Publicité
Les Mawooa s’interrogent sur les motivations des défunts
Par
Partager cet article
Les Mawooa s’interrogent sur les motivations des défunts
C’est stoïquement que Susma Devi, l’épouse de feu Ravi Mawooa, a attendu pendant des heures hier que la camionnette transportant les cadavres de Crithika Mawooa et de son fils Devesh, qui se trouvaient à la morgue de l’hôpital Jeetoo, Port-Louis, vienne récupérer le corps de son défunt époux Ravi et ceux de sa belle-mère Kunti et de sa belle-sœur Chinta. Les trois cadavres se trouvaient à la morgue de l’hôpital Jawaharlall Nehru, Rose-Belle.
C’est avec le même courage que cette jeune mère de 25 ans, vêtue d’un churidar orange et rouille, a répondu aux questions de la presse, ne s’interrompant que pour caresser Yohans, son fils de quatre mois ou pour veiller à son bien-être. Mais lorsque la camionnette transportant les dépouilles des cinq êtres dont elle a partagé la vie pendant un an et demi à St-Paul a quitté l’hôpital de Rose-Belle pour se rendre au cimetière, la jeune épouse a craqué. Ses larmes se sont alors mêlées aux lamentations de sa mère et de sa belle-sœur, Madhvi Bachan, née Mawooa.
Six jours après la découverte des dix cadavres dans la maison des Mawooa à St-Paul, Susma Devi et les sœurs de son mari, Madhvi et Roumila Nirsimloo, en sont encore à s’interroger sur les motivations des défunts.
Chambre cadenassée
Pendant les 18 mois où Susma Devi a vécu à St-Paul, la jeune femme n’a jamais eu de disputes avec son mari ou avec sa belle-famille. Elle avait toutefois noté que sa belle-mère et Chinta n’avaient plus le même comportement dès que Crithika rentrait à la maison.
La jeune femme déclare ignorer si sa belle-mère, ses belles-sœurs et son mari fréquentaient la secte Eckankar. Devant elle, ils priaient selon la tradition arya samadiste, c’est-à-dire directement à Dieu, à l’exception de Crithika. Celle-ci ne se joignait jamais à eux, préférant se lever à 4 heures du matin pour méditer dans sa chambre. Elle interdisait d’ailleurs à quiconque de faire du bruit jusqu’à ce qu’elle ait terminé. “Li pa ti le personn rant dan so lasam ki ti touzour cadenase.”
Crithika sortait souvent, de jour comme de nuit. Susma Devi avoue avoir déjà interrogé son mari sur ces fréquentes sorties mais Ravi répliquait que c’était ainsi que sa sœur – qui travaillait comme esthéticienne à l’hôtel – classait ses rendez-vous professionnels. Mais malgré cette source de revenus, Crithika, elle, quémandait toujours de l’argent à son frère. “Mo pa konne si mo missie ti donn li, me li ti pe dimande. Li ti kontan kas”, dit-elle.
La jeune femme dira en outre ne connaître ni Hervé Janvier, ni Rajesh Dhayam. “Pa ti ena aukenn etranze vinn St-Paul. Zot pa ti mem koz ar voizin. Mo bel mer ti empes moi koz ar zot parski li dir ce bann move dimounn ki viv otour li.”
Susma Devi précise qu’après son accouchement il y quatre mois, elle a insisté auprès de Ravi pour qu’il la ramène à St-Paul, mais celui-ci se dérobait toujours, arguant qu’il devait au préalable faire une prière à domicile pour leur bébé. Cérémonie à laquelle elle ne devait pas assister sous prétexte de les déranger. “Me malgre sa, mo pena oken dout mo mari ti kontan moi ek Yohans.” Elle ne croit pas Ravi capable de vouloir mettre un terme à sa vie. “Li ti ena tro proze pou so zenfan. Li ti pe dir li ti pou fer li viv kouma enn leroi. Kitfoi li ti pe refuz amenn moi St-Paul pou protez moi ek mo zenfan.”
Sa belle-sœur Roumila ne conçoit pas que Crithika Mawooa ait été le cerveau présumé de cette machination. Toutefois, elle la trouvait étrange depuis la mort de leur père voilà trois ans. D’ailleurs, c’est peu après la disparition de ce dernier que Crithika a quitté son époux Ashok Nunkomar pour regagner le toit maternel avec son fils Devesh. A partir de ce moment, l’esthéticienne a eu un ascendant sur les occupants de la maison de St-Paul.
Mauvaise influence
Ainsi, Crithika aurait incité Chinta à refuser une demande en mariage d’un enseignant, arguant qu’elle devait se préserver pour le grand destin qui l’attendait en Inde. Crithika aurait également dissuadé sa mère de rendre visite à Roumila. “Ler mo mama vinn lakaz, li res zis de minit apre li ale. Zot ti konsidere mo pa ase spirituel pou zot. Kan ou ekout Crithika, tou li ti predir. Linn deza dir moi ki li enn bondie. Atenta 11 septembre, linn dir li ti kone sa ti pou arive avan mem li arive. Li ti konsider moi inferieur”, avoue tristement Roumila.
Pour elle, sa mère ne pouvait accepter le suicide. “Mo mama inn pase pli mizer ki sa ar mo papa e li pann suicide. Kifer li ti pou fer sa zordi ? Mo pa kroir ladan.”
Après une prière dite par le pandit Kumar Bumma, parent de Kunti Mawooa, sa dépouille et celles de Ravi et de Chinta ont été ensevelies au cimetière d’Henrietta. C’est sans prière que le corps de Crithika Nunkomar a été mis en terre une demi-heure après au cimetière Bigara à Curepipe. Le cadavre de son fils Devesh a été mis en terre à 500 mètres de là. Vinod Mawooa, cousin des défunts, a prononcé des paroles de circonstances pour accompagner la mise en terre de l’enfant.
CIMETIÈRE BIGARA
Ashok Nunkomar enterre sa femme et son fils
■ Ashok Nunkomar est inconsolable. Cet homme d’affaires d’une quarantaine d’années a perdu son épouse Crithika ainsi que son fils de 11 ans, Devesh, retrouvés, avec huit autres cadavres au domicile des Mawooa, situé à St-Paul, Phœnix, vendredi dernier. S’entretenant avec des proches venus lui témoigner leur soutien, Ashok Nunkomar fait part de son désarroi. “Je ne peux croire à un suicide. Il m’est difficile de penser que mon fils aurait pu volontairement mettre fin à ses jours”, lâche t-il en étouffant un sanglot. Son épouse, assure-t-il à ses proches, ne lui a jamais semblé être influencée de quelque façon que ce soit. Cet homme d’affaires résidant la plupart du temps à Madagascar travaillait dans le secteur de l’import-export. Ashok a fait ses débuts en exportant des fleurs artificielles pour ensuite saisir les opportunités qui s’offraient à lui. C’est ainsi qu’il a été en mesure d’étendre ses activités à la Grande Ile. Il effectuait régulièrement des allers-retours entre Maurice et Madagascar pour être auprès de Crithika, qu’il avait épousée il y a 14 ans, et de son fils. Il se trouvait justement à Madagascar lorsqu’il a été prévenu du drame par une connaissance, quelques heures seulement après la découverte macabre. Il a embarqué dans le premier avion à destination de Maurice pour assister aux funérailles.
Publicité
Publicité
Les plus récents