Publicité

?L?histoire est un débat permanent?

18 juin 2007, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Vous enseignez au Framingham State College (USA), et êtes Consultant pour l?Aapravasi Ghat Trust Fund (AGTF). Vous venez d?animer un atelier sur l?écriture de l?Histoire avec l?AGTF et allez livrer jeudi à l?Université un exposé intitulé ?India and British abolitionism during the late 18th century?. Pourquoi ?

J?ai choisi ce thème dans le contexte de la commémoration du 200ème anniversaire de l?abolition de la Traite par les autorités britanniques. Il s?agira de dresser dans les grandes lignes les tenants et aboutissants de ce qui peut apparaître comme un tournant.

Avec Vijaya Teelock, responsable de la chaire d?Histoire à l?Université, nous cherchons à améliorer la qualité de l?écrit historique, particulièrement chez les nombreux étudiants et jeunes chercheurs. Il leur faut une méthodologie qui permettra à leurs travaux d?être appréciés à leur juste valeur.

Qu?est-ce qui fait le chercheur en Histoire ?

La crédibilité, la cohérence, le travail, surtout. La première question à se poser devant toute contribution, c?est ?pourquoi? ?

Un chercheur doit être capable d?esprit critique pour analyser les faits. Or nous vivons dans un monde où ces qualités ont tendance à disparaître. L?Histoire, qui est un débat permanent, demande de retrouver ces qualités. Une problématique, l?expression d un point de vue doivent être clairement formulées.

L?Histoire, n?est-ce pas la quête de la vérité ? C?est en quelque sorte une interprétation de la vérité. Deux différentes interprétations peuvent être toutes aussi recevables. Mais on n?étudie pas par hasard l?Histoire. C?est avant tout une quête d?identité.

Qu?est-ce qui discrédite un auteur ?

L?absence d?explications, les hypothèses non fondées. Qu?entend-t-on au juste par ?période coloniale?, ?indien?, que veut dire une source du 18ème siècle qui décrit ?esclave venant de la côte de Malabar? ? Une contribution n?est valable que si l?auteur arrive à s?appuyer sur des éléments que son lecteur peut cerner, des sources qu?il peut contre-vérifier. C?est le document qui parle.

Trouve-t-on assez de documents sur le passé à Maurice ?

Vous n?avez pas idée de ce dont le seul département des archives à Coromandel regorge en richesses documentaires. Un fonds unique.

Certaines catégorisations sont-elles arbitraires en Histoire ?

On aime toujours se simplifier la vie. Dans une de mes dernières contributions, je m?en prends à l?une de ces catégorisations : la notion de ?monde atlantique? voudrait que l?Histoire de la Traite serait différente selon qu?elle se soit déroulée dans l?Atlantique ou dans l?Océan Indien. Des documents à Coromandel prouvent que cela est absurde : ils établissent même la place essentielle des Mascareignes dans la Traite destinée aux Amériques. Une place au moins aussi importante que Nantes, Bordeaux ou Marseille ! Ma dernière publication portera sur cet argument.

L?analyse de Marx sur l?histoire est-elle encore utile ?

On peut se nourrir de Marx car il pose des questions essentielles. Par exemple, on a interprété les relations économiques entre Maurice et l?Angleterre au XIXeme siècle, en se fondant sur l?idée que l?île était le fournisseur en sucre de la métropole, par la volonté de Londres qui aurait investi ses capitaux dans sa colonie. Or, 85 % des usiniers étaient autochtones au plus fort du boom sucrier. Ce sont plutôt les sucriers locaux qui ont cherché des marchés et ont développé leur industrie. Plutôt que de parler de ?capital métropolitain?, on pourrait alors parler de ?capital domestique?. Ce genre de considération est crucial si on veut rendre justice à la complexité de la société mauricienne.

Publicité