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L’incontournable ouverture vers la main-d’oeuvre étrangère
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L’incontournable ouverture vers la main-d’oeuvre étrangère
Selon un scénario optimiste, l’économie va générer 659 000 emplois en 2010, malgré le déclin graduel des industries traditionnelles dont le sucre. La main-d’œuvre disponible s’élèvera à 557 000, dont 20 000 expatriés. Il faudra trouver 82 000 pairs de bras additionnels pour remplir tous les postes vacants. Combler ce déficit est un véritable défi qui pourra être relevé si le pays a une politique qui soit expatriate-friendly. L’importation de la main-d’œuvre est donc la solution inévitable et même souhaitable cela, pour plusieurs raisons.
Il y a d’abord de nouvelles valeurs à infuser dans nos mœurs et dans nos institutions. La société mauricienne qui a généralement adopté une attitude négative vis-à-vis de l’embauche des étrangers à tous les échelons du système de production doit à tout prix voir les choses sous un autre angle. La globalisation ouvre de nouvelles perspectives de recrutement aux entreprises qui sont à la recherche des compétences nécessaires pour faire jeu égal avec leurs rivaux internationaux. Les employeurs ne devraient pas se priver de telles possibilités si l’expertise recherchée n’est pas disponible sur le marché local.
Il y a surtout l’impératif des nouveaux pôles industriels dont les technologies de l’information et des communications (Tic), des services financiers et autres services conseil qui sont des activités à forte intensité de connaissance et qui nécessitent l’apport des knowledge workers.
Le ministère du Travail et des Relations industrielles organise depuis lundi dernier un séminaire pour se pencher sur la question avec le concours du Bureau international du travail (BIT). L’atelier qui réunit tous les partenaires sociaux (syndicats, employeurs et gouvernement) autour des principaux enjeux sur le mouvement des travailleurs étrangers, devrait contribuer à l’élaboration de politiques transparentes et cohérentes qui ont longtemps fait défaut dans ce domaine.
Un papier présenté par le Dr Philippe Hein, consultant au BIT, propose de sérieuses pistes de réflexion sur la main-d’œuvre migratoire. La question touchant au knowledge workers a eu une pertinence particulière. En 2010, le pays aura besoin de 120 000 professionnels pour répondre aux besoins des industries émergeantes tels les services financiers, les Tics et les activités de consulting ainsi que des activités traditionnelles dans les secteurs de l’éducation et de la santé.
Une hausse conséquente des jobs dans la nouvelle économie s’impose afin que le pays puisse accéder à un seuil de développement supérieur et éviter le cercle vicieux du chômage, de l’instabilité et de la pauvreté. Mais avons-nous les HSP (highly skilled personnel) en quantité suffisante pour réussir cette transformation ?
<B>Une approche aggressive pour attirer les professionnels</B>
Le Dr Hein met à nu les différentes défaillances structurelles qui ne nous permettent pas de dégager un nombre important de compétences locales dans l’immédiat. D’abord, Maurice a un niveau d’éducation de base plutôt faible comparé à ses compétiteurs. Les activités hi-tech souffrent plus que d’autres de cette situation. L’offre des cadres informatiques, par exemple, est de loin insuffisante par rapport aux objectifs fixés. Selon les projections, le pays produira 305 spécialistes IT (niveau de deuxième cycle universitaire) et 3 611 professionnels (niveau premier cycle), représentant seulement 10 % et 36 % des besoins en ressources humaines pour le secteur en 2006.
Le contenu et les méthodes d’enseignement des technologies informatiques ne correspondent pas nécessairement aux attentes. Les changements technologiques constants, accentués par un manque de personnel enseignant dans nos universités, rendent le processus de formation encore plus difficile.
De plus, un nombre grandissant de HSP choisiront de faire fortune ailleurs, ce qui effritera encore plus notre base d’expertise locale qui est déjà restreinte. Le consultant évoque aussi la pauvreté de notre culture d’entreprise.
