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les misères de micheline l?agaléenne
Drôle de situation que celle vécue par Micheline Henri. La jeune Agaléenne a été autorisée à suivre une formation au Mauritius Institute of Education. Elle est tout excitée d?avoir pu commencer à l?école de Roche-Bois à la rentrée. Mais pour des questions administratives, elle ne pourra enseigner qu?à Agaléga. Elle en est toute triste?
Micheline Henri, 26 ans, respire la joie de vivre propre aux insulaires. Mais quand elle pense à la précarité de sa situation professionnelle, elle est au bord des larmes. «Ma situation professionnelle est si compliquée que je ne peux faire des projets sur le long terme.»
Micheline, quatrième d?une famille de six, vient de La Fourche sur l?Ile du Nord. Ses parents, Théogène et Lucienne, ramassent des noix de coco pour le compte de l?OIDC. La trouvant douée, ils décident de l?envoyer à Maurice pour des études secondaires.
Micheline est hébergée par une tante et admise au collège Alex Bhujoharry. Elle s?adapte petit à petit. «Sans mes parents à Maurice, je me sentais complètement perdue. Je ne sortais presque pas.» Sa consolation: les appels téléphoniques de ses parents.
La jeune fille étudie jusqu?en Form V mais ne réussit que dans certaines matières à l?examen de School Certificate. Cette période correspond à l?installation permanente de ses parents à Maurice en raison de la scolarité secondaire de sa petite s?ur.
Seul son père trouve du travail. Pour aider la famille, Micheline abandonne l?école. «J?ai fait plusieurs boulots, à l?usine et dans les magasins, mais j?en sortais si fatiguée que j?ai préféré arrêter.»
L?OIDC lui propose de retourner à Agalega comme assistante clerc. Elle accepte avec enthousiasme ; cela fait des années depuis qu?elle n?est pas retournée dans l?île. «C?était plus fort que moi. Là-bas ti pé risse moi.».
Vocation d?institutrice
De retour à Agalega, elle habite chez son frère dans le village 25. Elle agit comme secrétaire du Resident Manager durant trois ans. Elle s?y plait énormément.
«J?aime mon île mais elle est coupée du reste du monde. Quand les journaux arrivent, ils sont vieux de plusieurs jours. Il y a une bibliothèque dont le contenu est sommaire. On capte Radio Maurice avec de la friture. On écoute les informations de 19 h 30 mais il n?y a pas de suivi. La seule radio que l?on capte bien, c?est Radio Seychelles. Pour une personne curieuse ou avide de savoir, c?est difficile de s?y développer personnellement. » C?est pour cela que Micheline estime que tout développement est bon à prendre. «Il faut que le gouvernement développe Agalega. Que ce soit sur le plan hôtelier ou autre, ce sera toujours un plus pour l?avenir de nos enfants.»
C?est par hasard que Micheline découvrira sa vocation. L?institutrice de l?école de l?Ile du Sud devant s?absenter, le Resident Manager demande à Micheline de la remplacer. Même si cela équivaut à faire le va-et-vient entre l?Ile du Nord et l?Ile du Sud en van et en pirogue matin et soir et à enseigner à des élèves d?âge et de niveaux différents, Micheline apprécie cette transmission du savoir. Si bien que reprendre son poste d?assistante secrétaire lui pèse.
Micheline décide de rentrer à Maurice. Une amie agaléenne, Irlande Lespine, l?aide à obtenir une formation afin qu?elle puisse devenir institutrice. Pour se remettre à niveau du programme d?études du School Certificate, elle étudie pendant un trimestre et à titre privé à l?école St.-Patrick. Ainsi, quand le Mauritius Institute of Education recrute sur concours, grâce à Irlande Lespine et ses contacts, elle en est exemptée. Mais on l?autorise à suivre le cours de formation d?instituteur du primaire appelé Teacher Course Primary (TCP). Lui précise-t-on alors que cette exemption ne l?autorisera à enseigner qu?à Agalega ? Pour les autorités du moins, c?était «entendu». Pas pour Micheline (voir hors-texte).
Les problèmes administratifs se posent rapidement car elle ne reçoit pas un sou alors que les autres aspirants instituteurs perçoivent une allocation du MIE. «Ni le gouvernement, ni l?OIDC pas finne rétribué moi. Mo ti découragé et mo ti envie abandonné parski mo ti pé casse mo la gorge ène la journée sans la paie. Mme Lespine ine fer moi zoine ène sponsor dans secteur privé kine accepté fourni moi ène allocation. » Juste assez pour le transport et l?alimentation.
