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Nous ne mesurons pas bien la portée de l?affaire concernant Sarah Persand et ses amis. Certains s?arrêtent au fait que l?épisode de la suspension des trois employés de la MBC est grotesque. Or, les implications des agissements des autorités dans cette affaire sont graves. Le mécanisme par lequel le couperet est tombé est caractéristique des régimes despotiques.
Cette histoire est à la fois burlesque et effrayante. Elle a pour origine l?absence des caméras de la MBC à l?occasion d?une rencontre entre un officiel indien et le Premier ministre. Emporté par une terrible colère, celui-ci téléphone à la station nationale. Paniqués, les responsables de l?audiovisuel lui offrent des têtes. Ils suspendent sur-le-champ une journaliste, un caméraman et un chauffeur.
La suite de l?histoire n?est pas moins abracadabrante. Le président de la MBC, Fareed Jangeerkhan, exonère la journaliste Sarah Persand de tout blâme. ?Je crois qu?elle n?a rien à se reprocher?, dit-il, avant même de recevoir la lettre d?explication de sa victime. S?il est tellement évident qu?elle n?est coupable d?aucune faute professionnelle, pourquoi lui avoir causé, à cette jeune femme, le préjudice moral d?une suspension intempestive ?
Il est clair qu?aucune charge ne pourra être retenue contre les trois employés et le dossier sera bientôt classé. Mais là n?est pas la question. On peut même passer sur le traumatisme infligé, malgré l?absence de faute, à ces trois salariés. L?aspect le plus dangereux de l?affaire est qu?elle préfigure des dérives monarchiques.
Peu importe le dénouement de l?affaire, la réaction excessive de Navin Ramgoolam et la rapidité avec laquelle les responsables de la MBC se sont exécutés sèment la peur. Les journalistes de la MBC qui exercent leur métier dans la dignité peuvent se demander si leur sécurité d?emploi est assurée autant que celle des thuriféraires zélés du régime.
Déjà, les révocations de personnalités allant de Jyoti Jeetun à Soorya Gayan en passant par Peter Craig avaient suscité un débat sur les tentations hégémoniques du nouveau pouvoir. Peu de Mauriciens croient encore aux paroles rassurantes prononcées par le Premier ministre au lendemain de sa victoire aux législatives : ?Nous vivons dans un petit pays où il y a un vivier limité de talents, alors nous ferons appel à toutes les compétences disponibles.? Ces propos empreints de tolérance paraissent décalés par rapport à ses actes.
Il est vrai que l?ingérence du gouvernement dans la gestion quotidienne de la MBC n?est pas un phénomène nouveau. Mais ce n?est pas une raison de banaliser ce genre de comportement quand il se manifeste. Allons-nous pouvoir un jour avoir un service public de l?audiovisuel qui se considère au service d?une information objective et non d?un régime politique ?
Navin Ramgoolam a raison de prôner des mesures extrêmes contre l?indiscipline et le manque de ponctualité. Toutefois, ce serait mieux s?il pouvait appliquer ce principe avec constance. On se souviendra qu?il a récemment promis au syndicaliste Rashid Imrith de supprimer les pénalités qui étaient imposées aux fonctionnaires retardataires. Il disait avoir compris que leur problème est une conséquence de la congestion routière. Il a été moins compréhensif quand l?équipe de reportage de la MBC, prise dans un bouchon, ne s?est pas pointée à son bureau à l?heure. Quand c?est son image qui est en cause, il n?a pas la même indulgence.
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