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Le temps des actes

28 août 2005, 00:00

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Le temps de grâce du gouvernement n?est pas encore écoulé. Celui des gracieusetés, si. Ce vacuum de deux mois était sans doute nécessaire à Navin Ramgoolam pour marquer sa différence, pour convaincre de sa sincérité à faire émerger une société plus équitable en dépit d?un contexte difficile. C?est désormais chose faite. Sa bonne foi est démontrée. Nous sommes amplement convaincus qu?il compatit à la misère des gens et qu?il mettra tout en ?uvre pour y remédier. Il n?est nul besoin d?insister davantage. La mélodie des douceurs accordées par les travaillistes a été interrompue cette semaine par une note suffisamment dissonante, le licenciement de mille autres ouvriers de la zone franche, pour qu?ils changent de disque.

Cette nouvelle partition, c?est la mise en place de la stratégie économique. Il est temps que le ministre de Finances entre en scène pour faire la preuve non plus uniquement de la volonté de ce gouvernement à changer notre vie, mais de sa capacité. La vraie bataille à mener, la bataille où l?action gouvernementale sera jugée, ce n?est pas celle des discours ou des générosités, c?est celle de l?économie. Changer durablement notre vie, c?est rendre au pays les moyens de produire une richesse qui transpirera dans notre quotidien.

L?on attend en somme de Rama Sithanen deux choses. D?abord, un langage de vérité qui amènera la population à être partie prenante de l?effort à fournir pour, entre autres, jouir des faveurs. Ensuite, une stratégie économique posant des objectifs précis, à la virgule près, non de vagues déclarations d?intention telles que celles qui nous ont été servies jusqu?ici.

La vérité sera cruelle. Ces deux mois ont d?une part ajouté aux difficultés économiques - la prise en charge par l?État du transport écolier, le rétablissement de la pension universelle seront un fardeau de plus sur les finances publiques déjà bien déficitaires. Mais ils ont d?autre part éloigné davantage de la réalité une population déjà en décalage. Cette réalité, les voisins malgaches peuvent nous la raconter. Ils ont les pieds dedans, eux qui pourtant auraient besoin bien plus que nous de l?aide de l?État. Ils paient déjà Rs 32 (1 920 ariary) le litre d?essence, prix aligné sur le tarif international moyen de $ 1,13, alors que nous en sommes toujours à Rs 25,25. Cette réalité, c?est encore l?électrochoc que viennent de subir les Zimbabwéens, protégés quatre années durant par le contrôle des prix de l?essence ; elle vient de passer de 200 à? 1 060 dollars le litre. Il faut s?y préparer. Comme eux, nous n?aurons pas le choix que d?agir en population responsable en encaissant l?effet domino que le prix de l?essence a sur la vie économique.

L?on attend Rama Sithanen parce qu?il a une obligation de résultats. Contrairement à ses collègues, davantage soumis à une obligation de moyens, lui doit dire comment relancer la croissance, créer des emplois, remplir les caisses de l?État, résoudre les problèmes de déficit et d?endettement. C?est de lui que dépend tout le reste. Sa marge de man?uvre est extrêmement limitée. Il y a unanimité sur la question et cela fait longtemps qu?on le sait : il n?y a que le tourisme pour nous sortir de l?impasse.

Le tourisme est le seul capable d?apporter les recettes qui nourriront l?économie tout entière. Il offre quatre intérêts : les obstacles à l?entrée dans le marché international sont moindres par rapport aux secteurs du commerce extérieur, sucre et textile ; le tourisme international est une industrie à forte croissance ; les dépenses relevant du tourisme peuvent constituer un stimulant considérable pour d?autres secteurs de la production et des services ; le tourisme a un facteur potentiel pour réduire la pauvreté.

Tout ne va pas bien pour autant sous le soleil. Nous avons certes les moyens de nos ambitions : il y a de la place pour accueillir un million de touristes. Mais il nous faut nous éveiller à la concurrence, habitués que nous sommes au succès, car la plupart des pays en développement ou en difficulté se reposent aussi sur le tourisme. Pour se battre, et on n?en a pas le choix, il faut des objectifs précis, en l?occurrence une croissance de 10 %, et les décisions politiques qui la rendront possible.

Il y a trois choix politiques à faire : accroître la visibilité, ouvrir le ciel, désaisonnaliser le tourisme. Pour le faire, le gouvernement et ses partenaires doivent parler un même langage. Que l?on ne tergiverse pas sur l?accès aérien, que l?on ne hurle pas à l?urgence d?un « plan marketing spécial » pour finalement se rendre compte que les fonds nécessaires n?ont pas été débloqués au moment opportun. Que l?on ne condamne pas un jour l?IRS pour l?accepter, le jour suivant.Le tourisme est la clé, il ne faut s?épargner aucun effort.

Il a fallu à la France une centaine d?études pour élaborer sa stratégie 2005 ? 2010. Faisons-en autant, s?il le faut. Toutes les faveurs aux autres secteurs ne pourront être que palliatives.

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