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?L?islam doit être une forcede transformation pour le meilleur?

27 juillet 2007, 00:00

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● <B> Qu?est-ce qui vous amène aussi régulièrement à Maurice ? </B>

Lorsque j?ai visité l?île Maurice voilà onze ans et demi, cela a été une première rencontre qui a culminé à une découverte mutuelle et, pour les Mauriciens, la reconnaissance d?une certaine approche. Il existe une atmosphère à Maurice que j?apprécie beaucoup. Cette reconnaissance et cet acte d?approche ne pouvaient s?inscrire que dans le long terme. Depuis, cela a été une même ligne et un même message universaliste et d?ouverture sur le monde qui ont primé.

● <B> En quoi consiste cette approche ? </B>

Ma première visite a eu lieu avant le 11 septembre et déjà, à cette époque, il était question de sérénité dans ce qu?on est, du refus de la mentalité victimaire et de l?idée que le message est universel. Aujourd?hui encore après le 11 septembre et ses répercussions et les débats sur les lois et le terrorisme, il s?agit toujours de mettre en avant toutes ces dimensions. Le thème retenu pour cette visite est la confiance car il importe de passer d?une évolution de la peur à une révolution de la confiance. Je tiens aussi à dire que c?est une mauvaise perception que de croire que ceux qui m?entourent à Maurice s?accaparent de ma présence. Ils sont plutôt dans l?ouverture et engagés dans un acte de sacrifice.

● <B> On a eu à Maurice il y a quelque temps de cela un débat sur l??azaan?. Comment analysez-vous ce débat ? </B>

C?est un cas symptomatique qui démontre comment on peut basculer dans la dérive ou accéder à la pacification. On n?arrivera pas à vivre ensemble à travers l?obsession du droit. Ce n?est possible que par la pacification qui passe par le dialogue. D?ailleurs la résolution de la problématique de l??azaan? chez vous le démontre : c?est dans la négociation qu?a surgi la solution. C?est ce qu?il faut promouvoir : négocier dans le dialogue plutôt que contrarier par le droit.

● <B> La société politique mauricienne a la propension d?instrumentaliser la religion à des fins électoralistes. Comment sortir de ce cycle ? </B>

Cela ne passera pas par le politique, par cet engagement politique basé sur l?appartenance communautaire. Il faut une politique citoyenne. Le bon angle pour changer les mentalités est un projet social où on réunit les gens de toutes les confessions. Cela permet de développer une conscience citoyenne qui transcende la conscience ethnique.

● <B> Passons à un autre ordre d?idées? Comment se porte aujourd?hui, selon vous, ?l?axe du mal? ? </B>

S?il y a une chose que je combats de ce point de vue, c?est bien la simplification. Le fait, par exemple, que mon visa ait été révoqué m?interdisant d?entrer sur le sol américain sous l?administration Bush est un honneur. Car ils ont démontré par leurs actes en Afghanistan et en Irak qu?ils sont capables de torture et de déni de justice. C?est en tant que citoyen et non en tant que musulman qu?on doit être inquiets de ces actes. Quant à l?Iran, il n?est qu?un bouc- émissaire.

● <B> Comment en est-on arrivé là ? </B>

On sait que des musulmans sont impliqués dans les actes condamnables du 11 septembre. Il fallait condamner sans verser l?instrumentalisation de ces actes. N?ayant pu éviter cela, on bascule dans la guerre contre le terrorisme. Mais c?est une guerre dont l?une des caractéristiques est d?affronter un ennemi insaisissable, toujours en mouvement et non identifiable. Cela a produit des mesures sécuritaires clairement condamnables et une ère liberticide. En même temps, il faut dire qu?on assiste à monde musulman qui ne s?ouvre pas politiquement. Un monde où il n?y a pas de grand effort de démocratisation sauf dans certains cas. Il ne s?agit pas donc de blâmer seulement l?Occident car il n?y a pas eu de travail critique et surtout de travail sur soi. Aujourd?hui, pour moi, il est autant question de rejeter le cloisonnement du monde musulman tout en luttant durant toute ma vie contre l?unilatéralisme des Etats-Unis sur le dossier israélien.

