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L’idée de communauté

8 novembre 2004, 00:00

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S’il est un sujet dont les implications et les enjeux actuels dépassent largement la discussion d’école, c’est bien celui-là. C’est pourquoi il n’est pas vain de toujours la remettre en débat en posant les questions essentielles qu’appelle cette notion : rassemblement ou exclusion ; nature et légitimité des liens communautaires (linguistiques, culturels, sexuels, politiques ou religieux) ; intégration, multiappartenance. .. “Les communautés constituent donc une mosaïque comportant une multitude d’intersections d’ensembles et une variabilité identitaire marquée dans le temps et dans l’espace. Il est inévitable que ces structures souples et polymorphes entrent parfois en conflit avec les limites rigides des états et institutions.”

En élevant ainsi le débat, l’Académie universelle des cultures, présidée par Elie Wiesel, Prix Nobel de la paix, répond à sa vocation. Le huitième forum, qui aura lieu à Paris, dans le grand auditorium de l’Unesco les 9 et 10 novembre, est placé sous le patronage de Jacques Chirac. Dominique de Villepin remettra, le 9, le prix annuel de l’Académie au juge antiterroriste espagnol Baltazar Garzon. Parmi les participants, notons la présence de Claude Hagège, Jacqueline de Romilly, Henri Atlan, Dominique Schnapper, Jacques Le Goff, Umberto Eco, Julia Kristeva...

En janvier 1993 à Paris, au moment où une trentaine de personnalités participaient à la séance inaugurale de l’Académie universelle des cultures, qui venait d’être créée à l’initiative de François Mitterrand, Elie Wiesel, son président, déclarait : “Cette fin de millénaire impose un bilan des valeurs reçues et des erreurs commises. Des idoles ont été brisées, des idéaux trahis. Les valeurs sont révisées. Les rapports entre les cultures du monde changent. Il leur faut un lieu de dialogue indépendant de toute puissance politique.” De son côté, M. Mitterrand avait appelé au métissage des cultures : “Lorsque, au lieu de se métisser, les cultures se combattent, leur affrontement s’achève le plus souvent par leur commune défaite. (...) Alors c’est le vide, la fuite dans les réconforts factices, ceux de la démagogie ou des exaltations de la haine, c’est le triomphe de la tribu sur la nation.” C’était anticiper sur la question du communautarisme.

Les forums et colloques qui ont précédé celui qui se tient cette année répondaient à ce même souci de “former une société de réflexion et de proposition”, se donnant “pour but de penser en termes éthiques l’avenir du monde et de suggérer des moyens d’agir contre l’intolérance, la xénophobie, le racisme, l’antisémitisme, la discrimination contre les femmes, ainsi que pour lutter contre la misère, l’ignorance et la dégradation délibérée de certaines formes de vie”.

Les éditions Grasset ont publié, en collaboration avec l’Unesco, un certain nombre d’actes de ces forums : “Droits de la personne et raisons d’état” (1994) ; “L’intolérance” (1998) ; “Pourquoi se souvenir ?” (1999) ; “Migrations et errances” (2000) ; “Quelle mondialisation ?” (2002) ; “Imaginer la paix” (2003).

Le dernier volume, qui est en librairie ces jours-ci (Le Partage, ouvrage publié par l’Académie universelle des cultures, sous la direction de Françoise Barret-Ducrocq, Grasset, 350 p., 21,50 €), rassemble les contributions au colloque qui s’est tenu à la Maison de l’Unesco les 25 et 26 novembre 2003. En introduction à cette rencontre, Elie Wiesel déclarait : “Quelle que soit la chose que nous voulons ou devons partager, elle implique naturellement l’autre...”

Cette remarque pourrait être reprise cette année et mise à l’épreuve de la réalité des communautés.

Patrick Kéchichian Source : le Monde

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