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L?esprit réformiste
C?est une constante. La relance de l?économie passe par l?investissement. Rama Sithanen l?a rappelé. A juste titre. Et c?est devant des hommes d?affaires que le Grand argentier l?a fait ressortir urbi et orbi. En effet, on n?échappe pas à cette règle. Parce que le système économique traditionnel piétinait. Parce que le secteur concurrentiel se limitait à investir principalement dans ce qu?il sait faire. Parce que le goût du risque n?est pas vraiment une denrée mauricienne. Un projet. La cyber-île. Quelle réaction ? Timide. L?Ile Maurice du business a trop longtemps rimé avec mesures incitatives pour se risquer à l?entrepreneuriat. Afin de compenser cela, elle s?est réjouie de sa classe «d?entrepreneurs débrouillards» tout en jouant à l?aveugle sur son caractère clandestin?
Jusqu?à ce que l?on veuille mettre de l?ordre, combattre le piratage, protéger la propriété intellectuelle, éliminer le business de la contrefaçon, entre autres. C?est le dysfonctionnement économique de la société mauricienne.Tout comme sa gestion du dossier sucre et du textile illustre sa candeur. Quelque part, ils veulent tous croire que la petite île Maurice retiendra ses privilèges par le seul fait d?être le «bon ami» qui chante continuellement des louanges à la gloire des pays de peuplement. Ainsi est fait ce pays. De paradoxes et de mensonges. Qu?elle a l?art de masquer avec une pratique du prêt-à-porter culturel et identitaire.
Derrière, se profile toutefois la culture du hasard et de l?approximation. L?une de nos particularités. A titre d?exemple, le cas de Bert Cunningham. Certains voudraient en faire un héros. D?autres une victime. Et s?il ne s?agissait que de bon sens? Car, à y regarder de près, la douane mauricienne est malade depuis des années. Atteinte de corruption et d?un déficit criant d?éthique. Mais on a pris l?habitude dans ce pays de tolérer, voire de s?accommoder de réseaux mafieux. Pourquoi donc changer les habitudes? Parce que, quelque part, tout le monde en profite. Du grand criminel en col blanc au petit affairiste de bonnes occasions. C?est ainsi que les choses ont marché. Avec la croisade menée contre les experts étrangers et l?encensement de la compétence mauricienne ? le nouveau combat mauricianiste ! ? Bert Cunningham est devenu un symbole. Celui d?un pays qui est en train de perdre sa raison à travers le culte qu?il se voue et le nombrilisme qu?il célèbre. Alors que sa réelle marque de fabrique est souvent un savant dosage d?amateurisme, de croyance que les privilèges sont acquis et de conventionnalisme économique. Bref, tout ce qui ramène au statu quo.
Evidemment, le réformisme n?a pas sa place dans un tel décor. Pour preuve, les efforts des plus velléitaires à réformer le système électoral. Sans doute, les choses devraient être un peu plus simples aujourd?hui. On voit mal gouvernement et opposition ne pas parvenir à un consensus sur ce dossier. Mais ils seront jugés sur pièce. Car il ne s?agit pas seulement d?atténuer le système de «best-loser». Aussi urgentes sont les questions de financement des partis politiques, de l?esprit républicain à insuffler à tout le système, de l?introduction du référendum comme une pratique courante d?une démocratie vivante? Ce ne sont que quelques pistes. On verra bien jusqu?où nos adeptes et champions du changement iront.
Si seulement nos dirigeants et décideurs savaient ce qu?ils voulaient et où ils veulent en venir. Simple illustration de la légendaire hésitation qui les habite : la nomination au niveau des institutions gouvernementales et dans les missions diplomatiques. Enfin, si l?incapacité à prendre des décisions et les tergiversations se conjuguent avec recherche de consensus?
Tel est ce pays qui, prenant subitement conscience qu?il doit naviguer dans les grandes eaux sans filet de protection, repousse ce qui fait une grande nation : le réformisme.
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