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Leçons nippones sur la gestion des ressources humaines

8 septembre 2006, 00:00

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Le facteur humain est probablement le plus difficile à maîtriser dans une chaîne de production. Mais il suffit d?appliquer quelques règles de base pour en faire une machine hautement efficiente. C?est de ces règles- là que sont venus nous entretenir le professeur Akira Goshi et Yasuhiko Inoue, experts nippons issus du Japan Productivity Council for Social and Economic Development.

Le professeur Goshi, et son compatriote sont à Maurice dans le cadre d?une coopération bilatérale avec le National Productivity and Competitiveness Council (NPCC). Ils ont animé une conférence, hier, à l?intention des chefs de service de la fonction publique et du secteur privé ainsi que des dirigeants de mouvements syndicaux. L?assistance clairsemée au Sir Harilall Vaghjee Hall en disait cependant très long sur l?engagement des Mauriciens par rapport à la productivité.

Quelles sont donc ces règles desquelles dépend la productivité humaine ? Souvent, elles relèvent du bon sens. Comme partager le fruit des gains en productivité avec ceux qui y ont contribué. Au Japon, un employé reçoit en moyenne l?équivalent de cinq mois de salaires en guise de participation aux profits accrus découlant d?une amélioration de l?efficience de l?entreprise.

?Un syndicaliste serait très mal inspiré d?initier un mouvement de grève au Japon. Il risquerait d?être sévèrement réprimandé par ses adhérents qui lui reprocheraient de vouloir leur faire perdre de l?argent?, a relevé le professeur Goshi au cours d?une intervention teintée d?un humour décapant.

Traiter l?employé avec respect et égards est un autre moyen sûr d?obtenir le meilleur de lui-même. A Tokyo et dans ses périphéries, un employé nippon fait en moyenne 200 propositions par an sur des moyens d?améliorer l?entreprise. Ces suggestions sont écoutées par l?administration qui se fait un devoir d?interagir avec l?employé. Le sentiment d?être écouté inspire ce dernier à recommencer. ?Vous savez ce que cela représente pour une entreprise que de pouvoir faire une telle moisson d?idées ?? a demandé le professeur Goshi.

Le choix des hommes à des postes de responsabilités doit se faire avec le plus grand soin si l?on ne veut pas voir s?écrouler toute l?organisation, a poursuivi le conférencier. Ainsi, fait-il remarquer, aucun nominé politique ne siège au Japan Productivity Council.

Cette instance, créée sous l?impulsion du gouvernement nippon peu après la fin de la Deuxième Guerre mondiale qui avait mis le pays à genoux, a très vite acquis son indépendance. Elle est aujourd?hui complètement autonome, s?assurant des rentes confortables en échange de services en formation, entre autres. Cela tranche avec la culture qu?a fait sienne le NPCC mauricien, où hier encore, les protégés politiques se battaient pour des postes de responsabilité.

Le choix des hommes est important quand il faut constituer des comités de coordination bipartites dans les entreprises. ?On ne peut choisir un employé des travaux manuels, par exemple, pour y siéger. Celui qui représentera l?ensemble des salariés doit être capable d?une certaine vision.?

Syndicalisme responsable

Pas question de sacrifier l?intérêt supérieur du collectif au nom d?un vague idéal d?égalité de chances. Voilà qui devrait donner à réfléchir aux syndicats mauriciens.

Il faut savoir qu?au Japon, tout nouveau salarié est tenu à souscrire au syndicat jusqu?à ce qu?il atteigne un poste de responsabilité où il doit lui-même évaluer la performance de ses pairs. Chaque organisation a aussi son propre syndicat. Selon Akira Goshi, cela encourage un syndicalisme responsable.

Sans faire exprès, Akira Goshi vient ajouter de l?eau au moulin de ceux qui veulent la fin des négociations collectives à Maurice. La Mauritius Employers? Federation, entre autres, défend cette même position. Bien entendu, une des conditions de cette responsabilisation est que le syndicat ait accès aux informations concernant la santé de l?entreprise. C?est à l?administration de faire l?effort de gagner la confiance du syndicat et de ceux qu?il représente, ajoute-t-il.

Le conférencier a débuté son intervention avec un long exposé sur la culture nippone. Une des notions- clés qui en est ressortie est qu?au Japon, on pèche par association. Ainsi, un employé qui serait associé à une entreprise polluante ou irresponsable court le risque d?être ostracisé par la société. De même, personne ne voudrait prendre le risque d?être responsable de la contre-performance de son entreprise. Pour preuve, 80 % des jeunes mariés nippons sondés préféreraient rester au bureau pour terminer leur travail plutôt que de rentrer tôt pour passer du temps avec leurs épouses !

En outre, au Japon, même le diplômé de la plus prestigieuse des universités débute sa carrière au plus bas de l?échelle. ?Au Japon, on vous recrute pas tant pour les études que vous avez faites mais plutôt pour votre potentiel de grandir avec l?entreprise. Et l?entreprise accorde tout le soutien nécessaire pour que l?employé puisse se réaliser?, explique le professeur Akira Goshi. Voilà de quoi méditer.

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