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Les enjeux de la pension de vieillesse

22 juillet 2005, 00:00

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Elle aura coûté cher à l?ancien gouvernement, cette pension de vieillesse. Sa défaite est en partie liée à la décision de ne la payer qu?aux vieux dont les revenus ne dépassent pas Rs 17 333 par mois. Huit mois après la mise en ?uvre de cette décision, l?Etat a économisé Rs 5 millions. Ainsi, avec le maintien de la formule de targeting (système de tri) pour le paiement de la pension de vieillesse, l?Etat économiserait plus de Rs 80 millions par an.

Pourtant la ministre de la Sécurité sociale, Sheila Bappoo, annoncera ce matin la décision du gouvernement de se passer de cette économie et de réintroduire le paiement de la pension de vieillesse sur une base universelle. Pourquoi ?

La ministre n?a pas voulu élaborer hier sur la philosophie derrière cette décision du Parti travailliste (PTr), en raison de sa conférence de presse ce matin. En fait, c?est le PTr qui avait, en 1976, rendu cette pension universelle. Avant cette date, elle n?était payée qu?aux personnes respectant certains critères de ?pauvreté?. La mesure de la ministre Bappoo de revenir à l?ancienne formule a également un aspect sentimental et idéologique.

Mais sa décision est soutenue par la majorité des syndicalistes du pays. Ces derniers, qui s?étaient constitués en plate-forme, prônent l?universalité de la pension de vieillesse aussi bien aux démunis qu?aux millionnaires. ?Il y a très peu de millionnaires et énormément de pauvres. Le hic dans le système de targeting se trouve dans l?humiliation faite à ceux qui méritent cette pension?, déclare Rashid Imrith, vice-président de la Fédération des syndicats du service civil (FSSC)

L?humiliation subie est un argument qui vient du c?ur mais il est loin d?être un argument économique. Principalement face à la philosophie de la Banque mondiale et au vieillissement de la population.

Une formule encore inconnue

Le piège de la pension non contributive et universelle réside en effet dans le vieillissement de la population. Pour expliquer la nécessité de payer la pension de vieillesse, la pension des veuves et des orphelins uniquement après ciblage, l?ex-ministre de la Sécurité sociale, Sam Lauthan avait sorti les chiffres suivants.

Les personnes de plus de 60 ans ne représentent que 6 % de la population et le paiement de la pension de vieillesse à 124 800 bénéficiaires représente environ 2 % du produit intérieur brut (PIB).

Or, dans 30 ans, ces vieux représenteront presque un quart de la population (un peu plus de 20 % et la pension de vieillesse absorbera alors 11 % du PIB si sa couverture universelle est maintenue.

Le vieillissement de la population et le paiement de la pension de vieillesse ont déjà été analysés par la Banque mondiale. En 2001, elle démontre, dans un rapport intitulé ?Pensions in paradise, modernising the Mauritian retirement income system? que le système actuel n?est pas viable.

Déjà, au dernier budget, la dotation de la Sécurité sociale avait atteint Rs 8,8 milliards en 2003-2004 contre Rs 5,4 milliards en 1998-1999. Entre les deux, 13 000 personnes de plus avaient passé le seuil du troisième âge.

Le gouvernement, pour maintenir la couverture universelle, va devoir la soutenir avec une formule à l?épreuve de toute faillite. En somme, une formule magique que personne ne connaît en ce moment. La pension de vieillesse mauricienne est unique au monde : une pension non contributive payée à tous les citoyens âgés de 60 ans ou plus, quels que soient leurs revenus.

?C?est faux de dire que cette pension n?est pas contributive. Elle est payée à partir du consolidated fund du gouvernement, alimenté à partir des taxes indirectes. Bérenger avait, en majorant la Sales Tax, dit que l?augmentation permettrait de maintenir toutes les prestations sociales?, ajoute Rashid Imrith.

Mais au-delà de ces arguments se cache une crainte : celle de voir la pension de vieillesse disparaître. Le plafond est de Rs 17 333. Très peu de bénéficiaires tombent dans cette catégorie. Les syndicalistes ont cependant peur pour l?avenir. Quelle sera la situation dans 10 ou 20 ans ? La FSSC va jusqu?à accuser l?ancien gouvernement d?avoir eu un objectif à long terme de supprimer totalement cette pension. Un ?phasing out?, devait déclarer Rashid Imrith, tout comme la family allowance dans le passé.?Pour toucher la family allowance, les couples devaient avoir au moins trois enfants, et toucher moins de Rs 10 000 par an. En refusant de rehausser ce plafond, le gouvernement a en fait phase out cette prestation.?

Entre-temps le paiement des pensions, contributives ou non, reste un casse-tête, en raison du vieillissement de la population. Quelle va être la formule du gouvernement pour préparer l?avenir des futurs bénéficiaires de cette pension ? Au-delà des considérations idéologiques, l?Etat devra trouver de solides formules économiques. On s?attend que la ministre Sheila Bappoo s?explique aujourd?hui face à la presse.

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