Micheline s?applique et réussit ses contrôles, de même que ses stages à l?école Marcel-Cabon. Elle attend actuellement les résultats de son examen final du TCP. A la rentrée 2004, on lui confie une classe de Standard I à la Emmanuel Anquetil Governement School à la suite d?une lettre d?affectation du MIE-ministère de l?Education.
Mais Micheline reste inquiète : elle ne sait pas qui est son employeur et qui la rétribuera. «Quand j?ai posé la question au coordonnateur du cours au MIE, il n?a pu me répondre. Il m?a dit qu?il allait se renseigner et que j?aurais dû être venue le voir plus tôt. Mais j?avais peur qu?on me mette dehors.»
Micheline a le sentiment d?être une citoyenne de deuxième grade. «Nous citoyens mauriciens même supposément. Bé ki fer mo pas gaigne droit gaigne ène travail dans Maurice et obligé alle enterre moi Agalega ? Mo pas fine condamné moi. Pou retourne là-bas, li bisin ène choix personnel. Mo pas lé ki dimoune impose moi ça. Je ne lâcherai pas prise. Je n?ai pas suivi ce cours pour rien!»
Derrière cette colère, il y a aussi la jeune fille amoureuse qui se rebelle. Elle est fiancé à un Mauricien exerçant comme mécanicien. «Mo pas pé dénigré là-bas mais tout dimoune plisse coco dans Agalega. Est-ce qui mo capav diman mo fiancé largue tout pou moi et alle fer ça alors ki li déjà éna so métier?»
Micheline a peur que les autorités la renvoient «de force» à Agalega. Elle en appelle au Premier ministre et au ministre de l?Education pour que l?Etat lui reconnaisse le droit d?enseigner à Maurice et la rétribue comme n?importe quel autre instituteur.
« Mo espéré ki zot pas pou abandonne moi?»
Victime de règlements
Nous avons sollicité le ministère de l?Education pour savoir si les craintes de Micheline étaient fondées. Elles semblent l?être malheureusement. Tout injuste que cela puisse paraître, puisqu?elle a la formation d?institutrice désormais, elle ne devrait pas être autorisé à enseigner à Maurice si l?on s?en tient aux règlements. Des règlements, somme toute, assez incohérents?
En demandant, en octobre 2000, de pouvoir suivre une formation au MIE, Micheline précise qu?elle voudrait enseigner à Agaléga. Elle ne sait pas que la dérogation lui sera accordée précisément parce qu?elle a l?intention d?enseigner là-bas. Elle n?aurait pas obtenu l?exemption si elle prévoyait d?enseigner à Maurice.
Quelques mois après avoir démarré sa formation, en avril, indique Dev Ruhee, Senior Chief Executive, la jeune femme écrit au ministère pour demander de pouvoir exercer comme Trainee Teacher à Maurice. Le ministère de l?Education aura eu le tort de lui laisser l?espoir, car c?est six mois plus tard qu?il lui spécifie que c?est impossible. Raison : au départ, elle n?avait pas les qualifications voulues pour suivre ledit cours.
Ce règlement semble incohérent. Si elle a pu se remettre à niveau, suivre avec succès les cours du MIE, elle devrait être capable d?enseigner, avec ou sans SC. D?ailleurs, l?administration n?a même pas remarqué qu?elle n?était pas à la hauteur de sa tâche. Elle l?a envoyée à l?école Emmanuel Anquetil. « En nous envoyant la liste des Trainee Teachers, le MIE ne nous a pas précisé que Micheline Henri était un special case, tente d?expliquer Dev Ruhee. C?est pour cela que nous l?avons envoyée à l?école Emmanuel Anquetil. C?était une erreur administrative.»
Comme Micheline n?a ni School Certificate complet ni Higher School Certificate, il lui a été demandé d?arrêter l?enseignement dans cette école de Roche-Bois. Il lui faudra, si elle veut enseigner, compléter sa formation d?instituteur, en préparant son HSC en privé. En cette période où on parle de «réinsertion», où l?on tente de donner une autre chance aux «recalés», ce serait étonnant que l?effort de Micheline et son appel à l?aide soient ignorés.
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