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L’enfance volée de Yoshnee

28 août 2005, 00:00

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Yoshnee ne connaîtra jamais les émois de l’adolescence. Elle n’a que 12 ans et elle est déjà mère d’un bébé de trois mois. Elle n’arrive même pas à l’allaiter correctement, ses seins ayant à peine commencé leur croissance.

Contrairement aux autres cas, rares, de filles qui se trouvent dans la même situation, son enfant n’est pas le fruit d’une folle étreinte avec un enfant de son âge. Loin de là. Le père, Gilbert Christopher Sobhee, 28 ans, n’est autre que le concubin de sa mère, Sandhya, 31 ans, qui a elle-même accouché le mois dernier…

La vie de la petite Yoshnee a basculé en juillet 2004 lorsque Sandhya, déjà mère de deux bambins (trois ans et un an et demi), abandonne le toit conjugal pour les beaux yeux de Christopher.

Il s’agissait pour elle de refaire sa vie, après des bagarres incessantes avec son mari. Elle emmène donc toute sa progéniture vivre avec le maçon, à la rue Tromelin, Cité- Ducray, Ste-Croix.

La promiscuité aidant, Christopher ne se contente pas de la mère. Il reluque la fille jusqu’à ce qu’il se décide à abuser d’elle. Ce qui devait arriver, arriva. Un mois plus tard, Yoshnee est en proie à des nausées annonciatrices d’une grossesse. Consciente que son amant a violé son aînée et qu’il est d’un tempérament violent, Sandhya se décide : elle le quitte, ainsi que la localité, histoire de se faire oublier et de cacher le ventre rond de son enfant aux yeux du monde.

De Chamouny où elle se réfugie, Sandhya tente de brouiller les pistes, pour éviter que l’on remonte jusqu’à elle. A la fin du mois de novembre 2004, elle élit domicile à Camp-Lilas, Chemin-Grenier.

Apprenant l’accouchement de Yoshnee et la situation précaire dans laquelle elle vit avec ses demi-sœurs, un Medical Social Worker de l’hôpital Nehru alerte les services pour la protection de l’enfance. Et le 4 août dernier, des officiers de la Child Development Unit (CDU), épaulés par la police et des éléments de la Brigade des mineurs, parviennent à localiser la famille. Ils tombent des nues.

Dans la misérable case créole en décrépitude, ils découvrent une situation qu’ils ne pouvaient soupçonner. La sœur de Sandhya, Gighawtee, 28 ans, vit également dans cette cahute. Elle y est avec son fils de huit ans et un bébé né le même jour (15 juillet) que celui de sa sœur. Les deux femmes ne travaillent pas et les gosses sont obligés de mendier. « Ti ena troi ti zanfan. Zot pa ti ena manze. Zot ti pe demann sarite », relate un voisin.

<B>De nouveau enceinte</B>

Sandhya avait loué la bicoque depuis un an environ. Elle y vit recluse, tout comme Yoshnee. Ce que l’on peut qualifier de cour est jonchée de détritus. Au grand dam du propriétaire, les enfants traînent dans les tas d’immondices… Le loyer n’est pas été réglé depuis trois mois. Il n’y a ni électricité, ni eau courante. Les sous manquent. Sandhya, Yoshnee et Gighwatee ne peuvent plus se déplacer à l’hôpital pour les rendez-vous médicaux des nourrissons.

Les officiers de la CDU apprennent que Yoshnee serait de nouveau enceinte. Un médecin de la police, le Dr Maxwell Monvoisin, l’examine et des prélèvements sont soumis au service médico-légal pour vérification. Les adultes et les enfants sont dirigés vers les abris sous la responsabilité du ministère de la Femme, du bien-être de la famille et du développement de l’enfant. La ministre, Indira Seebun, suit le dossier de près.

Des psychologues sont dépêchés auprès de tout ce petit monde. Ce n’est qu’après des jours de négociations avec Sandhya que Yoshnee consent à révéler à la CDU celui qui l’a mise dans cet état. Vendredi, elle lache le nom de Christopher aux hommes du chef-inspecteur Shyam Jugmohun du poste de police d’Abercrombie. Le délit a été commis dans sa juridiction, à Ste-Croix.

<B>Premiers rapports à neuf ans</B>

Le lendemain, le maçon est cueilli à 6 heures du matin chez ses parents, à Quatre-Bornes. Il reconnaît les faits. Il risque la prison, qu’il veut éviter, et promet de s’unir avec Yoshnee. Les autoriés ne savant pas encore s’ils vont également inculper Sandhya. Car il est un fait qu’elle a tenté de cacher la grossesse de sa fille et qu’elle aurait dû veiller sur sa sécurité.

Interrogée par le chef-inspecteur Jugmohun, la fillette raconte aussi avoir eu ses premiers rapports sexuels à l’âge de neuf ans avec un garçon plus âgé qu’elle. C’était à Goodlands où Sandhya avait élu domicile pour quelques mois.

Le cas de Yoshnee vient démontrer une fois de plus combien notre société est malade. Les grossesses précoces sont courantes, avec une nette tendance à la hausse. Entre janvier et juin de cette année, 62 cas de filles enceintes, âgées de 13 à 17 ans, ont été recencés par la CDU, contre 112 en 2004, 53 en 2003, 61 en 2002 et 52 en 2001.

Il est grand temps d’inclure l’éducation sexuelle dans le cursus scolaire et d’envoyer les satyres à l’ombre. Avec la révision du Code pénal, annoncé par le ministre de la Justice, Rama Valayden, celui qui imitera Christopher risquera huit ans de prison.

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