pour éviter un désastre, tant sportif que financier, United n?a d?autre choix, dans deux semaines, que d?aller s?imposer à Lisbonne, sur la pelouse du Benfica, lors de l?ultime journée des phases de poule. Faute de quoi les Diables rouges ne participeront pas, pour la première fois en dix ans, aux huitièmes de finale. Le manque à gagner, en cas d?élimination précoce, est estimé à un peu plus de £ 15 millions. Les frères Glazer, présents dans les loges d?Old Trafford, n?avaient d?ailleurs pas la mine des grands jours.
United, pâle copie de sa glorieuse devancière de 1999, championne d?Europe celle-là, ne méritait pas de battre Villareal, pas mardi soir en tout cas.
Ferguson maladroit
Mais, à la conférence de presse d?après-match, sir Alex Ferguson, fidèle à son habitude, a eu du mal à admettre l?évidence. Sans doute que le technicien écossais a appris, au fil des années, à manier la langue de bois.
Comment expliquez-vous la contre-performance de Manchester United ? La question, posée par un journaliste anglais avait le mérite d?être on ne peut plus claire.
Mais Fergie, qui est aujourd?hui clairement sous pression, a répondu à côté, se félicitant même, par on ne sait quel tour de passe-passe, des velléités offensives de son équipe.
?Dans l?ensemble, je pense qu?on a bien joué. On s?est procuré d?entrée quelques belles occasions, mais il nous a juste manqué un peu de chance?, a maladroitement commenté un Ferguson pas très à l?aise devant le micro.
Malchanceux les Mancuniens ? Non, pardi ! En fait, et comme le soulignait fort justement Reuters, hier matin, ce n?est pas de la chance qui manquait à United, mais de la créativité. Et c?est peut-être au sortir d?une soirée comme celle-là ? triste, ennuyeuse et prévisible ? qu?on mesure un peu mieux à quel point Roy Keane, puni pour avoir dit tout haut ce que les supporters d?United pensent tout bas, est irremplaçable. L?Irlandais n?a pas de baguette magique, mais son génie aurait mis le feu à un match que les Mancuniens ont dominé par à-coups sans pour autant le maîtriser.
La défense, organisée autour de Rio Ferdinand et Michael Sylvestre, était sur ses gardes, ce qui a évité à Manchester d?être mis sous pression. Et les rares fois où Sorin ou Figueroa parvenaient à trouver une brèche, ils tombaient sur un Edwin van der Sar étonnamment serein et lucide.
Le milieu de terrain, mené par Paul Scholes et animé par Alan Smith, a manqué d?inspiration. Quant à l?attaque, elle était sur la brèche, certes, mais le trio constitué de Ruud van Nistelrooy, Wayne Rooney et Cristiano Ronaldo manquait cruellement d?originalité mardi.
Tout n?est heureusement pas fini, Manchester United a encore le droit de croire en son étoile. Il faudrait toutefois qu?il s?inspire de son match référence contre Chelsea, gagné avec le coeur 1-0, pour sonner la révolte dans un stade de la Luz qui lui sera farouchement hostile et où le Benfica Lisbonne a encore de beaux restes.
Au cas contraire, sir Alex Ferguson serait bien inspiré de dépoussiérer ses vieilles valises. Car la patience de Malcolm Glazer a des limites. L?histoire du club, son palmarès, la contribution de Ferguson, Glazer n?en a cure. Le football, d?ailleurs, il connaît à peine. Ce qui compte, c?est son compte en banque. Après tout, il est Américain et il est homme d?affaires?
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