● <B> Vous évoquez souvent l?impératif d?être citoyen et d?être musulman. Cela n?est-il pas irréconciliable ? </B>

Il y a 18 ans que je travaille sur ces questions. J?ai d?abord cherché les zones de conflit. Or, il s?avère que les Constitutions occidentales et a fortiori la Constitution mauricienne n?empêchent aucun citoyen de pratiquer sa conscience musulmane et sa conscience citoyenne. A l?étude de ces conflits possibles, j?ai identifié l?avis de certains savants qui soulèvent la question de l?appartenance à l?armée où, dans le cas d?un conflit armé, des musulmans pourraient être amenés à se battre contre des pays musulmans. Or, il y a une énorme flexibilité dans les lois musulmanes. Les citoyens musulmans ne sont pas plus ou moins démocrates que les autres. Ce sont des démocrates comme les autres. Je ne crois pas qu?il faille construire un problème là, ou qu?un problème de perception. Je dirais qu?avec une bonne compréhension de l?éthique musulmane, on aboutit à un meilleur engagement citoyen.

● <B> Quelle idée de l?islam que vous vous faites? </B>

Elle est basée sur trois principes. D?abord, l?islam est une religion universelle. Elle produit des valeurs et une éthique qui ne lui sont pas exclusives. En l?islam, on retrouve des valeurs qui sont chez les autres. Les musulmans doivent revenir vers cet universel pour ne pas s?enfermer dans des particularismes et ne pas céder à la tentation d?être victimes. Ensuite, il y a des valeurs transhistoriques. Soit vivre fidèlement sa foi dans toutes les circonstances et au sein de toutes les sociétés. Il y a donc à tenir compte de toute une dimension de l?histoire et de la culture en termes de ce qui est immuable et ce qui participe de la nécessité du changement. C?est en conséquence une question de réforme et l?islam a les outils pour penser le changement en fonction des principes qui sont les siens. Il s?agit d?avoir en tête le texte et le contexte. L?un ne va pas sans l?autre. Une pensée qui reste la même au XVe siècle et au XXe siècle n?est pas fidèle aux principes fondamentaux. Enfin, il faut être une force de transformation pour le meilleur.

● <B> Comment aborder la question du djihad lorsqu?il y a autant d?interprétations qui sont proposées ? </B>

Lorsque l?abbé Pierre dit qu?il est en guerre contre la pauvreté, je dois tout autant pouvoir dire que je suis en guerre contre la pauvreté ou contre les formes nouvelles d?esclavagisme. Lorsque des murs sont dressés entre le Mexique et les Etats-Unis ou autour de l?Europe, c?est une nouvelle forme d?esclavagisme qu?on pratique. On y retrouve à ces frontières des sous-zones où s?installent des individus dont ces pays ont besoin sur le plan économique. Lorsque ces individus franchissent ces murs et vont finir par travailler clandestinement dans les pays qui les repoussent, c?est en fait une exploitation clandestine de ces femmes et hommes.

● <B> L?islam, le nouvel ennemi de l?Ouest après la fin du communisme ? </B>

L?islam est le nouvel ennemi, c?est une évidence sauf que ce n?est plus du tout pareil comme lorsque les pays de l?Ouest étaient confrontés à l?ennemi soviétique. Il ne s?agit plus d?un ennemi de l?extérieur. Le nouvel ennemi a été créé et sa figure est différente de l?ennemi communiste. Toutefois, dans son expression de rejet, on voit revenir les réflexes de stigmatisation et du maccarthysme.

● <B> Enfin, vous êtes souvent accusé de tenir un double langage. L?un devant les musulmans et un autre devant les non-musulmans. Comment répondez-vous à cette critique ? </B>

Lorsque des journalistes me posent cette question, je leur réponds de m?apporter des preuves. C?est en fait une critique tellement grotesque. En France, par exemple, on m?accuse de parler français et arabe dans les banlieues. Or on ne parle pas et on ne comprend pas l?arabe dans les banlieues! Nul n?est plus sourd que celui qui ne veut pas entendre la vérité.

Propos recueillis par <B> Nazim ESOOF</B>

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