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Les infirmiers sauvent l?hôpital
Quatre-Bornes, hôpital Victoria, service de néonatologie. Kathy, la trentaine est venue nourrir son bébé, né prématurément il y a une semaine. Manuel, qui pèse à peine un kilo, baigne en permanence dans la lumière bleue de l?incubateur. « Ce sont les infirmières qui nous remontent le moral chaque jour et qui m?aident à m?occuper de lui. Et cela me rassure de savoir qu?on prend bien soin de lui quand je ne suis pas là », confie Kathy. Et ils sont bien accueillis, ces bébés venus au monde trop tôt, et qui doivent se battre pour survivre.
Il n?y a pas longtemps, la majorité des infirmiers, près de 3500, disaient aimer leur métier, même si une minorité disait vouloir tout lâcher. Pénible le métier de blouse blanche ? « La souffrance des gens fait partie du job. Mais ce qui me chagrine le plus, c?est l?attitude de certains patients.
Ils sont colériques, et nous traitent comme des moins que rien », explique Margaret, une infirmière qui a plus de dix ans de métier.
Mais il n?y a pas que cela. Les blouses blanches disent avoir de moins en moins de temps pour s?occuper des malades comme il se doit. Elles doivent, en un tournemain, prodiguer toute une palette de soins. Sans oublier les divers documents qu?elles doivent remplir après chaque acte. « Cela nous laisse de moins en moins de temps d?écouter les malades et de les rassurer », poursuit Margaret.
Un manque de planification
Le pire, c?est qu?on leur rajoute d?autres tâches, sans personnel supplémentaire. C?est là une crise qui touche presque tous les hôpitaux de l?île. « Le manque de personnel s?est généralisé », explique Cassam Kureeman, de la Nurses?Union. « Dans certains établissements, la situation frise la catastrophe. À l?hôpital Victoria par exemple, le nombre d?infirmiers pour une salle de 28 à 40 malades est de deux la nuit, et de trois le jour. Même scénario à l?hôpital Jeetoo. Est-ce qu?un infirmier peut donner le meilleur de lui-même dans ces conditions ? »
Et le problème n?est pas prêt de trouver sa solution. Au moins jusqu?à la fin d?août, lorsqu?un groupe de jeunes infirmiers obtiendra le diplôme de la School of Nur-sing. Mais là encore, difficile de les lâcher dans l?arène sans supervision. « Il leur faudra plusieurs mois avant de se familiariser avec leur nouvel environnement et de pouvoir voler de leurs propres ailes », souligne une Charge Nurse. Mais c?est mieux que rien.
« Pour la petite histoire, poursuit Cassam Kureeman, le manque de personnel a été créé par un manque de planification et de bonne gestion. » Quand l?hôpital de Flacq ouvre des portes, ce sont des infirmiers du Sir Seewoosagur Ramgoolam National Hospital qui viennent en renfort.
Idem à l?hôpital Jeetoo. On l?a « déshabillé » de son personnel au profit de l?hôpital psychiatrique Brown-Séquard. « Après qu?un infirmier s?est fait agresser par un malade, la direction avait décidé de renforcer le personnel dans les salles. Et l?hôpital Victoria a dû donner un coup de pouce au petit frère de Rose-Belle, l?hôpital Nehru. »
L?impression d?être des pions
En privant ces établissements de leurs bras, c?est le service qui en souffre. Les 240 dispensaires de l?île sont autant de demandeurs en personnel infirmier féminin pour panser des patientes et effectuer d?autres tâches jugées « délicates » par leurs collègues masculins.
Le sous-effectif est devenu la règle. « Dans la journée nous sommes deux, plus la Charge Nurse et deux ou trois Health Care Assistants. Le soir, il arrive que l?infirmier se retrouve seul au chevet des malades parce que son collègue est incapable d?assurer un rythme aussi infernal », soupire Usha, qui est affectée à la maternité.
« Il y a des postes vacants parce qu?il n?y a pas eu de recrutement, faute de personnel qualifié. De plus, quatre infirmiers sont partis en vacances à l?étranger et ne sont toujours pas rentrés ! », affirme Periasamy Kuthy, le président de la Nursing Association. Pour travailler correctement, il faudrait dix infirmiers par salle, souligne-t-il. Actuellement, on en compte en moyenne six par salle.
La demande de soins elle, ne faiblit pas. Et quand les hôpitaux ont commencé à réclamer plus de personnel, le ministère de la Santé n?a pas eu d?autre choix que d?approuver le recours aux Bank Nurses, à savoir, faire travailler les infirmiers en congé moyennant rémunération de Rs 570 par jour (recommandée par le PRB). Les heures supplémentaires ont, dès lors, affiché des kilomètres au compteur.
Pour sauver la santé publique, il faudrait recruter en masse. Pendant des années, on a gelé l?embauche, muté les infirmiers d?un service à un autre pour qu?ils colmatent les brèches de personnel. « Certains postes vacants, comme à la maternité, ne peuvent être remplis parce que les candidats n?ont pas encore suivi des cours de maternité. Beaucoup sont démotivés, ils ont l?impression d?être des pions, et c?est souvent vrai », fulmine encore Usha.
« Des vies sont sauvées »
Les syndicalistes ont, quant à eux, imaginé des mesures temporaires pour soulager le service. « À l?hôpital Nehru et à celui de Flacq, nous avons noté qu?il y a un surplus de personnel. Il est possible d?en redéployer une partie vers d?autres hôpitaux jusqu?au prochain recrutement », suggère Cassam Kureeman.
Un document en ce sens a été déposé au ministère de la Santé il y a trois mois, mais aucune suite n?a été donnée à l?affaire. « Le problème, c?est qu?il y a souvent des pressions politiques pour qu?il n?y ait pas de transferts. Certains sont bien au chaud dans leur poste et ne veulent pas entendre parler desdits transferts? », remarque un infirmier.
Heureusement que des hommes et des femmes de bonne volonté continuent à faire tourner l?hôpital. « Dans mon bloc, il manque cinq infirmiers. On revient donc au boulot pendant nos congés. Nous sommes parfois épuisés, souvent surchargés. Mais au final, même si les salles ne sont pas toujours dans les normes, le travail est fait et des vies sont sauvées. La qualité de l?offre hospitalière reste exceptionnelle ici, quoi qu?on en dise », souligne un de ses collègues.
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