Publicité

Les nouvelles industries

7 janvier 2006, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La Zone économique exclusive de 1,7 million de kilomètres carrés n?a pas été utilisée au centième de ses possibilités jusqu?ici. Mais une nouvelle industrie promet d?utiliser une de nos ressources qui a une valeur insoupçonnée : l?eau de mer ! Maurice pourrait bientôt abriter une Land Based Oceanic Industry qui générerait des recettes colossales si le projet est mené à bien.

Nous avons pris pour habitude de nous lamenter sur tous les inconvénients de la position géographique du pays. Mais cette même situation pourrait devenir un formidable atout.

La présentation qu?a faite Rama Sithanen au cabinet vendredi dernier a dû en convaincre plus d?un. Les fonds marins du globe sont parcourus par de puissants courants (les great conveyor belts) circulant à des profondeurs de 1 000 mètres ou plus. À cette profondeur, l?eau qui circule a d?étonnantes propriétés qui peuvent être utilisées pour des applications diverses comme l?industrie, l?alimentation, l?élevage marin et la consommation courante. Quand on sait qu?une bouteille d?eau désalinisée se vend à plus de cinq dollars le litre, on comprend vite que ce liquide-là est très précieux.

Mais pourquoi Maurice ? Et d?ailleurs, a-t-on seulement des fonds marins descendant à 1 000 mètres ? Justement, oui ! À trois kilomètres des plages d?Albion, nos eaux atteignent déjà ces profondeurs. La condition essentielle pour initier cet ambitieux projet existe donc. Dans le monde, seuls quelques pays tirent avantage de leur position géographique pour exploiter cette ressource précieuse. Hawaïï, le Japon et la Norvège sont quasiment les seuls pays qui ont construit des industries océaniques. Maurice veut se joindre à ce club restreint.

Une eau aux propriétés étonnantes

On s?est d?ailleurs déjà tourné vers l?expertise des Hawaïens. « Un des pionniers hawaïens dans ce domaine a déjà visité le pays. Des experts en pose de tuyaux (pipe laying) en eau profonde également. Les rapports ont été rédigés. Les choses semblent aller pour le mieux », se félicite Rama Sithanen.

L?exploitation de cette eau à grande échelle ouvrira de nouveaux horizons pour le pays. Restons dans l?environnement marin. Pour l?heure, élever des crabes, homards, concombres de mer et oursins comestibles en captivité est une activité difficile, pour ne pas dire impossible, à soutenir. Or, l?eau puisée dans les grandes profondeurs a les qualités chimiques et organiques nécessaires pour permettre l?élevage de ces espèces en captivité. Il suffit alors de penser au prix de vente de ces fruits de mer sur le marché mondial pour se faire une idée des recettes que pourrait générer cette seule activité.

Mais les applications de l?eau de mer des grandes profondeurs ne s?arrêtent pas là. À part les Asiatiques friands de cette eau mise en bouteille, l?industrie pharmaceutique y accorde également un grand intérêt. Elle entre ainsi dans la composition de plusieurs médicaments à base liquide. Un rapport du National Research Institute of Fisheries Engineering du Japon explique même comment cette eau est utilisée dans le traitement de plusieurs types de maladie de la peau.

Des centres de thalassothérapie qui pourront voir le jour dans le pays ne manqueront pas de l?utiliser.

L?industrie agroalimentaire s?y intéresse également. Car on a aussi découvert que, contrairement à l?eau courante, celle provenant des eaux profondes n?altère pas le goût des aliments qui y sont conservés. Ce qui en fait le liquide idéal à mettre dans des conserves par exemple. Enfin, la très basse température de l?eau des grandes profondeurs la rend idéale pour une autre utilisa-tion : la climatisation. Ce pilier, s?il se développe, assurera à lui seul plusieurs milliards de roupies de recettes annuelles. Pour des investissements initiaux également importants !

À côté de ce nouveau pilier prometteur, d?autres ressources inexploitées du pays pourraient enfin être utilisées à bon escient. C?est le cas des plantes médicinales. Une étude de l?universitaire Ameenah Gurib-Fakim a démontré que les îles de l?océan Indien abritent à elles seules plus de 350 plantes médicinales et aromatiques. C?est en utilisant ce potentiel, mais aussi en attirant des entreprises dans le domaine de la recherche médicale et pharmaceutique, que Maurice compte mettre en place quelques Villages Pharmaceutiques qui produiront des médicaments à base de plantes où à partir de molécules développées dans le pays.

L?ère des nouvelles industries semble déjà là. Il reste au gouvernement de faciliter l?arrivée des investisseurs étrangers, et aux entrepreneurs locaux de s?associer à eux, pour les bâtir.

Publicité