Dans de telles circonstances, nul ne devrait s’opposer au recours aux HSP expatriés, d’autant plus que Maurice n’est pas le seul pays à faire de tels choix. “Plusieurs pays qui ont un niveau d’éducation plus élevé et des culture d’entreprise plus sophistiquée que le nôtre tels l’Angleterre, l’Allemagne et le Singapour, ont eu à complémenter leurs programmes de formation par des politiques de recrutement de professionnels”, constate le Dr Hein.
Certains pays, à l’instar des Etats-Unis, ont même mis en place des fast track pour faciliter l’embauche des expatriés dans des industries où les ressources domestiques font défaut. Le spécialiste cite le cas du Silicon Valley qui dépend en grande partie des ingénieurs indiens et chinois. Les autorités mauriciennes sont conscientes des bienfaits de cette approche dans les nouveaux secteurs que le pays souhaite développer. Elles ont mis en place un plan connu comme le Scheme to attract professionals for emerging sectors (Sapes) en 2001 pour encourager les étrangers à venir travailler chez nous. Les activités ciblées sont les Tic, les services financiers et d’autres industries qui sont approuvées par le Board of Investment.
Plusieurs incitations sont offertes aux cadres identifiés sous le Sapes. Ceux-ci peuvent ouvrir leurs propres études à Maurice (ils n’ont même pas besoin d’avoir un employeur), et ont droit, de même que leurs conjoints, à des permis de travail et de résidence de trois ans. Ils ont la possibilité d’obtenir le statut de résident permanent à Maurice et peuvent acquérir des biens immobiliers.
Toujours est-il que ce plan, fort intéressant au demeurant, n’est pas suffisamment vendu aux étrangers, d’où son impact mitigé. Le consultant du BIT prône une approche plus agressive et plus libérale pour s’attirer les professionnels et spécialistes dont le pays a besoin.
<B>Exploiter de manière optimale les ressources humaines</B>
Il existe deux filiales distinctes pour gérer la main-d’œuvre étrangère. La grosse majorité des permis de travail est sanctionnée à travers la filiale traditionnelle (track 1). Il s’agit là des employés qui font des demandes pour des permis temporaires. Ce sont généralement des employés répertoriés soit sous la catégorie de skilled workers, soit sous les grades de management, de superviseur et de cadres techniques. Les skilled workers sont au fait des employés dont le niveau d’expertise sont relativement bas, malgré leur appellation. Généralement, ils sont affectés dans des usines en tant qu’opérateurs de machine ou en tant qu’ouvriers sur les chantiers de construction. Ils sont davantage sollicités en raison de leur disponibilité à travailler de longues heures qu’en raison de leurs qualités professionnelles intrinsèques. C’est le segment des travailleurs étrangers qui, du reste, est le moins encouragé, et des efforts sont déployés pour remplir les emplois vacants par les Mauriciens.
C’est la deuxième filiale (track 2) qui est susceptible d’intéresser les professionnels de haut vol et les investisseurs étrangers ciblés par les Sapes.
Malgré l’existence de ces programmes de guest workers, Maurice a encore du chemin à parcourir afin d’exploiter de manière optimale les ressources humaines disponibles sur le marché international. Le nombre d’expatriés à Maurice ne représente à peine 2% de la population nationale, soit un chiffre qui est en dessous du taux mondial (2,9 %). Singapour qui fait figure de référence à Maurice, compte 140 000 salariés étrangers, soit 33 % de sa population.
Il importe de mieux intégrer la politique de la main-d’œuvre étrangère dans le processus de développement national, estime le Dr Hein. Sur le plan pratique, il faut développer une approche plus cohérente et plus co-ordonnée entre les différents organismes et ministères concernés par le dossier des expatriés.
La réflexion sur ce sujet intervient à point nommé. Elle correspond parfaitement aux débats sur la nécessité de relancer la croissance sous de nouveaux auspices. Le point de départ de cette nouvelle aventure est la guerre contre les tabous, dont notre attitude vis-à-vis des étrangers dans des postes de décision en est un.
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