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Les mots du pouvoir

13 août 2006, 00:00

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C?est sur la parole que les chefs politiques construisent leur pouvoir. En temps de campagne, ils le savent. Ils connaissent la dose de flatterie ou de flamme qu?il faut à leurs discours pour éveiller la colère ou l?espoir chez leurs électeurs. Mais ils oublient, une fois au gouvernement, la puissance des mots.

Le leader du Parti travailliste a déserté l?espace public, ne s?adresse pas à la population. Cette absence est en train d?éroder la force du parti au pouvoir. L?opposition l?a senti, elle qui trouve une nouvelle jeunesse dans un flot de paroles démagogiques. Plus malheureux, ce silence réduit les chances pour le pays d?entrer résolument dans la nouvelle économie.

Certes, le gouvernement a su expliquer, de manière intelligente, les contraintes économiques. Quand le cabinet a réalisé qu?il n?était pas en mesure de donner ce qu?il avait promis, il a réagi. Cette vulnérabilité aurait été une occasion pour ses détracteurs de le défier. Mais par un discours exhaustif sur l?état de l?économie ? et des actions irresponsables, aussi ? il s?en est sorti. Il n?est pas pour autant tiré d?affaire.

Le gouvernement est toujours vulnérable. Il doit son élection non pas à la composition de son équipe ou à son programme, mais parce que la population reprochait à son prédécesseur une « indifférence » à ses soucis quotidiens. Le même fossé risque de se creuser, il n?est pas en train de combler l?attente. Comment le faire, si ce n?est pas par des paroles rassurantes, sur le sens des sacrifices demandés ? L?on n?entend à ce stade rien de tel.

Au-delà de sauver sa peau, c?est à sauver celle du pays que les discours de ceux qui se disent nos leaders devraient servir. Le changement que le ministre des Finances a appelé de tous ses v?ux pour rendre effective la réforme, ne se fera pas de lui-même. Le gouvernement, son chef notamment, se doit d?être un catalyseur de ce « shift ».

L?opinion attend de ce gouvernement qu?il utilise son pouvoir d?influence pour changer la manière dont la population perçoit les épreuves et les défis qui la guettent. Sans ce leadership-là, la vision qu?il a eue pour le pays se dissipera comme un nuage. Il lui faut sans cesse augmenter la conscience, dans toutes les couches de la population, de la valeur et des bénéfices des résultats recherchés, et de la pertinence des moyens appliqués pour les atteindre. La responsabilité qu?il a prise de gouverner implique la transformation de la société.

Le danger de ce vide, on vient de le voir. Le recul sur le « school feeding programme » n?ayant pas été expliqué, il a été perçu comme une marche arrière sous l?effet de l?action syndicale. L?on aura conclu que le gouvernement doute de sa stratégie, que le ministre des Finances, isolé, a été forcé à revenir sur ses objectifs. Que certains de ses collègues ne soutiennent pas comme ils devraient le faire Rama Sithanen, c?est vrai. Mais le retour du pain dans les écoles « jusqu?à nouvel ordre » ressemble davantage à une révision de la manière dont cette mesure sera appliquée. Sans doute le gouvernement se prépare-t-il à faire ce qu?il devrait avoir fait pour que la mesure soit acceptée, à savoir, prévoir d?abord un programme de substitution. Ce n?est pas tout à fait une victoire des syndicats qui réclamaient les subsides sur la farine.

L?autre danger de ce vide est que l?opposition s?empresse de s?y engouffrer. La désorientation de la population, laissée à ses réflexions et à ses doutes, est trop tentante. Non préparée, puisqu?elle n?a pas pris le temps de réfléchir à quelque solution alternative, l?opposition tient des propos qui n?ont pour but que d?attiser le doute et de créer la crise. Les visées des membres de l?opposition sont courtes : revenir au pouvoir. Nando Bodha a même l?indécence de l?avouer. Cette colère dont ils se nourrissent, ils savent pourtant très bien qu?elle leur éclatera à la figure s?ils ne se préparent pas à ce retour.

Si le gouvernement crée les conditions pour que naissent les crises, il va perdre son mandat à les désamorcer.

Il a mieux à faire, et il y a plus dur à venir : les nouvelles relations employeurs-employés, par exemple, ne seront pas un dossier facile. Les facilités que l?on prête au chef du gouvernement de gagner son auditoire doivent lui servir à quelque chose. Il doit se réapproprier une parole qui rassure, qui guide, qui convainc. Sans entrer en campagne. Ce qu?il lui faut, c?est diriger. Son gouvernement, sa population.

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