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Le tourisme au coeur du plan de relance de Sithanen

29 août 2005, 00:00

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L?économie cherche ses repères, l?Etat des solutions. Le plan du ministre des Finances et du Développement économique, Rama Sithanen, lèvera le voile sur les premières mesures fortes de la politique économique du nouveau gouvernement. Jusqu?ici, ce dernier a pris des décisions dites populaires, tels le transport gratuit pour les élèves et les personnes âgées et le rétablissement de la retraite universelle. Après les cadeaux, place aux initiatives destinées à stimuler l?investissement privé, la croissance et l?emploi.

Mais la conjoncture n?est guère propice à la relance. ?La situation économique est beaucoup plus difficile que nous ne l?avions estimée lorsque nous étions dans l?opposition. La croissance est insuffisante, le chômage est très élevé, tandis que le taux d?investissement privé continue de reculer. D?autre part, le déficit budgétaire et la dette publique nous entraînent dans un cercle vicieux. Depuis quelque temps, le compte courant de la balance des paiements est déficitaire. Il y a un choix à faire. Si nous attendons le prochain budget en juin 2006 pour nous attaquer aux problèmes, nous perdons dix mois?, déclare Rama Sithanen à l?express.

Le grand argentier le concède : la marge de man?uvre est étroite et il ne faut pas s?attendre à des solutions miracles. Il est même question de ?painful trade-off? (compromis douloureux). Une transition pénible est à prévoir?

Priorité aux ?quick growth dividends?

L?économie a connu une croissance moyenne de 4 % au cours des dernières années. Cela est loin d?être suffisant pour résorber le chômage. La stratégie de relance repose sur les conditions suivantes : limiter la casse dans le sucre et la confection ; dégager de nouveaux moteurs de croissance, dont les technologies de l?information et des communications ; et créer les conditions pour que les secteurs traditionnels porteurs tel le tourisme fonctionnent à plein régime. ?Les secteurs émergents vont prendre du temps avant d?apporter une contribution substantielle à l?économie. Entre-temps, il nous faut tabler sur des industries qui peuvent nous rapporter des quick growth dividends comme le tourisme. Il faut prendre des mesures qui vont augmenter la croissance dans ces secteurs?, fait ressortir Rama Sithanen.

L?hôtellerie, la restauration et les activités annexes au tourisme peuvent effectivement donner des résultats rapides et durables (surtout avec les effets multiplicateurs sur d?autres activités tel le commerce). Le pays s?est déjà construit une solide réputation en tant que destination balnéaire. L?infrastructure hôtelière, la logistique d?organisation des vacances et la main-d??uvre ont fait leurs preuves.

Les hôtels accueillent plus de 700 000 touristes par an. Leur capacité en chambres leur permet d?en héberger bien plus, notamment en exploitant des segments différents durant les saisons creuses. Mais pour augmenter de manière significative le trafic sur Maurice, il faut un accès aérien plus ouvert qui permettra à plus de transporteurs de desservir le pays.

L?ouverture du ciel a été pendant trop longtemps centrée autour des intérêts d?Air Mauritius. Aujourd?hui, avec les impératifs du développement national, il incombe à l?industrie touristique de dicter les termes de cette libéralisation. Deux courants s?affrontent au sein du gouvernement sur la question : l?un privilégiant une ouverture agressive du ciel et l?autre optant pour une libéralisation plus prudente. L?annonce du ministre des Finances, ce mardi, permettra aux partenaires de l?industrie de mieux évaluer ce qui les attend, pour les cinq prochaines années du moins.

Parallèlement à la libéralisation, il faudra assurer encore plus de visibilité à la destination mauricienne, tant sur les marchés traditionnels que sur des marchés émergents. Car la concurrence se fait de plus en plus menaçante. ?Énormément de destinations offrent aujourd?hui le même type de produit à meilleur marché. Il nous faut donc une stratégie pour cibler la clientèle et pour développer de nouveaux marchés. Le marché indien, par exemple, a un gros potentiel de croissance. Les Indiens voyagent beaucoup. Si nous parvenons à attirer même une petite partie de ce trafic, cela pourra aider énormément à remplir les petits hôtels et les bungalows?, explique Sen Ramsamy, consultant en tourisme et ancien directeur de l?Association des hôteliers et restaurateurs de l?île Maurice (Ahrim).

Dans l?état actuel des choses, plusieurs petits établissements ont du mal à survivre. Ils seront les plus gros bénéficiaires immédiats d?un ciel plus ouvert.

?Saisir les opportunités de la globalisation?

Les opérateurs attendent avec impatience la première déclaration exhaustive du gouvernement sur l?économie. ?Le ministre des Finances est pleinement conscient des défis auxquels fait face l?économie. Il était important qu?il présente ses premières solutions?, affirme Ariff Currimjee, président du Joint Economic Council (JEC), principal porte-parole de la communauté des affaires.

L?espoir subsiste, mais aussi des inquiétudes. ?Il y a malheureusement eu des signaux qui sont en opposition avec la philosophie pro-entreprise prônée par le gouvernement. Les mesures comme le contrôle des prix apportent une certaine incohérence aux intentions déclarées?, constate le président du JEC.

Les investisseurs auront également les yeux braqués sur le degré d?ouverture économique auquel le gouvernement consentira au début de son mandat. ?Trop de barrières demeurent encore au sein de l?économie. Cela rend notre coût de production très élevé par rapport à nos concurrents. Il faut ouvrir les marchés et accorder plus de liberté aux opérateurs. Il faut saisir les opportunités de la globalisation. La fermeture des marchés va provoquer une stagflation (NdlR, un cas de figure qui génère l?inflation sans créer de l?emploi)?, met en garde Nitish Benimadhu, chief economist à l?Anglo Mauritius Financial Services.

Le ministre des Finances devra donc se livrer à un véritable exercice de funambule?

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