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L?échappée belle de sir Harry
Sir Harry Tirvengadum est finalement parvenu à s?extirper de l?affaire Air Mauritius. Sept ans maintenant qu?il tentait de faire arrêter les poursuites engagées contre lui. L?ancien P.-D.G. d?Air Mauritius, qui était sous le coup d?une accusation de complot en vue de commettre une fraude de Rs 85 millions, a vu cette charge rayée par la cour intermédiaire cette semaine. Le principal intéressé, toujours convalescent, peut maintenant souffler.
Raison avancée par la cour intermédiaire pour l?arrêt des poursuites à l?encontre de sir Harry Tirvengadum : l?état de santé fragile de l?ancien patron d?Air Mauritius. Souffrant, sir Harry a, en effet, été, en de nombreuses occasions, dans l?incapacité de se présenter au tribunal pendant les sept années qu?a duré la procédure judiciaire. Ce qui lui a même valu d?être sous le coup d?un mandat d?arrêt.
Et le 4 septembre dernier, lorsque les policiers se sont rendus à son domicile pour l?arrêter, ils ont appris que sir Harry Tirvengadum était en route pour le tribunal. Et il arrivera à bord d?une ambulance et se présentera dans la salle d?audience sur une civière. Une comparution médiatisée qui a fait couler beaucoup d?encre. Une mise en scène, ont dit certains, une honte, ont déclaré d?autres, indignés que quelqu?un d?aussi malade soit tout de même obligé de se présenter en cour.
Et comme l?on s?y attendait, la décision de rayer les charges qui pèsent contre sir Harry Tirvengadum a eu pour effet d?encourager Robert Rivalland à déposer une motion pour demander l?arrêt des poursuites engagées contre lui. Cet ancien cadre de Rogers est lui aussi sous le coup d?une accusation de fraude au préjudice de la compagnie nationale d?aviation.
Lors de sa comparution au tribunal intermédiaire vendredi, l?homme de loi de Robert Rivalland, Me Guy Ollivry, QC, a estimé que le maintient des poursuites contre son client constituerait un abus de procédure. Un avis que n?a pas partagé l?accusation qui a souhaité obtenir des précisions relatives à la motion. Une demande à laquelle a agréé l?avocat de l?ancien cadre de Rogers qui a ajouté que ces précisions seront communiquées au plus tard
le 12 décembre. Le second ex-cadre de Rogers impliqué dans cette affaire, Derek Taylor, n?a, pour sa part, présenté aucune motion en ce sens. Il leur est reproché d?avoir mis en place un mécanisme de paiements de commissions spéciales non dues à Rogers, plus connu comme le « scandale de la caisse noire » d?Air Mauritius.
Quoi qu?il en soit, dans le milieu légal, l?on explique que l?arrêt des poursuites contre sir Harry Tirvengadum était la procédure « logique » à suivre. De ce fait, certains, à l?instar du syndicaliste Jack Bizlall, déclarent que cela signifie que les personnes qui seraient impliquées dans cette affaire auraient peu de chance de répondre un jour de leurs actes devant la justice. Un pessimisme qui n?est pas partagé par tout le monde. Des observateurs de l?affaire, estiment, pour leur part, que la procédure judiciaire à l?encontre de Robert Rivalland et de Derek Taylor aurait toutes les chances d?être menée à son terme.
Des « faiblesses » dans leur rapport
Ce qui n?a pas été le cas pour sir Harry Tirvengadum. Ce dernier a, au cours du procès, présenté des motions pour l?arrêt des poursuites, sans succès. Ce sera finalement pour des raisons de santé que sir Harry Tirvengadum en réchappera. Les conclusions du neurologue Lam Thuon Mine, qui l?a examiné, laissaient déjà entrevoir un possible abandon des poursuites à l?encontre de ce dernier. Le médecin avait expliqué que l?ancien P.-D.G. de la compagnie d?aviation nationale, atteint de perte de mémoire, de dépression et d?insomnies, ne pouvait comparaître devant un tribunal. Le neurologue a, par ailleurs, expliqué avoir décelé une lésion cérébrale au niveau du lobe frontal du patient. Le contre-examen, effectué par des médecins de l?État, même s?il a conclu que le principal intéressé pouvait tout à fait faire face à son procès, les magistrats de la cour intermédiaire ont montré du doigt des « faiblesses » dans leur rapport.
