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L?esclavage n?est pas encore aboli
Ce sont des blessures qui se gravent dans l??uvre. Des tons de souffrance, d?espoir et des points d?interrogation racontent l?essentiel du travail de Jocelyn Louise. L?artiste revient avec des chaînes, des claques et des questions pour cracher son amertume sur l?esclavage d?antan et de maintenant. Liberté ? Tel est le thème de son exposition qui cadre avec le 171e anniversaire de l?abolition de l?esclavage. Elle se tiendra du 30 janvier au 8 février à la galerie Max Boullé
Souffrance d?un ar-tiste qui se ronge les doigts pour courber le métal à l?aide d?une pincette. Les sculptures de Joce-lyn Louise parlent. Elles chuchotent que l?artiste s?est armé de force et de réflexion pour produire l?effet désiré. ?Vreman monn soufer pou tourn sa metal la, explique l?artiste. Me mo blesir ti enn blesir interyer. Sa inn pous mwa donn mo linspirasyon pou continye??
Liberté ? est un souci de Jocelyn Louise. Il se demande si l?esclavage moderne sera lui aussi aboli. ?Je me sens frustré, confie-t-il. Blese malgre ki mo pena lasenn kar tro boukou dimounn abiz mo sazess, mo bonte.? L?artiste est désabusé. Et c?est à travers des ?uvres représentant les esclaves d?antan qu?il communique sa réflexion sur l?esclavage moderne.
Une de ses particularités d?utiliser l?espace alentour pour donner du poids à ses sculptures. Trois d?entre elles frappent. Elles s?enfilent et pointent vers le haut. Comme des bâtons de métal qu?on aurait brûlés.
C?est dans ce mouvement d?étirement que Jocelyn Louise laisse un message. ?Nepli krwar?. Ce modèle, malgré sa simplicité, décrypte la désillusion. C?est le cou de la sculpture qui a été contorsionné. Le reste montant en longueur.
Des hommes qui vivent en ?foss liberte?
Plus loin, c?est un batteur de ravanne qui frappe l?instrument. Ravann san frontyer. Ses doigts façonnés avec des boulons de métal, son chapeau tombant sur la ravanne, son pied posé sur un tabouret. L??uvre inquiète. La créativité de l?artiste étonne. ?Guet li, énonce Jocelyn. Li pe sante me malgre sa, li prisonie.? Prisonnier de cette société ? Jocelyn Louise s?est efforcé de rechercher des objets de récupération pour dépeindre son agacement face à ces nouveaux esclaves.
?Bisin egal dan sa pei la, dan tou kikchoz. Mais maintenant, la politique s?est infiltrée dans tous les domaines? ? Ce serait donc cela qui affecte le sculpteur. Et la technique utilisée apporte une fraîcheur aux sculptures. Toutes les ?uvres s?offrent dans des tons mats, le métal a été préalablement brûlé et aspergé d?une couche dorée.
Cette exposition offre divers points de vue sur l?esclavage. Les quelques tableaux de Jocelyn Louise n?accrochent pas véritablement les regardeurs mais l?idée derrière leur production est tout autant louable.
Quelques poésies aussi s?inscrivent sur les murs. Des mots coulant sur le troublant Morne. Les paroles qu?un égratigné vif dira et répétera sans jamais se lasser. Nos ancêtres ont été meurtris. Et certains le sont encore.
C?est ce que l?artiste nomme le ?malaise de la société?. L?esclave qui vit au temps moderne, c?est celui qui ne parvient pas à progresser. ?Nou envi progrese, all de lavan, me nou pa kapav. Monn travay en gardan sa lide la.? Et il est vrai que l?on sent derrière les courbes des tuyaux en métal, la douleur d?un homme aigri. Celui qui fronce les sourcils et baisse les yeux devant son état. Celui qui n?a pas droit à la parole mais qui accepte, résigné, sa condition de vie. Qu?il soit pauvre ou obéissant à sa ?misie-la?. Celui qui vit avec une ?foss liberte?.
Et même si l?on prétend que l?esclavage a disparu, Jocelyn Louise s?interpose à cette croyance. Selon lui, l?esclave respire toujours...
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