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Les lieux de chair et l?art de vie de Philippe Forget
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Les lieux de chair et l?art de vie de Philippe Forget
Philippe Forget est l?enfant d?une île Maurice inoubliable, l?héritier spirituel d?une ascendance familiale qui lui a tout appris mais surtout l?essentiel, l?inépuisable nature qui nous environne car renouvelable à l?infini, et l?être humain qu?elle accueille et abrite quand il sait respecter l?harmonie sacrée. Cela permet cette union du contenant vivant et de son contenu quand il ne meurt avant l?heure, et ce biologiste intrépide osant risquer une bourse d?Angle-terre, jamais garantie même aux élites les plus douées, ce médecin des corps et de l?âme a su être un meneur d?hommes qu?on a stupidement exclu de l?arène politique parce qu?il pouvait faire de l?ombre à des ambitieux.
Ne sachant que jouer des épaules pour écarter les gêneurs sur leurs routes mesquines, ce journaliste-né qu?obsède le développement intelligent, harmonieux, humain, fraternel de son île natale et de ses îles lointaines et avoisinantes, est aussi un découvreur de vocations médiatiques, un maître à penser d?une nouvelle génération de journalistes nouveaux, un puriste en quête de syntaxe irréprochable, un amoureux de belles phrases bien balancées, bien rythmées, toujours à la recherche de mots nouveaux sinon ressuscités.
Il est toujours à la recherche de termes jadis compris de tous, mais n?ayant plus cours ou presque, et en bon esthète, infatigable explorateur-cartographe mystique de son île, n?hésite jamais à s?arrêter et même à faire marche arrière pour découvrir le point oméga et prendre le temps d?admirer un paysage magnifique, connu ou découvert ou encore retrouvé.
Et que dire de cette mémoire de synthèse, capable de disséquer des vagues et des vagues de souvenirs, d?émotions, de respirations, pour en noter les changements heureux ou malheureux, et de ce pédagogue invétéré toujours soucieux de partager ce qu?il a reçu de ses mentors, avec les autres, avec les siens comme avec les étrangers éprouvant une curiosité naturelle, pouvant ressembler à la sienne pourtant inépuisable, ce croyant qui tait sa foi pour ne pas trahir.
Un talisman qui peut nous aider à poursuivre notre route
La gratitude inébranlable qu?il nourrit d?être né à l?île Maurice et d?avoir ses 2 000 kilomètres carrés comme terre natale où il s?enracine chaque jour davantage, a fait de lui cet être doué et talentueux, ayant conservé la plus belle des vertus, la faculté de s?émerveiller devant les mille petites choses d?une vie quotidienne quand elles sont bien faites car effectuées avec amour et respect des autres et de la nature.
Le talentueux Philippe Forget nous offre ainsi, en ce début de 2006, un viatique, un talisman, pouvant nous aider à poursuivre notre route, notre vie, en apprenant, de sa sagesse, à aimer comme lui notre environnement et les êtres de chair et de sang qui nous entourent, que nous rencontrons et dont nous pouvons faire des alliés, utiles à notre enrichissement intellectuel et mystique, ou des obstacles précipitant notre appauvrissement humain.
Réflexion philosophique sur l?art de vivre
Les lieux incarnés font penser à ces textes sacrés car inspirés, davantage bibliothèque que livres car la Bible selon Philippe Forget en contient plusieurs et qu?on peut lire et méditer, en ouvrant une page au hasard. Le contenu est copieux. Il représente un demi-millier de pages mais chacune intensément réfléchie, méditée, passée et repassée au moulinage du doute, du scepticisme, du découragement, du à quoi bon, jusqu?au moment de la prise de décision : elle doit être publiée après, bien sûr, être repassée vingt fois sur le métier, comme le recommande L?art poétique de Nicolas Boileau, après avoir été peaufiné et comparée et mise à l?épreuve de celles et des meilleures des plus grands, des plus sensibles, des plus poétiques : Genevoix, Giono, Nerval, Jean-Henri Fabre, Buffon.
Les lieux incarnés sont des « moments donnés » en forme de poésies mais aussi en guise de poignées de graines, des histoires pour peupler « les nuits de Mata-pan », pour accompagner un « voyage » dans le pays de l?auteur.
