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Portrait

Safia Collard : Graine de championne

1 août 2026, 21:00

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Safia Collard : Graine de championne

Photos : Beekash Roopun

Coup d’essai, coup de maître pour la jeune Safia Collard, 15 ans. Alors qu’elle n’avait jamais pratiqué la marche athlétique, dès qu’elle s’y est essayée, elle a remporté l’épreuve. C’était en mai 2023. Depuis, elle a battu la championne de Maurice de cette discipline en février, tout comme elle a brisé le record national U16 du 5 000 mètres en France en juillet, record qui datait de 1999. Ce faisant, son chrono de 29 min, 45 s, la qualifie d’emblée pour les Jeux des Îles de l’Océan Indien (JIOI) l’année prochaine aux Comores. Ce matin, elle tentera d’égaler ou de battre le record de la catégorie sur 3 000 mètres, qui est de 16 min, 56 s. Portrait d’une jeune fille qui en veut.

Physiquement, Safia Collard est un heureux mélange de ses parents, Martine et David Collard. Elle est grande pour son âge puisqu’elle mesure 1,71mètre. Une grande taille qu’elle tient de son père, qui dirige sa propre boîte de réceptif local dans le secteur touristique, axée sur le haut de gamme et nommée Émotions. De sa mère Martine, qui dirige Atman Health, sa propre compagnie, et qui est spécialisée en aromathérapie et phytothérapie, Safia a hérité notamment d’une belle chevelure bouclée. L’adolescente est la cadette d’une fratrie de trois enfants. Elle a une sœur aînée, Éva, âgée de 18 ans mais qui paraît beaucoup plus jeune et un petit frère, Victor, 13 ans, qui est aussi grand qu’elle.

Chez les Collard, le sport est aussi primordial que les études et c’est David qui encadre ses enfants à ce niveau. Safia s’est d’abord essayée à la natation au sein du CAMO à Beau-Bassin, discipline qu’elle a pratiquée pendant quatre ans avant de réaliser qu’elle n’arrivait plus à trouver le juste équilibre entre le sport et les études au Bocage International School. «Je faisais dix heures de natation par semaine et je participais aux compétitions nationales. Au final, j’étais éreintée.» Pour que ses études n’en souffrent pas, elle a abandonné la natation.

David Collard, qui sait à quel point le sport est bénéfique pour quiconque le pratique, s’est alors demandé vers quelle discipline orienter sa cadette. Comme Éva et Victor faisaient de l’athlétisme, il a proposé à Safia de découvrir la marche athlétique, assez méconnue à Maurice. Il l’a d’abord entraînée dans les champs entourant leur maison et ensuite au stade Germain-Comarmond, à Bambous. Safia n’y a rien trouvé de compliqué et s’y est mise à fond. Son père l’a ensuite inscrite dans le club Quatre-Bornes Pavillon et elle a participé à sa première compétition de marche athlétique sur 2 000 mètres dans la catégorie U14 en mai 2023. Là, elle a créé la surprise en remportant l’épreuve. C’est ce jour-là qu’elle a été remarquée par un ancien champion de marche athlétique italien, Valerio Casales, qui a alors proposé à son père de l’entraîner.

Les premiers entraînements, raconte Safia, étaient surtout consacrés à l’apprentissage de la technique. «Il faut marcher sur les talons, soit faire de l’attaque talon comme on l’appelle, tenir le buste bien droit et les épaules relâchées pour une bonne oxygénation des poumons alors que les bras doivent être à 90 degrés pour la propulsion.» Elle s’entraînait trois fois par semaine avec son coach italien au stade Germain-Comarmond et découvrait également les autres disciplines de l’athlétisme avec un autre entraîneur très connu, Dominique Chan Low, deux fois par semaine, au stade Maryse-Justin à Réduit.

L’année suivante, Safia participe à la même course que celle précitée et une fois de plus, elle l’emporte, conservant son titre. Toujours en 2024, Safia décide de se frotter aux filles de 16 ans pour une marche sur 3 000 mètres et elle gagne ! Elle récidive dans la catégorie U16 sur 2 000 mètres en 2025, la distance des 3 000 mètres ayant été réduite par les officiels de la Mauritius Athletics Association (MAA) en raison d’un nombre très restreint de concurrentes. En avril de la même année, Safia se risque dans la catégorie U18 sur 5 000 mètres et là encore, la victoire est au rendez-vous pour elle.

Lorsque les Collard apprennent que la MAA organise un stage d’une semaine pour les participants de la marche athlétique avec la Mauricienne Prisca Manikion, qui a une belle carte de visite puisqu’elle est une championne nationale de marche athlétique, tenante du titre des trois dernières éditions des JIOI, championne de France Masters dans cette discipline et actuellement classée deuxième au championnat national français, ils y inscrivent Safia. Ils sont une quinzaine de garçons et de filles à suivre ce stage avec la Mauricienne qui vit en France. Une épreuve ‘test’ de marche athlétique sur 2 000 mètres attend tous les participants au final.

Prisca Manikion note le fort potentiel de Safia et pense qu’elle peut s’améliorer en faisant un stage en France. Didier Guillemin, le président de la MAA, en parle à Safia et à son père à qui il est demandé de considérer l’idée du stage pour sa fille. Les Collard sont partants.

