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L?élément confiance

28 juin 2008, 00:00

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<B>Par Nazim ESOOF</B>

La rituelle alchimie des discours budgétaires est arrivée à son terme. Beaucoup d?optimisme dans les rangs gouvernementaux. Tout autant d?alarmisme dans les travées de l?opposition. La dramaturgie autour de cet exercice annuel n?a pas proposé de dénouement inédit. Le scénario était bien ficelé. Chacun était à la hauteur de son rôle. Le temps nous dira si le film sera un succès ou non. Entre-temps, les préoccupations quotidiennes reprennent le dessus. On parle ainsi des prix qui baissent. D?autres citeront des exemples pour démontrer le contraire. Bref, on est dans une démarche dichotomique. La réalité est nettement plus complexe.

Il est un fait qu?il fallait redonner confiance à une majorité de cette population qui commençait sérieusement à s?essouffler. Les années se sont succédé et elles ont rimé avec rigueur et sacrifice. Il fallait un répit. C?est ce que le gouvernement a voulu proposer. Les recommandations salariales du «Pay Research Bureau» payées «in toto». Baisse des frais douaniers sur certains produits. Politique sociale qui se veut ambitieuse. Lutte contre le chômage avec accent mis sur la capacité des gens à se prendre en charge. Tous les ingrédients sont réunis pour nous préparer un menu permettant d?aborder les temps durs qui nous attendent. Avec le prix de l?or noir qui obscurcit davantage les horizons des économies globales. Avec les coûts à l?importation des commodités de base qui n?obéissent qu?à la courbe inflationniste.

C?est dans cette conjoncture que le gouvernement a pris le pari de la croissance. Une croissance à même de relancer la consommation. De produire une richesse plus large afin de la partager avec le plus grand nombre. De créer une dynamique de développement capable d?engendrer de nouveaux emplois.

Après deux premiers budgets qui reposaient sur une vision technicienne de l?économie, Rama Sithanen a fait le choix pour le budget 2008-2009 d?une approche plus expansive. On est passé dans le paradigme de la distribution. Le grand argentier est trop fin technicien pour savoir que le populisme n?est réservé que pour la fin d?un mandat. S?il a fait preuve de «largesses», c?est qu?il pense qu?on est préparé à relever les défis. Il ne faudrait pas non plus croire qu?il pourrait avoir cédé à la seule pression des élus de l?Alliance sociale qui désespéraient de voir leur électorat se serrer ainsi la ceinture.

Si l?on est capable d?affronter les enjeux contemporains, la question reste de savoir de quels outils et moyens on dispose pour faire face à l?avenir. On a pu le voir, ce sont les secteurs de l?hôtellerie et de l?«Integrated Resorts Scheme» qui portent actuellement l?économie mauricienne. Les secteurs traditionnels font bonne figure. Sans plus. Le mouvement et l?ordre établi permettent de faire de petits réglages au présent mais pas de défier l?avenir. On est dans une guerre de survie.

Il fallait oser. Pour un certain nombre d?observateurs, cela ne pourrait n?être qu?une lubie du Premier ministre. Mais le projet de Maurice île durable ne traduit pas la seule volonté d?un homme d?accoucher d?un grand dessein. Cette question va au-delà des seules ambitions et obsessions personnelles. Depuis quelques années, les Mauriciens ont été sensibilisés à l?écologie et à la protection de l?environnement. Mais cela relevait d?une démarche idéologique voire, dans certains cas, d?un angélisme béat. Il fallait, afin de réaliser un bond conceptuel, conjuguer économie et concept de développement durable, le tout fondé sur une exploitation optimale des énergies renouvelables. Si ce projet se matérialise, ce sera probablement la plus grande réalisation de Navin Ramgoolam. Mais on n?en est pas encore là. Il lui faudra afficher une détermination inconditionnelle et surtout, dégager les moyens qui permettront l?aboutissement du projet.

Lorsqu?on s?embarque dans une telle aventure, il faudrait aussi pouvoir gérer le quotidien. Sans une bonne gestion, on s?expose à l?exaspération d?une majorité de la population qui note, impuissante, l?inexorable perte de son pouvoir d?achat. C?est sans aucun doute le plus grand défi des gouvernants actuels. C?est à cette aune-là que seront également jugés Navin Ramgoolam et Rama Sithanen.

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