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Lilian Berthelot, ?Laissés pour contes et dernières nouvelles?

1 janvier 2007, 00:00

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Cela commence par une histoire de petit trou dans le mur d?une salle de bains. Trou dans la tôle, trou dans un vieux couple. Car des yeux curieux viendront se coller au trou. Voyeurs malgré eux. Voyeurisme qui finira par devenir une habitude. La plume de Lilian Berthelot ne laisse rien passer de nos petits travers.

Patiemment, elle les a consignés. Dans un style allant en se bonifiant. Osant enfoncer la plume là où cela fait mal. Sans méchanceté, juste avec la justesse de celle qui approche de la vérité.

Patiemment elle les a consignés. Des nouvelles inédites ou publiées écrites à différentes périodes de sa vie d?auteur. Transformant le quotidien en contes non dépourvus de fées?pourvu que l?on sache regarder.

Une histoire de complicité avec un bandit devient un bel hymne d?amour filial.

Lilian Berthelot publie Laissés pour contes et dernières nouvelles, son dernier ouvrage, aux éditions de l?océan Indien. L?humain n?y est pas abandonné. Bien au contraire. Ses sentiments, sa fragilité y sont même exaltés. Et quand l?auteur se prend à commencer son histoire par ?Elle est moche, cette vie-là?, l?existence décriée finira par s?éclairer. Coûte que coûte. Au prix d?économies et de sacrifices. Au prix d?un bon paquet de fierté et d?une bicyclette neuve. Des coups de pédale pour aller respirer le grand air, celui qui réconcilie avec les petites vies enfermées.

C?est justement dans un certain enfermement, dans le vase clos de mornes quotidiens que Lilian Berthelot puise sa matière. Brut qu?elle décoffre avec des mots simples, soignés. Une histoire de complicité avec un bandit devient un bel hymne d?amour filial, sens de devoir paternel. Laissés pour contes. De quoi régler nos comptes. Et faire de nous des lecteurs riches comme des comtes.

Initiative atypique. Celle des éditions du Hecquet. Dépoussiérer deux récits de voyage signés par le révérend père Roger Dussercle, de la congrégation des prêtres du Saint-Esprit. Qui était-ce ? Missionnaire spiritain français, il est affecté à Maurice jusqu?en 1950. Il sera tour à tour vicaire à Mahébourg et curé de St-François Xavier et de St-Jean. À partir de 1933, il effectua presque chaque année des tournées apostoliques dans les îles lointaines, ce qui nous vaut des récits sur les Chagos et Agalega.

Voyages du révérend père Roger Dussercle

Ainsi, les éditions du Hecquet publient coup sur coup Naufrage de la barque Diégo à l?île d?Aigle aux Chagos (sorti en 1935), et Agalega petite île (édité en 1949).

Dans le premier ouvrage mentionné, le ?naufrage est à la fois bénédiction et, sinon malédiction, du moins temps perdu pour le missionnaire des îles?, écrit en avant-propos Yvan Martial. ?Mais là où le Père Dussercle nous émeut le plus c?est bien lorsqu?il brosse le portrait de quelques Chagossiens (?) quand il décrit dans les moindres détails leurs conditions de vie et de travail.

Plus nous communions aujourd?hui à la souffrance de nos frères chagossiens et davantage nous nous sentons concernés par ces Chagossiens dont le Père Dussercle partage, bien malgré lui, l?existence, en raison de son statut de déraciné, bloqué aux Chagos pour cause de naufrage. Qu?est le naufrage du Diégo comparé à ce génocide qu?est l?exode imposé aux Chagossiens ??

Passé miroir du présent. La même magie opère quand nous suivons les traces du missionnaire à Agalega, ?édénique jardin au sein de l?océan, terre tranquille (?) où s?allient intimement des souvenirs de simplicité et rusticité, d?immensité (?) et de regrets?.

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