L’hiver bat son plein

Ainsi, le 1ᵉʳ janvier, Safia et son père quittent Maurice pour la France, plus particulièrement pour Bourgoin-Jallieu, commune à proximité de Grenoble. On est alors en plein hiver. Mais les parents de l’adolescente ont pris soin de la préparer au préalable, elle athlète des tropiques, à concourir en salle et aussi par un froid extrême et ainsi lui éviter un choc thermique. En sus des compléments alimentaires et des douches froides, elle dort avec la climatisation à très basse température.

Express.mu (620 x 330) (44) Safia Collard en compagnie de sa 'marraine sportive' Prisca Manikion.

Ayant trouvé deux entreprises pour la parrainer, soit Bioculture Cares et la société Olympia, cette dernière lui offrant des vêtements adaptés à l’hiver rigoureux français, les Collard père et fille débarquent à Bourgoin-Jallieu avec l’objectif de confronter Safia aux meilleurs pour s’améliorer.

Afin de pouvoir concourir, Safia intègre le Centre Sportif de Bourgoin-Jallieu (CSBJ) avec le soutien de son président Célestin Crespin. Prisca Manikion la prend sous son aile, devenant en quelque sorte sa marraine sportive. Gérard Chaboud, entraîneur du club, devenu depuis juge de la marche athlétique au niveau national, la coache également. Safia s’entraîne pratiquement tous les jours en extérieur alors que la température oscille entre -4 et -5 degrés et lors d’un jour d’entraînement, elle le fait sous la neige.

Au jour dit en salle, participe au 3 000 mètres ouvert à tous les âges et elle établit un record national, devenant la première Mauricienne à établir le record des 3 000 mètres en salle. «Là, c’était une vraie compétition avec des filles qui font de la marche athlétique depuis des années. Il fallait vraiment être motivéeet j’ai fait de gros efforts pour améliorer mon chrono», confie Safia.

Dès son retour à Maurice, Safia est prise en main par Prisca Manikion, qui malgré la distance, lui envoie régulièrement des consignes d’entraînement. Cette dernière préconisant un stage tous les six mois en France pour Safia, en juin dernier, la famille Collard est repartie pour Bourgoin-Jallieu pour quelque trois semaines en juin.

Safia et ses parents ne tarissent pas d’éloges pour la direction et le corps enseignant du Bocage International School qui soutient la jeune fille, aménageant ses horaires lorsqu’elle est sur place, et lui permettant de suivre ses cours sur Google Classroom quand elle est à l’étranger.

À Bourgoin-Jallieu, Safia a en tête un objectif précis, à savoir battre le record national des 5000 mètres minimes et obtenir les minima pour se qualifier pour les JIOI de 2027 aux Comores. Comme ce sont les championnats d’été, les compétitions de marche athlétique se déroulent en plein air au stade. Elle entend participer au 3000 mètres à Pontcharra, bourgade située non loin de Bourgoin-Jallieu, et au 5000 mètres dans cette dernière commune. Les complications sont au rendez-vous car il est interdit aux minimes de participer aux 5 000 mètres, soit de faire quelque 12 tours et demi de stade, en France. Le club de Safia doit alors contacter la Fédération française d’athlétisme et expliquer que cette distance est homologuée pour les minimes à Maurice et demander une dérogation pour la jeune fille. Après deux semaines d’attente, elle est autorisée à concourir.

Dans l’épreuve du 3 000 mètres à Pontcharra, elle améliore son record avec un chrono de 17 min, 42 s. Au 5 000 mètres à Bourgoin-Jallieu, elle a pour meneuse Prisca Manikion. Celle-ci ralentit ses allures pour les aligner sur ceux de Safia et à quelque 100 mètres de l’arrivée, sort de la piste pour laisser la jeune fille terminer son parcours en beauté. L’adolescente fait un temps de 29 min, 45 s. Elle brise le record de Maurice dans la catégorie et fait les minima, se qualifiant pour les JIOI de 2027. «Je n’avais jamais été aussi concentrée pour une marche. Cela m’a mis en confiance d’avoir Prisca pour meneuse. Les deux derniers tours de piste étaient les plus durs à boucler. Mon mental a joué un grand rôle. À un moment, j’ai pris un carton jaune car j’avais relâché l’attaque talon mais heureusement que ça n’a pas été plus grave que cela.» Safia affirme que ce déplacement l’a remotivée et revigorée.

Ce matin, sous les couleurs de son nouveau parrain, KFC Mauritius, qui est venu se joindre à Bioculture Cares, elle participe au championnat national pour les U16 et tentera d’égaler ou de briser le record de la catégorie sur 3 000 m qui est de 16 min, 56 s. Les participantes devront faire quelque sept tours du stade. «Le défi pour moi sera de briser ce record sans meneuse d’allure cette fois. Heureusement qu’il y a la smart watch qui est programmée pour vibrer quand je ne respecte pas mes allures!»

Désormais, le rêve de Safia est de pouvoir monter sur le podium des JIOI de 2027. L’idéal pour elle serait un podium avec son mentor Prisca Manikion. «Ce serait l’apothéose!» C’est tout le mal que l’on peut lui souhaiter…

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