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Les fruits locaux perdent du terrain

2 juillet 2008, 00:00

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Eté comme hiver, les étals des marchés et grandes surfaces croulent sous les fruits. Car lorsque les fruits locaux font défaut, les importations pallient le manque. Et vice versa. En cette saison hivernale, les agrumes sont en vedette. Oranges, citrons, mandarines et pamplemousses, les consommateurs font actuellement le plein de vitamines C. Egalement disponibles, les pommes et les pêches qui défient les saisons. «Pour le moment, elles proviennent d?Afrique du Sud. Lorsque la saison sera terminée en Afrique du Sud, les importateurs se tourneront vers l?Egypte ou l?Espagne. Et après ce sera au tour des Etats-Unis», souligne Krishna Govinden.

Marchand de fruits au Marché central, à Port-Louis, depuis plus de trente ans, il explique que si les prix pratiqués par les producteurs d?Afrique du Sud et d?Egypte se valent, ceux en provenance des Etats-Unis sont beaucoup plus élevés. Il impute ce «prix fort» aux kilomètres qui séparent Maurice et le pays de l?oncle Sam. D?autant plus que les fruits viennent par bateau. Si en ce moment, la demi-livre de raisins sans pépins en provenance d?Afrique du Sud est en vente à Rs 30, celle en provenance de Etats-Unis devraient se vendre dans quelques semaines, selon Krishna Govinden, entre Rs 80 et Rs 100. Quant aux fruits tels que les cerises, les framboises et les abricots, leurs prix est «sitan for» qu?ils ne sont disponibles qu?en grande surface. «Quand c?est la pleine saison des abricots en Afrique du Sud, alors là, nous pouvons en vendre sur les marchés tellement ils sont abondants. Au cas contraire, ils sont beaucoup trop chers», soutient Krishna Govinden.

Et il n?y a pas que ces fruits qui sont rares sur les marchés : les fruits locaux aussi le sont. Surtout en ce moment. Si en été, les letchis, mangues et ananas sont abondants, en hiver, à part quelques pamplemousses et quelques mandarines, rien de remarquable. Ce marchand de fruits d?expérience est d?avis que la production locale de fruits est viable. Trouveront-ils pour autant preneur ? Rien n?est moins sûr. Car souvent, ils ne sont pas aussi beaux que les fruits importés et les consommateurs les boudent.

Les légumes privilégiés aux fruits

Pour quelques roupies de plus, ils préfèrent acheter des fruits importés. C?est le cas du pamplemousse vendu à Rs 40 le fruit local et Rs 50 l?importé. «Il est vrai que le pamplemousse importé est plus beau, mais c?est surtout son goût, qui est meilleur que celui du fruit local, qui le rend si populaire», soutient Krishna Govinden.

Et pour en améliorer le goût et l?apparence, l?homme est d?avis que l?on devrait faire des recherches. Le Mauritius Sugar Industry Research Institute en a fait sur le pitaya, un fruit originaire d?Amérique centrale, développé afin de trouver des cultures alternatives, et l?Agricultural Research and Extension Unit (AREU) mène d?autres recherches sur toute une variété de fruits locaux tels que les letchis, les grenadines, les ananas et les fraises. Du côté de l?AREU, on explique d?ailleurs promouvoir depuis quelque temps la production de fruits en arrière-cour. En ce moment, c?est le bilimbi qu?ils promeuvent. Le bilimbi que l?on ne trouve presque plus à Maurice. Tout comme le c?ur de b?uf, la bibasse, le c?ur demoiselle et même le fruit de cythère. L?on soutient à l?AREU que la baisse de production de ces fruits est due au fait que les planteurs n?ont plus autant d?intérêt pour ces fruits, et comme ils exploitent les terres à d?autres fins, les espaces disponibles à la culture de fruits sont limités. Et puis les planteurs privilégient les légumes aux fruits. Car «la durée d?attente pour récolter les fruits est de loin supérieure à celle des légumes». Sans oublier les maladies qui déciment les fruits locaux.

Une question de prix

Paramasiven Govinden, vendeur de fruits locaux au marché central, note toutefois qu?en pleine saison estivale, si les fruits locaux sont abondants, les fruits importés «pa vane ditou». Mais Krishna Govinden ne s?en plaint pas pour autant. «C?est à notre avantage car durant cette période, les Mauriciens préfèrent manger des mangues, des letchis, des melons d?eau et des ananas». S?il arrive qu?ils préfèrent un fruit importé à un fruit local, c?est uniquement une question de prix. «Si c?est pour acheter une mangue à Rs 30, les consommateurs préfèrent manger une pomme importée à Rs 3.» Mais les prix, tant ceux des fruits locaux que ceux des fruits importés, dépendent également de la quantité de fruits disponibles sur le marché.

Krishna Govinden cite le cas du kaki, aussi appelé fruit Sharon, qui à son arrivée à Maurice il y a sept ou huit ans, était vendu à Rs 50 l?unité. Aujourd?hui son prix varie entre Rs 25 et Rs 30. «Les gens s?y sont habitués, alors davantage de fruits ont été importés.» Si certains fruits locaux sont plus chers que les fruits importés, c?est tout simplement, explique Krishna Govinden, parce que les fruits locaux, «on n?en trouve qu?en petite quantité».

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