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Licenciées d?Ere Lingerie, elles se lancent dans la chaussure
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Licenciées d?Ere Lingerie, elles se lancent dans la chaussure
ELLES plient mais ne rompent pas, ces quatre ex-employées d?Ere Lingerie. Pourtant le coup a été dur. Elles ont perdu leur emploi le 27 février dernier lors de la fermeture de l?usine. Sans tomber dans l?abattement, elles ont préféré voler de leurs propres ailes et se lancer dans la confection de chaussures. Avec les difficultés que cela comporte.
?Pe sakrifie lacaz, fami, tou, pou sa. Zenfan grogné me dans fon, zot konpran?, raconte Bélinda Rosette, les ciseaux en main. A ses côtés, Doris Fung Wan Sang, son amie de longue date badigeonne de colle les tissus qui recouvriront les premières découpées. Marie-Noëlle Var et Frada Frédérick, leurs partenaires, sont absentes. Elles font du porte-à-porte pour tenter d?écouler des paires de savates, sandales et sabots fabriqués.
A Pointe-aux-Sables, leur atelier de travail reflète le dur labeur. Les pièces au cachet autrefois convivial ont pris des allures d?atelier de chaussures pour dames. Ça et là, des tiges en maroquin et en daim dont des lamelles usagées. Dans un coin, une machine industrielle et un polisseur de semelles.
Et leurs chaussures n?ont rien à envier à celles vendues dans les rues de Port-Louis ou dans les magasins. Paires de savates habillées en similicuir, tongs en tissu chatoyant pour la plage et sandales en daim?
Mais, à côté de tant de créativité, il n?en est pas moins que la fermeture d?Ere Lingerie représente une ponction d?environ Rs 8 000 dans le budget familial. Les responsabilités sont lourdes à porter : Bélinda, est mère de deux fils âgés de 21 et 17 ans. Avec cette mise à pied, ce sont 14 ans de service chez Ere Lingerie, dont les six dernières années comme superviseur qui s?envolent. Bien que célibataire, Doris, 30 ans, a ses vieux parents et sa jeune s?ur à sa charge. Elle compte de son côté neuf ans de service à l?usine. Marie-Noëlle Var, 28 ans, tout comme Frada Frédérick, 26 ans, ont quatre bouches à nourrir.
Fermeture soudaine
Si Bélinda savait qu?Ere Lingerie connaissait certaines difficultés, elle ne s?en inquiétait pas outre mesure car en 2002, l?usine avait fermé ses portes le temps d?un week-end avant de repartir de plus belle. Et puis, les heures supplémentaires n?arrêtaient pas. Mais le 27 février, c?est le choc. Les employés d?Ere lingerie sont licenciés avec effet immédiat.
Sans se démordre, Bélinda tente sa chance auprès d?autres usines. Mais elle tique en apprenant qu?elle ne recevra qu?une base d?une centaine de roupies par jour. Elle rentre alors à la maison la mort dans l?âme. ?Si mo ti aksepte ça, mo ti pou retrouv moi avek ène base salaire Rs 2000 par mois alor ki mo base kot Ere Lingerie ti Rs 5700 par mois.? Idem pour Doris, Marie-Noëlle et Frada.
Cogitant ensemble, elles décident de se lancer dans une petite entreprise de chaussures pour dames. Bélinda met tous les atouts de son côté : son frère est cordonnier et sa s?ur et son frère qui vivent en France lui envoient de l?argent lui permettant de se constituer un petit capital. Le frère de Bélinda aidant, les quatre femmes s?initient à la technique de fabrication de chaussures. Et démarrent les opérations...
Les débuts sont laborieux, si elles ont réalisé quinze modèles dans les pointures 35 à 41, écouler leurs produits est une autre paire de manches. Les boutiques et autres magasins approchés refusent, mettant en avant une période creuse. Ils doivent d?abord écouler leur stock.
Les quatre femmes pensent alors à vendre leurs produits dans les foires mais elles n?ont pas les moyens de louer un stand, ni de permis d?opération. ?Nou finn saye vann dibout dan lafoir me ler nou trouv lapolis, nou bisin sauve parski zot kapav saizi nou marsandiz.?
Elles ont ainsi approché Arianne Navarre-Marie, ministre de la Femme et député de la circonscription Grande-Rivière-Nord d?Ouest-Port-Louis Ouest. Celle-ci, sensible à leurs doléances, les a dirigées vers le National Women Entrepreneur Council. Après enregistrement, elles ont pu participer à une foire organisée par ce conseil et mettre leurs produits en vente dans le magasin ?Les Artisanes? à Quatre-Bornes. Mais durant cette période, la chance n?a pas été de leur côté. Il pleuvait à verse. Elles n?ont écoulé que sept paires. Pas mal pour un début mais insuffisant pour nourrir sept familles.
La ministre de la Femme les a également référées à un membre du conseil municipal de Port-Louis. Ce dernier devrait les aider à entreprendre des démarches pour obtenir un permis d?opération au marché. Mais elles ne sont toutefois pas optimistes quant à son obtention.
La malchance les poursuit également lorsqu?elles se sont tournées vers le Trust Fund for the Integration of Vulnerable Groups pour une aide de Rs 35 000. ?Enn dimoun la-bas inn dir nou amenn nou lact naisans mem enn zour avan komite Trust Fund reuni. Nou?nn soumet bann dokiman de zour avan. Nou pa tann nanie. Kan nou?nn pran renseigneman, zot dir nou ki nou?nn soumet ban dokiman trop tard! La, pa enkor kone kan komite pou reuni enkor?, soupire Bélinda.
En attendant, chacune s?entraide comme elle peut. Mais le temps passe et les jours paraissent longs. L?engouement du départ n?a pas encore cédé la place à la lassitude. Mais on n?en est pas loin. ?Bann autorite ti bisin donn ban dimounn ki finn perdi plas tou bann fasilite pou zot capav relev latet. Nou ti a zis conten kapav vann nou bann lartik la foire Quatre-Bornes ou marche Port-Louis. Nou persuade ki sa ti biznes soulier capav marse me nou bisin laid tou kote.? Un appel au secours qui mérite certainement d?être entendu.
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