En un mot, Philippe Forget nous ouvre son âme et nous confie ce qu?il a de plus cher : les mille et un ingrédients d?une vie humaine, passionnée et passionnante, ingrédients longtemps malaxés, ruminés, médités jusqu?à ce qu?ils deviennent nourritures terrestres mais pour l?âme et pour le meilleur de nous-même. Il n?est jamais facile de distinguer chez Philippe Forget, l?enfant, accroché aux basques de ses grands-parents et des autres grandes personnes qui peuplent son enfance et son adolescence et qui lui apprennent à lire l?île Maurice, en épelant chacun des plantes terrestres et aquatiques, chacun des animaux marins ou terriens, chacun des êtres humains dignes de ce nom, peuplant principalement le Grand-Port de son enfance vacancière, et l?homme d?âge mûr n?ayant jamais cessé de confronter les rêves et leçons d?histoire naturelle de son enfance aux dures réalités de toute vie d?homme qui ne fait cadeau à personne.
Le résultat est là. Certes déconcertant. Car Philippe Forget est tout sauf un extraverti en quête de tapage médiatique et d?adulation. Il sait se refermer dans sa coquille où il retrouve son invulnérabilité, exemption faite pour les blessures au c?ur et à l?âme, celles qui ne se cicatrisent jamais.
Dès la page 22, il prévient d?ailleurs son lecteur : « Je fuis le bruit du voisinage et l?intrus me poursuit. » On peut compter sur lui pour multiplier les obstacles conduisant à sa rencontre. Il aime cultiver les mots recherchés, oubliés, savants. Cela déconcerte certes le lecteur trop pressé. L?auteur n?en a cure. La facilité n?est pas son fort. Il nous donne rendez-vous, jamais sur une plage paresseuse, mais toujours au sommet d?une crête, à l?apogée d?un effort, au c?ur d?une réflexion quand elle n?est pas une prière, païenne peut-être, mais toujours oraison mystique, invitant à la communion avec le meilleur de l?Homme, avec la Nature dans ce qu?elle a de mieux à nous offrir.
Les lieux incarnés déconcertent aussi par leur structure inhabituelle. Des textes d?une brièveté et d?une concision peu communes et plutôt déconcertants. Ils peuvent à l?occasion prendre la forme d?un conte ou d?une nouvelle encore plus brève. Ils sont plus souvent des maximes quelque peu élaborées car distillant une réflexion philosophique sur l?art de vivre, et de vivre bien, en harmonie avec la nature.
L?histoire, les personnages, les caractères servent d?échafaudage à une nouvelle leçon de philosophie sur l?art de vivre et de bien vivre sans jamais perdre son âme. L?auteur sait le pourquoi de l?agencement finalement imposé à son recueil de leçons de vie, mais il ne prend pas la peine de nous communiquer la raison sous-jacente. On peut y voir la liberté offerte au lecteur de butiner ce miel à son gré, à sa fantaisie. Rien ne s?acquiert de valable sans peine. Le lecteur doit accepter, au départ, de se mettre à l?école de l?auteur et se hausser à sa hauteur. Le jeu en vaut la chandelle. La vue est toujours plus belle car plus panoramique, pour peu qu?on consente à prendre recul et altitude.
En quête d?une vérité fondamentale
L?éphémère ne retient guère Philippe Forget qui nous fait comprendre qu?aujourd?hui, à l?heure de la sagesse profonde et infinie, la guerre du boulboul, défendant son atte dépucelé au martin vorace et agressif, est plus importante que les guéguerres de nos politiciens. Ils disparaîtront de la mémoire des vivants que le boulboul continuera à défendre son fruit à tous les martins qui le menacent.
Philippe Forget est en quête d?une vérité fondamentale en ce sens qu?elle est présente dès les premiers jaillissements de la vie sur terre et qu?elle continue son chemin, à la fois identique et différente car s?adaptant sans cesse aux nouvelles réalités, ou plus exactement en éclairant de nouveaux faits de vie mais vieux comme le monde.
Les lieux incarnés de Philippe Forget sont désormais à notre portée. Il a bien fait la moitié du chemin. Il ne peut plus rien de plus car le reste de l?effort nous appartient. À nous d?accomplir le chemin à parcourir, autrement dit d?incarner, dans notre vie et dans notre conscience, toute la sagesse méditative, distillée par ce poète-prophète, ce mentor, qui nous offre ce qu?il a reçu de ceux qui lui ont donné la vie et qui lui ont montré la route à suivre afin de comprendre qu?on ne voit bien qu?avec son coeur.
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