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le talent au menu
L?histoire de ces chefs commence par deux boîtes mystérieuses, les black boxes, comme on les appelle, mais qui sont blanches en réalité. La suite s?enchaîne avec précision telle une symphonie. Une demi-heure pour se familiariser avec les règles du jeu, se délecter des prix à gagner. Une heure pour se transformer en compositeur de saveurs, créer un menu à partir des ingrédients nichés dans les boîtes.
Une nuit devant les fourneaux pour cuisiner et faire le plus gros du travail. Une demi-journée pour tout mettre en place, finaliser la présentation des plats, la décoration de la table. Finalement une soirée pour envoûter les sens des invités et acclamer les lauréats. Le black box culinary challenge est sacrément pimenté d?émotions.
Point de baguette (magique) pour les 52 cuisiniers qui se sont inscrits à cette compétition. Le suspense est à son comble ce 24 mai, à 15 heures. Les treize équipes issues de treize hôtels différents, composées de trois cuisiniers et d?un capitaine, ont débarqué à Ébène avec leurs toques en main. Ils n?avaient rien d?autre à emmener, sauf une bonne dose d?intelligence, une pointe d?audace, un trait de créativité pour pouvoir laisser mijoter tout cela dans la casserole de la convivialité.
« Le défi dans ce concours, c?est de pouvoir en une heure, prendre la bonne décision, proposer le bon menu. Ce qui est intéressant aussi, c?est de se retrouver avec ses pairs d?autres hôtels, d?apprendre d?eux », souligne Ian Ross de Meat & Livestock Australia. Pour accentuer le plaisir glamour, la décoration de la table est aussi étudiée avec minutie par une autre équipe. Belle vaisselle, milieu de table, chandelles, bref le grand jeu. Le but de ce concours étant précisément de laisser frétiller les idées.
De l?autre côté, les supporters des équipes attendent de savoir ce que leurs collègues vont proposer comme plats. « Il faudra accorder les mets et les vins, proposer des thés plus floraux ou plus fruités, opter pour un café tonique, plus puissant, de Colombie ou d?Afrique du Sud? », explique Manuel Schott, sommelier à l?hôtel Prince Maurice, qui prévoit déjà les boissons.
De l?audace, il en faut
Une fois que les dès sont jetés, que les menus sont concoctés, c?est le grand retour dans les hôtels respectifs. Les choses sérieuses commencent, les participants enfilent leur tablier et leur toque pour se transformer en alchimistes des parfums.
Le lendemain, 25 mai, 18 h 30. Une activité intense règne à l?École hôtelière. Les participants s?activent pour apporter la touche finale à leurs préparatifs. Ce remue-ménage laisse entrevoir des visages où se lit l?anxiété et la fatigue. Les va -et-vient sont incessants, les interpellations fusent de tous les côtés. Cette ébullition explose dans la cuisine où les cuistots se penchent avec concentration sur les marmites. Trente-neuf paires de mains ne cessent de découper, de dépecer, d?éplucher et de concocter. La concentration y est presque palpable dans ce monde bien à eux.
19 heures. Les plats sont fin prêts et présentés au jury ainsi qu?aux invités. La soirée se transforme en une véritable gourmandise gustative et visuelle. Le salé, le sucré et l?acide se sont confondus pour donner des résultats d?un délice surprenant. L?hôtel La Palmeraie a concocté un dessert à base de rhum des îles, de citron et? de feuilles de coriandres alors que Le Taj a glissé une tranche de chouchou sucrée sur sa crème mascarpone. C?est un mélange de merveilleux et d?imagination, agrémenté d?un soupçon d?audace. Car de l?audace il en faut pour dresser des tables décorées de parasols d?un rouge écarlate, de guirlandes dorées ou de fontaine. D?autres, par contre, ont préféré la sobriété de la soie sauvage et des bougies flottantes comme ce fut le cas du gagnant de la table la mieux dressée l?hôtel Beau Rivage.
Sortir du traditionnel et faire appel aux sens en créant des mariages de saveurs, de couleurs et de textures différentes est le pari que se sont donné tous les participants. Au bout de ce périple gastronomique, les invités sont rentrés chez eux avec des impressions de palace plein la tête.
QU?EST-CE QUE CE CONCOURS ?
Le premier black box culinary challenge remonte à 1996 et a eu lieu à Bali. Il est organisé par Meat and livestock Australia (MLA), qui a pour but principal de créer une plate forme pouvant permettre aux jeunes chefs talentueux d?exprimer leur créativité et de faire preuve d?innovation. Depuis, ce concours s?est étendu à quatorze pays et plus de 1 900 chefs ont démontré leur talent. À Maurice, nous en sommes à notre quatrième édition. Comment cela marche ?
La compétition s?adresse aux hôtels. Ils inscrivent trois mem-bres, âgés de moins de 32 ans, qui doivent avoir le grade de chef de partie ou au-dessous.
Le quatrième participant est le chef d?équipe, et son âge n?a pas d?importance car il agit seulement comme conseiller.
Un jour avant la soirée de gala, les équipes prennent connaissance de leurs boîtes dans lesquelles se trouvent du b?uf ou de l?agneau australien, des fruits de mer, des fruits, des légumes, des épices et des produits laitiers. Les équipes ont une heure pour composer leur menu et le soumettre. Ils retournent ensuite à leur hôtel pour préparer ce menu pour la soirée du lendemain. Une équipe de trois personnes est aussi formée pour mettre la table, la décorer.
Les participants sont jugés par un panel de chefs internationaux sur le goût, le talent, la créativité et le mérite artistique. Le premier prix consiste en un chèque de 1 000 dollars américains, de médailles en or et de trophées. Le deuxième prix est de 500 dollars, le troisième, 300. La meilleure table est récompensée par un trophée.
ET LE GAGNANT EST?
Après un dîner dans la bonne humeur qui a permis aux invités d?aller à la découverte de nouvelles saveurs, le moment tant attendu arrive enfin. Tout le monde est dans l?expectative. La question reste en suspens : qui a réussi à séduire le jury ? Trois prix sont à décerner aux trois meilleurs pour le travail accompli.
Le Belle-Mare Plage se retrouve à la troisième place alors qu?à la deu-xième place c?est le Labourdonnais Hotel qui a été choisi. Ils ont gagné un chèque d?un montant de 300 et 500 $ australiens respectivement. Quant à la première place elle a été décernée à l?équipe du One and Only Touessrock, qui a reçu un chèque d?un montant de 1 000 dollars australiens. À l?annonce de la nouvelle, ça a été une véritable explosion de joie traduite par des cris, des rires et des accolades. Leurs soupes de potiron accompagnées de tofu aux petits pois verts ou encore le ragoût d?agneau aux raviolis ont ravi les palais des membres du jury.
Cette équipe dynamique et motivée a été guidée par le chef malais Bobby Wong, qui travaille à Maurice depuis maintenant deux ans. « Cette récompense est le fruit de l?effort et de la créativité. Depuis que nous avons reçu le black box, nous n?avons pas dormi ! Nous sommes fatigués mais heureux. Ce que nous avons fait est une cuisine fusionnant l?Asie et l?Europe. C?est un beau cadeau que je reçois avant mon départ car très bientôt je vais quitter Maurice pour retourner dans mon pays », a déclaré Bobby Wong.
Corina Julie et S. A.
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