Dans leur jugement, les magistrats Nicolas Ohsan-Bellepeau, Benjamin Marie Joseph et Renuka Dabee ont, en effet, fait ressortir que le panel de médecins qui s?était chargé de contre-examiner sir Harry Tirvengadum a omis de préciser si une radiographie a été effectuée pour tenter d?identifier la présence de la maladie d?Alzheimer. « Les effets éventuels d?un traitement aux sédatifs, avec des antidépresseurs et anxiolytiques sur ses aptitudes mentales n?ont pas été soulignés », font ressortir les magistrats dans leur décision.
Un problème d?éthique
L?avocat de sir Harry Tirvengadum, Me Yousuf Mohamed, a, par ailleurs, fait ressortir que l?un des médecins siégeant sur le panel, le docteur Taroosing Ramkoosal-sing, a par le passé été le médecin personnel de l?accusé, ce qui, a-t-il estimé, est un problème qui relève de l?éthique.
Dans l?entourage de sir Harry Tirvengadum, l?on se félicite de la décision de la cour intermédiaire tout en déplorant qu?elle n?ait été prise que maintenant.
« C?est quand même un comble qu?il ait été obligé de se rendre au tribunal sur une civière pour que l?on se rende compte qu?il soit mal en point. Son avocat avait pourtant remis à la cour les certificats médicaux attestant de sa condition physique fragile », lâche un proche de la famille Tirvengadum.
De son côté, Jack Bizlall a prévenu : « Vous allez voir ce que je vais faire si je le vois marcher en janvier ». Le syndicaliste, qui avait fait des dénonciations à propos de l?existence d?une caisse noire à Air Mauritius, tenait une conférence mercredi après la décision de la cour intermédiaire. Jack Bizlall a déclaré que sans la présence de sir Harry Tirvengadum, « c?est 90 % du dossier qui est occulté. »
LES GRANDES DATES DE L?AFFAIRE
■ 5 septembre 2001 : Le syndicaliste Jack Bizlall envoie une lettre dénonçant des malversations qui, selon lui, sont en cours depuis 1989 à Air Mauritius.
■ 3 octobre 2001 : La police procède à l?arrestation de Gérard Tyack, directeur financier de la compagnie d?aviation nationale.
■ 15 octobre 2001 : Le P.-D.G. d?Air Mauritius, sir Harry Tirvengadum, est interrogé par la police pendant plus de sept heures. Il doit alors faire face, selon les enquêteurs, à des « preuves accablantes ».
■ 16 octobre 2001 : Sir Harry Tirvengadum est inculpé d?entente délictueuse. Il s?acquitte alors d?une caution de Rs 1,5 million et signe une reconnaissance de dette de Rs 5 millions.
■ 15 juillet 2002 : La cour gèle les avoirs de sir Harry Tirvengadum. Ce dernier ne peut dès lors plus disposer de ses biens.
■ 26 juillet 2002 : Air Mauritius loge une motion contre sir Harry Tirvengadum pour outrage à la cour. La compagnie nationale l?accuse d?avoir vendu un de ses terrains.
■ 30 octobre 2002 : La compagnie réclame Rs 97 millions à Yip Tong, Rogers, Rivalland et Tirvengadum. Réclamation que contestera ce dernier.
■ 30 mars 2003 : Sir Harry Tirvengadum bénéficie d?une levée partielle de la saisie conservatoire qui gèle ses biens immobiliers. Il peut alors retirer Rs 116 580 par mois.
■ 22 novembre 2006 : L?état de santé du P.-D.G. d?Air Mauritius se dégrade. Les médecins diagnostiquent un syndrome coronaire aigu.
■ 4 septembre 2007 : Sir Harry Tirvengadum comparaît en cour intermédiaire. Il arrive à bord d?une ambulance et est transporté dans la salle d?audience sur une civière. Cette comparution fait couler beaucoup d?encre.
■ 24 novembre 2007 : La cour demande que sir Harry Tirvengadum soit contre-examiné par un panel de médecins. Ils concluent que l?accusé ne souffre pas de problèmes neurologiques, mais note toutefois qu?il est dans un état dépressif et montre des signes d?anxiété.
■ 3 décembre 2007 : La cour ordonne l?arrêt des poursuites contre Harry Tirvengadum estimant que sa santé ne lui permet pas de faire face à son procès.
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